Face-​​à-​​face israélo-​​libyen au large de Gaza

L’Orient le Jour, mercredi 14 juillet 2010

Selon la Fon­dation Kadhafi, le pro­prié­taire du navire a subi des « pres­sions » pour se diriger vers l’Égypte [1]

Israël s’est dit prêt hier soir à inter­cepter un cargo d’aide libyen en route pour Gaza si le bateau tente de forcer le blocus maritime du ter­ri­toire pales­tinien. Selon la Fon­dation Kadhafi pour Gaza, qui a affrété le bâtiment, les auto­rités israé­liennes ont lancé un ulti­matum pour qu’il se détourne de son cap avant l’aube. « Sinon, elles menacent d’intercepter le bateau avec leur marine de guerre », a déclaré à l’AFP un repré­sentant de la fon­dation libyenne à bord, Machallah Zwei, joint par télé­phone satel­li­taire. Selon M. Zwei, le capi­taine du cargo a répondu que « la question va être étudiée par les res­pon­sables du navire avant de donner une réponse ». Tou­tefois, un porte-​​parole mili­taire israélien à Jéru­salem a démenti l’existence d’un ulti­matum, ajoutant qu’Israël avait seulement « adressé (au navire) une cla­ri­fi­cation sur ce qu’il savait déjà, à savoir qu’il ne peut pas aller à Gaza ».

Selon la Fon­dation Kadhafi, les pres­sions se sont accen­tuées hier sur le pro­prié­taire grec et le capi­taine de l’Amalthéa afin de les pousser à changer de route. « La fon­dation a reçu une lettre de la com­pagnie pro­prié­taire du navire confirmant les pres­sions exercées sur eux », a affirmé l’organisation sur son site Internet, sans pré­ciser la nature ou l’origine de ces pres­sions. « Le pro­prié­taire du navire a affirmé qu’il ne cédera pas aux pres­sions, tout en notant qu’il n’avait pas l’intention d’entrer dans une confron­tation », a sou­ligné la fon­dation qui a appelé toutes les parties « à per­mettre au navire d’atteindre sa des­ti­nation finale ».

« La marine israé­lienne a com­mencé des pré­pa­ratifs pour arrêter le navire s’il tente de violer le blocus maritime », a par ailleurs confirmé un autre porte-​​parole de l’armée, en pré­cisant qu’un contact radio avait été établi avec le bateau libyen.

Hier, à la mi-​​journée, le cargo Amalthéa, parti samedi soir de Grèce, était à 130 milles marins (près de 240 km) de la bande de Gaza, où il devait accoster ce matin. « Nous avons expliqué aux auto­rités israé­liennes que notre des­ti­nation ini­tiale était Gaza et que nous n’étions pas là pour faire de la pro­vo­cation », a expliqué M. Zwei. Selon la Fon­dation Kadhafi, une asso­ciation cari­tative pré­sidée par Seif al-​​Islam, fils du numéro un libyen Mouammar Kadhafi, l’Amalthéa est « chargé de deux mille tonnes d’aide huma­ni­taire sous forme de nour­riture et de médi­ca­ments ». Outre 12 membres d’équipage de diverses natio­na­lités, neuf per­sonnes (six Libyens, un Nigérien, un Marocain et un Algérien) sont à bord, selon l’agent maritime de l’Amalthéa.

Ces der­niers jours, Israël a déployé d’intenses efforts diplo­ma­tiques pour que le cargo libyen détourne sa route vers l’Égypte, mais a averti qu’il n’hésiterait pas à l’arraisonner s’il main­tenait le cap sur Gaza. L’État hébreu, qui a dénoncé « une pro­vo­cation superflue », espère pré­venir une réédition du récent fiasco de sa marine dans les eaux inter­na­tio­nales au large de Gaza. Le 31 mai dernier, des com­mandos israé­liens avaient inter­cepté une flot­tille huma­ni­taire inter­na­tionale qui s’efforçait de « briser » le blocus israélien, une opé­ration mal pré­parée et exé­cutée qui a entraîné la mort de neuf mili­tants turcs pro­pa­les­ti­niens, sou­levant un tollé dans le monde entier.

Les Israé­liens, qui veulent escorter le bateau libyen dans leur port d’Ashdod (Sud) pour y décharger sa car­gaison, disent craindre l’importation massive d’armes et de matériel de guerre pour jus­tifier leur blocus maritime de Gaza. Tou­tefois, à la suite de l’incident du 31 mai, sous forte pression inter­na­tionale, Israël a assoupli son embargo ter­restre contre Gaza en vigueur depuis la prise de contrôle du ter­ri­toire par les isla­mistes du Hamas en juin 2007.

[1] selon Reuters le 14 juillet à 10h, "le bateau affrété par la Libye et chargé d’aide à des­ti­nation de la bande de Gaza s’est fina­lement dérouté en direction du port égyptien d’El Arich" tandis qu’une autre infor­mation reprise par RFI annonce que le cargo, en panne, est immo­bilisé en mer