Gaza : Israël cherche une parade au rapport Goldstone

Marc Henry, samedi 30 janvier 2010

Un document nie les « crimes de guerre » men­tionnés par le rap­porteur de l’ONU sur l’offensive de l’an dernier.

Jusqu’au bout, Israël aura hésité sur la tac­tique à adopter pour éviter d’être reconnu cou­pable de « crimes de guerre ». Ce n’est que ven­dredi, au dernier jour du délai fixé par les Nations unies, que l’État hébreu a pré­senté à Ban Ki-​​moon, le secré­taire général de l’ONU, sa réponse écrite aux accu­sa­tions très graves lancées dans un rapport du juge Richard Gold­stone sur l’opération « Plomb durci », menée l’an dernier dans la bande de Gaza.

Jusqu’à présent, les res­pon­sables israé­liens s’étaient contentés de dénoncer le caractère « partial », « ten­dan­cieux » et « faux » de ce rapport, en sou­li­gnant même ces der­niers jours qu’il ris­quait d’alimenter l’antisémitisme dans le monde. Pour tenter de contrer ce document, l’armée israé­lienne affirme dans le texte de 40 pages remis ven­dredi pouvoir réfuter, preuves à l’appui, les 32 cas de « crimes de guerre » évoqués par le rapport Goldstone.

La thèse des mili­taires est simple : l’offensive a été lancée pour mettre fin à des tirs de mil­liers de roquettes contre des cibles civiles en Israël et il n’y a pas eu de recours excessif à la force. Ce sont les isla­mistes du Hamas, maîtres de la bande de Gaza, qui ont utilisé les civils comme bou­cliers humains, ce qui expli­querait le bilan de plus de 1.400 morts établi par les ser­vices médicaux pales­ti­niens. Mais ce plai­doyer laisse entière la question prin­cipale. Le rapport Gold­stone presse Israël de constituer une com­mission d’enquête indé­pen­dante. Or, sur ce point, les diri­geants israé­liens sont divisés.

Comparutions limitées

Ehoud Barak, le ministre de la Défense, et le général Gaby Ash­kenazi, chef d’état-major, ne veulent pas entendre parler d’une com­mission devant laquelle soldats et offi­ciers seraient contraints de déposer. En revanche, les juristes sou­lignent qu’un tel refus pourrait aboutir à des mandats d’arrêts inter­na­tionaux contre des mili­taires et des diri­geants poli­tiques, qui seraient ainsi menacés d’arrestation à l’étranger, sans compter le coup porté à l’image d’Israël comme pays cou­vrant des « crimes de guerre ».

Benyamin Néta­nyahou, qui a le dernier mot, a du mal à trancher. Seule cer­titude : le temps presse, Ban Ki-​​moon doit trans­mettre d’ici à ven­dredi pro­chain le rapport Gold­stone ainsi que les réponses d’Israël et du Hamas au Conseil de sécurité de l’ONU, qui doit décider des suites à donner. Les isla­mistes, accusés eux aussi de « crimes de guerre », plaident non cou­pables en arguant que leurs roquettes tirées de Gaza tou­chaient des cibles civiles en Israël en raison de leur imprécision.

Désireux de limiter les dégâts, Benyamin Néta­nyahou cherche une formule de com­promis. Selon les médias, il pourrait annoncer au début de la semaine pro­chaine la création d’une com­mission pré­sidée par un ancien juge de la Cour suprême.

Tou­tefois, seuls le chef de gou­ver­nement de l’époque, Ehoud Olmert, les ministres du cabinet de sécurité ainsi que les membres de l’état-major seraient appelés à témoigner. Les com­man­dants, les offi­ciers et les soldats, qui appli­quaient sur le terrain les ordres reçus, n’auraient pas à comparaître.