Gaza : Israël rejette la trêve réclamée par la communauté internationale

Patrick Anidjar, mercredi 31 décembre 2008

Israël a rejeté mer­credi 31 décembre des pro­po­si­tions de trêve avec le Hamas dans la bande de Gaza réclamée à grands cris par la com­mu­nauté inter­na­tionale, au cin­quième jour de son offensive qui a fait plus de 390 morts dans ce ter­ri­toire contrôlé par le mou­vement islamiste.

A l’issue d’une réunion de six heures, le cabinet de sécurité a annoncé qu’il refusait les pro­po­si­tions de trêve, for­mulées mardi par l’Union euro­péenne et le Quar­tette sur le Proche-​​Orient (Etats-​​Unis, UE, Russie et ONU), affirmant sa déter­mi­nation à "pour­suivre l’offensive lancée samedi à Gaza contre le Hamas", selon un haut res­pon­sable israélien.

Le Premier ministre du gou­ver­nement de tran­sition Ehud Olmert, dont les propos ont été rap­portés par ce res­pon­sable, a affirmé après les dis­cus­sions que "l’opération n’a pas été lancée à Gaza pour la finir avec les mêmes tirs de roquettes que nous dénom­brions au début de l’offensive".

"Israël a fait preuve de retenue pendant des années et a accordé une chance à la pos­si­bilité d’un cessez-​​le-​​feu. Mais le Hamas l’a violé", a-​​t-​​il pour­suivi, tou­jours dans des propos rap­portés par le res­pon­sable [1].

M. Olmert n’a pas ménagé ses cri­tiques à l’encontre des par­tisans d’une trêve à travers le monde. "Réalisez-​​vous les consé­quences que cela aurait pour le pays et pour la région ? Les consé­quences sur la force de dis­suasion d’Israël ?".

"Si les condi­tions s’y prêtent et que l’on nous propose une solution qui nous garantit une meilleure sécurité dans le Sud, nous pèserons à nouveau le pour et le contre. Mais nous n’en sommes pas encore là", a conclu le Premier ministre.

Peu avant, Israël avait aussi rejeté l’idée d’un cessez-​​le-​​feu pro­vi­soire, sug­gérée par le chef de la diplo­matie fran­çaise Bernard Kouchner.

Le Hamas a quant à lui cri­tiqué les termes qui étaient pro­posés en vue d’une trêve. Il a estimé par la voix de son porte-​​parole Fawzi Barhoum que les média­teurs inter­na­tionaux met­taient "la victime et le bourreau sur un pied d’égalité".

"Toute inter­vention arabe ou inter­na­tionale doit avoir pour objectif l’arrêt de l’agression, la levée du blocus et l’ouverture de tous les points de passage", a ajouté M. Barhoum.

Réunis à Paris mardi soir, les ministres des Affaires étran­gères de l’UE avaient appelé à un "cessez-​​le-​​feu per­manent" à Gaza, per­mettant une "action huma­ni­taire immé­diate" et une réou­verture des points de passage de la bande de Gaza vers l’Egypte et Israël.

Entre­temps, les raids israé­liens et les tirs de roquettes pales­ti­niennes se sont pour­suivis, de même que les pré­pa­ratifs en vue d’une offensive ter­restre israélienne.

L’armée israé­lienne a lancé des dizaines de raids mer­credi après avoir visé dans la nuit, par les airs et par mer, 35 cibles du Hamas, dont des bâti­ments offi­ciels, des tunnels de contre­bande et des lan­ceurs de roquettes.

Dans l’un de ces raids, deux Pales­ti­niens à bord d’une char­rette tirée par un baudet ont péri, près de Khan Younes, dans le sud de la bande de Gaza, selon des sources médicales.

"Nos forces ter­restres sont tou­jours déployées autour de la bande de Gaza et sont prêtes à agir si l’ordre en est donné", a indiqué à l’AFP la porte-​​parole mili­taire Avital Leibovitz.

Au total, 393 Pales­ti­niens, en majorité membres du Hamas, ont été tués, et plus de 1.900 blessés dans les attaques israé­liennes depuis samedi, selon les ser­vices d’urgence à Gaza.

Selon l’Agence des Nations unies pour l’aide aux réfugiés pales­ti­niens (Unrwa), au moins 25% des vic­times sont des civils [2].

Au moins 50 roquettes pales­ti­niennes, selon la police israé­lienne, se sont abattues mer­credi sur le sud d’Israël, dont quatre à Beer­sheva, capitale du Neguev, à une qua­ran­taine de km de la bande de Gaza, une dis­tance record. Ces tirs ont fait plu­sieurs blessés légers, notamment à Ashkelon.

