Gaza ; Comme au Liban ?

Alain Campiotti, lundi 5 janvier 2009

Israël cherche à geler la situation.

Net­zarim n’existe plus. Tsahal y est revenu. Net­zarim était une grande colonie juive, juste au sud-​​est de Gaza. Elle a été évacuée et déman­telée il y a trois ans, comme toutes les autres. Les chars israé­liens y sont arrivés dimanche, achevant l’encerclement de la ville, jusqu’à la mer. Les blindés peuvent avancer vers le nord sur la route côtière, mais pas trop. Ils sont aussi devant Zeitoun, quartier central. L’invasion s’est faite par le ventre mou de la bande, moins peuplé, entre Gaza et le camp de Nuseirat.

La ville est ainsi assiégée. Les unités israé­liennes, de ce côté-​​là, n’iront pas plus loin, sauf pour des raids brefs. Sinon, l’occupation urbaine recom­men­cerait, et les mines, et les mas­sacres, et les attentats-​​suicides en pleine rue. Hamas est prêt à cela. Tsahal fait donc donner l’artillerie et l’aviation. Les bombes et les obus ont frappé le par­lement et, sur la même rue trans­versale, l’Université isla­mique. Le quartier du marché aussi. Les blessés affluent à l’Hôpital Al-​​Shifa, plus près de la mer. Les caméras d’Al-Jazira filment.

Le but affiché de l’armée est de détruire ou de réduire les bases de lan­cement de Qassam ou de Quds qui conti­nuent de tomber sur les loca­lités israé­liennes. C’est un objectif aux­quels les généraux eux-​​mêmes ne croient pas. Les mis­siles rudi­men­taires sont assemblés et stockés dans les caves d’immeubles des quar­tiers den­sément anar­chiques. Leur transport ailleurs, dans un pick-​​up tous feux éteints, ou sur le dos, est invisible.

Les Israé­liens ont fait la même expé­rience au Liban en 2006 : l’offensive n’avait pas tari la source des roquettes, et ils s’en sou­viennent par­fai­tement. Alors, que veut Israël ? La même chose qu’au Liban, dans un terrain plus facile et mieux préparé. Un cessez-​​le-​​feu et une garantie exté­rieure qu’il sera res­pecté. Il y a plus de dix mille soldats de l’ONU au-​​delà de la fron­tière nord, et le Hez­bollah, qui a désormais des ministres à Bey­routh, n’a plus tiré un seul de ses nom­breux mis­siles depuis deux ans et demi.

Un jeu dangereux

Un gel du même ordre est-​​il pos­sible à Gaza ? La trêve serait fragile, au sud comme elle l’est au nord. Mais c’est le prag­ma­tisme des généraux, cruel et dan­gereux. Car le premier résultat de l’invasion de samedi, c’est d’avoir res­soudé les Pales­ti­niens, de ranimer les pas­sions arabes contre tous les pou­voirs immo­biles, et sûrement de sti­muler le recru­tement dji­ha­diste. Et le danger est au cœur même d’Israël. Les images d’Al-Jazira révoltent aussi les Arabes israé­liens. En une semaine, il y a eu six cents arres­ta­tions dans des mani­fes­ta­tions de protestation.