Fataliste, le sud du Liban redoute un nouveau conflit avec Israël

Rana Moussaoui, samedi 6 février 2010

Trois ans et demi après la guerre entre Israël et le Hez­bollah, le sud du Liban vit au rythme des mises en garde de res­pon­sables israé­liens contre le parti chiite, et s’attend, fata­liste, à un nouveau conflit.

"Si vous revenez, nous serons au rendez-​​vous", avertit le Hez­bollah sur une affiche apposée près d’Aïta Achaab. De l’autre côté de la fron­tière, le "parti de Dieu" avait enlevé deux soldats en juillet 2006, pro­vo­quant une offensive israé­lienne d’un mois qui a fait plus de 1.200 morts côté libanais, en majorité des civils, et 160 du côté israélien, surtout des mili­taires. Les res­pon­sables israé­liens ont récemment mul­tiplié les aver­tis­se­ments : un ministre a affirmé que les deux camps s’orientaient vers une nou­velle confron­tation, et le Premier ministre Ben­jamin Neta­nyahu a accusé mardi Bey­routh de per­mettre au parti de déve­lopper sa force mili­taire qui, selon l’Etat hébreu, est estimée à 40.000 roquettes contre 14.000 en 2006. "On a peur, bien sûr", affirme Hayat à Cana, localité victime d’un raid en 2006 qui a fait 29 morts, dont 16 enfants. "Chaque jour, on nous abreuve d’informations sur l’éventualité d’une nou­velle guerre".

Sur la ter­rasse d’une maison sur­plombant le cime­tière où reposent ces vic­times, Hayat discute à bâtons rompus avec ses voi­sines des der­nières décla­ra­tions israé­liennes, ana­lyses de presse et rumeurs. "Cette fois-​​ci, on dit que Bey­routh sera bom­bardé, où va-​​t-​​on se cacher ?", demande cette femme au verbe haut. Sa voisine, Hajje Diba, ajoute sur un ton confi­dentiel : "Si la guerre éclate, la Syrie et l’Iran vont y par­ti­ciper, ça ne se limitera pas au Hezbollah".

"On dit aussi qu’ils (les Israé­liens) vont attaquer par la Békaa (est)", murmure-​​t-​​elle. Du côté libanais, le Premier ministre Saad Hariri a affirmé récemment craindre "une inter­vention israé­lienne". Le chef du Hez­bollah, Hassan Nas­rallah, a déjà averti en janvier que son parti "chan­gerait la face de la région" en cas de nouveau conflit. Mer­credi, le ton est monté d’un cran à Damas lorsque le ministre des Affaires étran­gères Walid Mouallem a affirmé qu’un éventuel conflit se trans­for­merait en "guerre géné­ra­lisée". A Yarine, Khaled et sa femme Dima, qui tiennent une échoppe à deux pas de la fron­tière, n’ont pas l’intention de vivre le même enfer qu’en 2006. "A la pre­mière explosion, on plie bagage en une seconde", affirme Dima, en ajustant son voile noir.

Mais, malgré l’inquiétude et les survols quo­ti­diens du sud du Liban par l’aviation israé­lienne, la plupart des gens du sud affichent leur fata­lisme. A Aïta Achaab, où 30% des loge­ments n’ont tou­jours pas été recons­truits depuis 2006, Hassan Srour, 39 ans, pioche la terre près d’une maison encore en ruines. "On recons­truit, et si la guerre éclate de nouveau, on recons­truira encore une fois", dit cet agri­culteur. De nou­velles bâtisses, voire des villas, sont rebâties sous le nez des postes israé­liens. "Nous sommes habitués à l’occupation, à la guerre et à la des­truction. Où voulez-​​vous qu’on aille ? C’est notre terre", affirme-​​t-​​il. Les habi­tants de cette localité pilonnée en 2006 ne prennent pas la peine de construire des abris, comme c’est le cas dans le nord d’Israël. "Pour quoi faire ? demande Hassan. "En 2006, deux de nos voisins sont morts ense­velis dans des abris".

Mais ce fata­lisme tient en partie au fait que, pour cette région, bastion du Hez­bollah, le parti a vaincu en 2006 et "vaincra une deuxième fois". "Tout est prêt", affirme Akel Hammoud, à Beit Lif. "Les armes et les équi­pement sont là. Il ne manque plus que la défense anti-​​aérienne", assure-​​t-​​il, en réfé­rence aux mis­siles sol-​​air qu’Israël craint que Damas ne livre au Hezbollah.