Ces tirs de Gaza ont fait depuis samedi quatre morts en Israël, dont trois civils et un soldat, et plu­sieurs dizaines de blessés.

Le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas, qui n’exerce aucun contrôle sur Gaza d’où ses forces ont été délogées par le Hamas en juin 2007, en a appelé au Conseil de sécurité de l’ONU pour qu’il adopte une réso­lution imposant un cessez-​​le-​​feu, a indiqué son porte-​​parole, Nabil Abou Rou­deina [3].

M. Abbas doit s’entretenir mer­credi en Jor­danie avec le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, qui a dénoncé les opé­ra­tions "impi­toyables" d’Israël.

Le pré­sident syrien Bachar al-​​Assad et M. Erdogan se sont entre­tenus mer­credi à Damas de "la situation dan­ge­reuse à Gaza".

Signe des temps : les fes­ti­vités du Nouvel An ont été annulées dans plu­sieurs pays arabes par soli­darité avec les Pales­ti­niens de Gaza.

En Cis­jor­danie, les célé­bra­tions seront essen­tiel­lement privées, tandis qu’en Israël, la défense passive a demandé aux habi­tants du sud du pays de ne pas sortir de chez eux à l’occasion de la Saint Sylvestre.

[1] honteux men­songe, encore un, des auto­rités israé­liennes par la bouche du cor­rompu mal­honnête qui est à la tête du gou­ver­nement israélien d’occupation !

C’est Israël qui a à de nom­breuses reprises violé la trêve déclarée il y a 6 mois avec le Hamas, et de façon par­ti­cu­liè­rement grave le 4 novembre en bom­bardant le sud de la bande de Gaza. Et on s’étonne que la résis­tance pales­ti­nienne n’ait pas voulu pour­suivre la trêve ??? Le Hamas a pourtant réitéré sa pro­po­sition d’une trêve longue contre la levée du blocus cri­minel qui veut mettre Gaza à genoux.

[2] Tou­jours sur Yahoo, ol’AFP indique : Au moins 25% des Pales­ti­niens tués depuis le début de l’offensive mili­taire d’Israël sur la bande de Gaza sont des civils, selon l’Agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa).

"Au moins 25% de ceux qui ont été tués sont des civils, et il se peut que le bilan soit net­tement plus élevé", a affirmé mer­credi à l’AFP Chris­topher Gunness, porte-​​​​parole de l’Unrwa.

Depuis le lan­cement le 27 décembre de l’offensive israé­lienne contre le mou­vement isla­miste Hamas dans la bande de Gaza, près de 400 Pales­ti­niens ont été tués et 1.900 blessés, selon des sources médi­cales à Gaza.

De même source, au moins 42 des vic­times décédées sont des enfants.

"Les condi­tions pour les parents et les enfants à Gaza sont dan­ge­reuses et effrayantes. Pour beaucoup de gens, c’est une situation de vie ou de mort", a de son côté affirmé dans un com­mu­niqué, Maxwell Gaylard, le porte-​​​​parole du Coor­di­nateur spécial de l’ONU pour le pro­cessus de paix au Proche-​​​​Orient (Unsco).

Il a appelé à la réou­verture "au plus vite" des pas­sages rou­tiers entre Israël et la bande de Gaza, où l’Unrwa doit fournir une assis­tance ali­men­taire "urgente à 750.000 personnes".

[3] voir aussi le Monde et dépêches :

Mahmoud Abbas menace de renoncer aux négociations de paix avec Israël

Alors qu’Israël a rejeté les appels de la com­mu­nauté inter­na­tionale au cessez-​​​​le-​​​​feu à Gaza, le pré­sident pales­tinien, Mahmoud Abbas, a cherché une autre façon de convaincre.

Il a annoncé, mercredi 31 décembre, qu’il "n’hésitera pas à arrêter" les négo­cia­tions de paix avec Israël  –  relancées fin 2007 –,"si elles vont à l’encontre de nos intérêts et offrent une caution à l’agression" israé­lienne dans la bande de Gaza, qui a fait plus de trois cent quatre-​​​​vingt-​​​​dix morts depuis samedi. Il a accusé Israël d’une "agression barbare et cri­mi­nelle" et du "mas­sacre le plus sanglant"."

Le conflit [israélo-​​​​palestinien] ne prendra pas fin si le vaillant peuple pales­tinien ne recouvre pas ses droits. Par consé­quent, à quoi servent les négo­cia­tions si les portes restent fermées ?", a-​​​​t-​​​​il ques­tionné dans un dis­cours télévisé mar­quant le 44e anni­ver­saire de la pro­cla­mation de son parti, le Fatah, comme mou­vement de résistance.

[Mahmoud Abbas menace de renoncer aux négociations de paix avec Israël ]