Fin du sommet arabe de Ryad ; Israël refuse la paix.

T. Hocine, samedi 31 mars 2007

Israël reste un cas d’école, et les Arabes se sont faits forts de le prouver encore une fois. Voilà donc un Etat créé par une réso­lution de l’ONU et qui a fait le choix de la guerre. Toute sa stra­tégie est basée sur ce postulat.

Autrement dit, et quand ce n’est pas lui qui fait la guerre aux autres, il se montre sous l’aspect de l’entité assiégée qui combat seul une impres­sion­nante Armada. Ou encore un ensemble animé de mau­vaises inten­tions. Avec des relais à travers le monde qui réper­cutent ce discours.

Et dans le pire des cas, c’est la loi du silence. Comme pour son refus de l’offre arabe de paix vieille de sept années, et qu’il avait lui-​​même exhumée. Un bien ter­rible paradoxe qui permet au passage de relever la pers­pi­cacité des Arabes.

Les Pales­ti­niens vou­laient au contraire plus d’intransigeance. Mais les faits sont là : ce n’était pas un sommet pour rien car il a permis de cla­rifier les choses, et de ne pas per­mettre à d’autres d’avoir l’exclusivité du dis­cours de paix comme le fait, - eh oui ! - Israël, qui se permet même d’interpeller les autres, c’est à dire les Arabes.

Premier à réagir, le chef de la diplo­matie du pays hôte a accusé jeudi peu après la clôture, et moins de vingt-​​quatre heures après l’adoption des prin­ci­pales réso­lu­tions dont l’offre de paix en question, Israël de rejeter sys­té­ma­ti­quement les offres de paix des Arabes. « A chaque fois que les Arabes adoptent des réso­lu­tions de paix claires et franches, ils (les Israé­liens) les rejettent caté­go­ri­quement », a déclaré le prince Saoud al-​​Fayçal lors d’une confé­rence de presse. Il a estimé que l’attitude israé­lienne n’était donc « pas éton­nante » et « ne reflétait pas la position d’un Etat qui veut la paix ».

Le ministre saoudien répondait au vice-​​Premier ministre israélien, Shimon Peres, qui avait réitéré « qu’il n’était pas question pour Israël d’accepter cette ini­tiative dans sa forme actuelle », car « des négo­cia­tions n’auraient (alors) plus de raison d’être ». La réaction de M. Peres et la réplique acerbe du prince Saoud al-​​Fayçal attestent de l’avenir très incertain de cette ini­tiative de paix, adoptée par les Arabes lors de leur sommet de 2002 à Bey­routh, mais restée depuis sans suite.

A l’origine, une ini­tiative du roi Abdallah d’Arabie saoudite alors qu’il était prince héritier, ce plan de paix offre à Israël une nor­ma­li­sation de ses rela­tions avec tous les pays arabes en échange d’un retrait des ter­ri­toires arabes occupés par l’Etat hébreu depuis 1967, de la création d’un Etat pales­tinien avec El Qods pour capitale et d’un règlement « équi­table et agréé » de la question des réfugiés palestiniens.

Le ministre égyptien des Affaires étran­gères, Ahmad Aboul Gheit, a une attitude plus nuancée en affirmant que pour les leaders arabes, la réponse israé­lienne n’était pas défi­nitive. Pourtant, les Israé­liens semblent extrê­mement sérieux sur la question de paix, pour parler d’une seule voix, et afficher la même constance. Sauf à croire que le ministre égyptien entend donner du temps au temps - est-​​il encore pos­sible ? - ou anti­ciper sur une révision du principe même de la nor­ma­li­sation, comme cela a été le cas en 1996 quand il s’agissait de geler un tel pro­cessus, voire d’aller dans le sens de la rupture pour les pays arabes ayant des rela­tions diplo­ma­tiques avec Israël.

Tout compte fait, le sommet de Ryad est lui aussi la chro­nique d’un refus annoncé, mais quant au reste, il a tranché sur les pré­cé­dents sommets arabes par la dis­ci­pline et la rigueur avec les­quelles il s’est déroulé, et s’est achevé sans aucun com­mu­niqué final, comme c’est pourtant la tradition.

En revanche, toutes les réso­lu­tions, au nombre de 32, ont été publiées dans leur inté­gralité, une grande pre­mière dans l’histoire de ces sommets. Le prince Saoud al-​​Fayçal l’a expliqué en déclarant que « l’action arabe ne (devait) plus être cachée de la nation arabe ». La réso­lution sur l’Irak appelle le gou­ver­nement de Baghdad à « amender rapi­dement les clauses de la consti­tution qui posent pro­blème pour par­venir à un consensus national » et à « revoir la loi sur la débâa­thi­fi­cation pour qu’elle ne devienne pas un outil de ven­geance ». Elle demande aussi au gou­ver­nement irakien de « déman­teler toutes les milices armées ».

Il s’agit donc d’ores et déjà de pré­parer le pro­chain sommet en prenant acte du refus israélien, et par voie de consé­quence, aider les Pales­ti­niens et leur gouvernement.

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