Gaza : Chedjaiya, le dernier bastion du Fatah, est tombé

Fares Chahine, lundi 4 août 2008

Pour la popu­lation gha­zaouie et surtout celle du quartier Ched­jaiya, à l’est de la ville de Ghaza, la journée du samedi 2 août a étran­gement res­semblé à celle du 14 juin 2007, date à laquelle, par la force des armes, les milices du mou­vement isla­miste Hamas se sont emparés de l’étroite bande côtière.

Dès l’aube, des mil­liers de com­bat­tants des bri­gades Ezzeddine El Qassam et de la police du gou­ver­nement du Hamas, démis de ses fonc­tions suite au coup de force armé de l’été passé par le pré­sident Mahmoud Abbas, ont encerclé le quartier populeux de Ched­jaiya, où habite la majorité du clan Helles, dont Abou Maher est un haut res­pon­sable du mou­vement natio­na­liste Fatah et des bri­gades des martyrs El Aqsa, sa branche armée. L’opération ham­saouie contre ce clan familial influent, proche du Fatah, a semblé être le par­achè­vement final de l’entreprise entamée l’été dernier, celle d’éradiquer défi­ni­ti­vement le mou­vement Fatah et peut-​​être tout autre faction natio­na­liste appar­tenant à l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP) dans la bande de Ghaza. Le mou­vement isla­miste a déclaré que cette cam­pagne sécu­ri­taire avait pour but d’arrêter cer­tains membres de ce clan familial, accusés d’être les auteurs pré­sumés de l’explosion d’une bombe sur le lit­toral de Ghaza, une semaine aupa­ravant, ayant pro­voqué la mort de 6 per­sonnes, 5 membres des bri­gades Ezzeddine El Qassam et une fillette de 6 ans.

Les heurts très vio­lents où toutes sortes d’armes ont été uti­lisées par les hommes du Hamas ont fait 9 morts au moins et plus de 90 blessés, en majorité des femmes et des enfants du clan Helles. Parmi les morts, figurent trois hommes du Hamas et un enfant de 14 ans du clan Helles. Au cours du siège du quartier, les hommes du Hamas ont empêché les ambu­lances d’y entrer pour évacuer les vic­times. Ahmad Helles (Abou Maher) a affirmé par télé­phone à la chaîne satel­li­taire El Arabiya que les hommes armés du Hamas ont usé de ces ambu­lances pour pouvoir pénétrer dans le quartier ciblé. Au bout d’une journée de durs combats, les hommes du Hamas ont pu pénétrer dans le quartier qu’ils ont déclaré interdit de visite pour qui­conque durant trois jours. Interdits par le Hamas, durant toute la journée, aucun jour­na­liste n’a pu pénétrer à l’intérieur du péri­mètre où se dérou­laient les combats. Au début de l’attaque, les hommes du Hamas ont demandé à toutes les familles, sauf Helles, de quitter le quartier. Cer­tains témoins nous ont affirmé que l’électricité avait été coupée. En fin de compte et avant l’assaut final, selon un com­mu­niqué du clan, afin d’épargner la vie des femmes et des enfants, Abou Maher en com­pagnie de quelques membres de sa famille ont choisi de se diriger vers la fron­tière avec Israël, dis­tante d’un kilo­mètre seulement.

Israël a autorisé 150 Pales­ti­niens ayant déposé les armes à entrer sur son sol, dans « un geste huma­ni­taire », selon un porte-​​parole de l’armée. Les blessés ont été hos­pi­ta­lisés en Israël et les autres ont été trans­portés à Ramallah [1].

Les ser­vices médicaux israé­liens ont annoncé avoir traité neuf Pales­ti­niens, dont six griè­vement blessés. Cette ouverture excep­tion­nelle du point de passage a été décidée par le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, qui avait été per­son­nel­lement sol­licité par le pré­sident Abbas et le Premier ministre pales­tinien Salam Fayyad. Des infor­ma­tions ont fait état de la blessure d’Abou Maher à la cuisse et de la mort de quatre de ses compagnons.

Cette guerre fra­tricide a été la consé­quence d’une semaine de vio­lences durant laquelle le Hamas a arrêté des cen­taines de mili­tants du Fatah, dont un membre du comité exé­cutif de l’OLP et d’un membre du comité révo­lu­tion­naire du Fatah, qui a été remis en liberté, samedi en milieu de journée, en plus de trois gou­ver­neurs tou­jours incar­cérés. Les forces sécu­ri­taires en Cis­jor­danie ont de leur côté arrêté près de 150 par­tisans du Hamas que le pré­sident Abbas a ordonné de libérer immédiatement.

Nul doute que ce grave embra­sement et ce sang qui a coulé à Ghaza ne faci­li­teront pas la tâche égyp­tienne dans sa ten­tative de ras­sembler toutes les fac­tions pales­ti­niennes pour des négo­cia­tions ayant pour but de les réunifier. Tant que le mou­vement Hamas aura la détente facile contre ses rivaux, en par­ti­culier le mou­vement Fatah qui a com­mencé sa lutte de libé­ration plus de 20 ans avant son appa­rition sur la scène, il lui sera dif­ficile de convaincre les fac­tions pales­ti­niennes à chercher un par­te­nariat pour pour­suivre ensemble cette lutte de libé­ration et non pas d’imposer son diktat. Cer­tains res­pon­sables du Fatah, tels Azzam El Ahmad, accusent ouver­tement le Hamas de vouloir anéantir toutes les forces natio­na­listes dans la bande de Ghaza avant de déclarer son émirat isla­mique sur la bande côtière, ce qui mettra un terme final au projet de l’Etat pales­tinien, libre, indé­pendant et démo­cra­tique sur les terres occupées en 1967, dont la ville sainte d’El Qods, et donnera raison à Israël qui ne cesse de clamer que les Pales­ti­niens ne méritent pas cet Etat.

[1] selon le Nouvel Obser­vateur, "Un groupe d’une tren­taine de par­tisans du Fatah a été renvoyé dans la bande de Gaza dimanche matin, et les autres devaient suivre, ont déclaré des res­pon­sables israé­liens de la défense ayant requis l’anonymat. Ces sources ont ajouté que le pré­sident pales­tinien modéré Mahmoud Abbas, du Fatah, avait demandé leur renvoi plutôt que leur passage en Cis­jor­danie. Les blessés en revanche devaient rester hos­pi­ta­lisés dans l’Etat hébreu".

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