Faire face à la terreur suppose de répondre à ses causes

Taoufiq TAHANI, président de l’Association France Palestine Solidarité, tient à rappeler que « les causes du terrorisme sont certes multiples et renvoient aux complexes fragilités internes des sociétés du Proche-Orient comme à la redoutable fracturation sociale de notre propre société française avec ce qu’elle charrie de perte de sens et de désespérance ». Et « la question palestinienne toujours au cœur même de ce volcan régional aujourd’hui si menaçant ».

Taoufiq Tahani, invité de Médiapart, samedi 21 novembre 2015

Nous sommes pour longtemps sous le choc du carnage commis à Paris dans la nuit du 13 novembre. Passé le premier moment de sidération et de deuil, il faut chercher à décrypter cet âge de fer dans lequel nous sommes entrés.

Nous sommes malheureusement bien placés, comme organisation de solidarité avec le peuple palestinien, pour savoir ce que signifie le terrorisme et quelles sont ses racines. Nous le répétons depuis des années : nous sommes sur une trajectoire qui mène au chaos si rien n’est fait pour prendre un autre chemin.

Les causes du terrorisme sont certes multiples et renvoient aux complexes fragilités internes des sociétés du Proche-Orient comme à la redoutable fracturation sociale de notre propre société française avec ce qu’elle charrie de perte de sens et de désespérance.

Mais le chaos régional installé au Proche et Moyen Orient a pour point de départ les interventions extérieures qui en ont bouleversé l’équilibre depuis maintenant un siècle. Accords Sykes-Picot partageant la région en zones d’influence dans le mépris tout colonial de ses peuples et qui ont débouché sur les frontières aujourd’hui bousculées par Daech. Déclaration Balfour par laquelle le gouvernement britannique donnait au mouvement sioniste carte blanche pour disposer d’un pays tiers, en toute puissance et logique impériale. Mandat britannique sur la Palestine conféré par une Société des nations essentiellement européenne et qui s’emploie alors à consolider le « foyer national juif » sans se soucier des droits de la population autochtone.

D’une façon générale, nous sommes face à l’incapacité à penser hors des schémas coloniaux couronnée lors de la calamiteuse expédition de Suez… Cette incapacité débouchera, après que les Etats-Unis eurent pris le relais de la défense inconditionnelle et du surarmement illimité d’Israël devenu leur pièce stratégique pour le contrôle de la région, sur la « guerre globale contre la terreur » engagée par un George W. Bush brandissant l’étendard de la croisade du bien contre le mal.

Pour qui n’a pas le regard rivé à la surface de l’actualité immédiate, la profonde centralité de la question de Palestine est une évidence. Elle est l’archétype même de l’injustice historique dotée d’une force symbolique extraordinaire commise avec la participation active de l’Occident, avec l’indifférence ou l’instrumentalisation de nombre de régimes arabes. Et qui pourrait bouleverser le monde musulman tout entier si les messianistes, désormais proches des cercles dirigeants israéliens, allaient au bout de leurs provocations sur l’esplanade des mosquées.

Comment ne pas être saisis de nausée à entendre Benjamin Netanyahou déclarer qu’Israël « se tient aux côtés de la France dans la guerre commune contre le terrorisme » ? Propos odieux et manipulateurs venant d’un Etat qui depuis 48 ans maintient sous occupation le territoire palestinien, territoire qu’il colonise en violation du droit international comme des conventions de Genève. Comme si le terrorisme cruel et inhumain de Daech pouvait en quoi que ce soit dédouaner les dirigeants israéliens de leurs propres actes qui relèvent de la Cour pénale internationale.

Alors, certes, la question palestinienne n’est pas tout, mais redisons-le avec force en ces jours dramatiques : on ne peut faire comme si elle n’était pas installée au cœur même de ce volcan régional aujourd’hui si menaçant.

Certes, s’engager enfin pour la résoudre sur la base du droit ne réglera pas tout d’un coup de baguette magique. Mais ne pas le faire et accepter la stratégie du pourrissement de B. Netanyahou, c’est à coup sûr prendre le parti du chaos.

En cette matière comme en tout, il est vain de chercher à combattre les effets sans s’attaquer aux causes de ce qui a déstabilisé en profondeur le Proche et Moyen Orient. La course à la sécurité avec toujours plus de restrictions aux libertés est aussi dangereuse que vaine et risque fort de détourner de l’action sur les causes au profit d’une logique militaro-sécuritaire sans fin.

C’est pourquoi il est de l’intérêt et du devoir de la France de stopper la course à l’abîme vers laquelle nous poussent aujourd’hui les dirigeants israéliens, eux qui refusent par principe l’idée même de vivre à égalité, aux côtés d’un peuple palestinien debout dans un Etat souverain.