Exposition de dessins d’enfants palestiniens

Grandir à Gaza, jeudi 17 novembre 2005

Une expo de dessins réa­lisés par des enfants pales­ti­niens dans le cadre d’un atelier mis en place par Muriel Modr et Alain Castan en Palestine en 2003, sera visible à la MJC de Mar­tigues du jeudi 24 novembre 18h00 au jeudi 1er décembre 18h.

« GRANDIR A GAZA… »

Des syna­gogues qui brûlent à Gaza après l’évacuation du ter­ri­toire par les israéliens…est-ce le symbole de la « bar­barie pales­ti­nienne » faisant écho à la bar­barie euro­péenne du siècle passé ? Du cynisme israélien, qui manipule les médias à la façon d’autres mani­pu­la­tions, qui ont jus­tifié d’autres guerres en Irak ou ailleurs ? Les deux à la fois ? Ni l’un ni l’autre ? Tout à fait autre chose… ?

A Ensemble Citoyens, nous ne sommes pas his­to­riens ou poli­to­logues mais nous avons une conviction : il est dan­gereux de vouloir pro­jeter ailleurs ce conflit qui nous désole, nous touche, nous révolte et que cer­tains vou­draient faire nôtre.

Ceux qui pré­tende expliquer ce conflit com­plexe en faisant un parallèle entre l’intifada et les émeutes dans nos quar­tiers , entre l’occupation des ter­ri­toires pales­ti­niens et la colo­ni­sation fran­çaise en Afrique, ou le réduisent à une guerre entre juifs et musulmans lui donnant ainsi un caractère universel…ceux là sont les véri­tables incen­diaires et ne font qu’attiser la haine.

Si parfois se cache, der­rière la défense du peuple pales­tinien un anti­sé­mi­tisme larvé , nous voyons agiter par cer­tains le chiffon rouge du racisme anti-​​juif pour cen­surer toute parole cri­tique envers l’état d’Israël.

Pour autant nous ne voulons pas ren­voyer dos à dos les bel­li­gé­rants et nous en « laver les mains ». La question est : comment parler de ce conflit sans parler d’autre chose, sans y pro­jeter nos fan­tasmes, nos angoisses ? Est-​​ce pos­sible ? un tel débat peut-​​il avoir une chance d’exister ?

C’est ce que nous nous effor­cerons de faire jeudi 24 novembre à 20h30 au cinéma Renoir après la pro­jection en avant-​​première , du film «  Pour un seul de mes deux yeux  » d’A. Mograbi qui « part souvent à la ren­contre de la paranoïa locale sans oublier de retourner le fer dans la plaie de l’enfermement que l’état d’Israël fait subir aux palestiniens. »

Nous aurons la chance d’accueillir, Muriel Modr et Alain Castan qui témoi­gneront d’actions menées dans les ter­ri­toires occupés auprès d’ enfants pales­ti­niens, dans le cadre de l’association «  Grandir à Gaza  » et «  La Courte Echelle  ».

Texte de Muriel MODR

Les dessins d’enfants en Palestine dans la Bande de Gaza, mai 2003 Je suis étrangère pré­sente sur un sol occupé par des étrangers que je ne suis pas venue ren­contrer. Ce sont les Pales­ti­niens que je viens ren­contrer. Je ne sais pas dia­loguer dans la langue arabe mais je suis accom­pagnée de bons tra­duc­teurs. J ’ ai reçu chaque dessin d’enfant comme une lettre. D’un seul mou­vement, dans un temps unique, le dessin n’est pas retra­vaillé. Grâce à la tra­duction des étudiants pré­sents , quelques enfants ont eu la pos­si­bilité de me trans­mettre un com­men­taire, court par­ceque le temps est court, pas seulement à cause de mon orga­ni­sation. Le temps en Palestine ne se déroule pas, il est en frag­ments impré­sibles liés aux rup­tures imposées par les agres­sions de l’armée israé­lienne. Chaque instant posé pour faire quelque chose est un instant de gagné. Les étudiants, sont presque tous des enfants de la pre­mière intifada, j’ai été témoin pendant un mois de leur pré­sence dans les centres culturels et jardins d’enfants, ani­ma­teurs, en col­la­bo­ration avec les res­pon­sables de chaque centre. Avec une grande douceur femmes et hommes écoutent les com­men­taires recon­naissant eux mêmes ce qu’ils vivent au quo­tidien et chaque fois qu’ils aper­çoivent une pos­si­bilité d’évasion dans l’expression, ils pro­posent aux enfants de s’en saisir Rentrée en France, j’ai réalisé en regardant ces dessins un par un , combien ils mon­traient le réel , ils sont incon­som­mables contrai­rement au journal télévisé. En regardant les pho­to­gra­phies, le contraste entre la tenue et la per­son­nalité de chaque enfant face aux entraves de la vie quo­ti­dienne, j’ai res­senti à nouveau le soin du vouloir vivre, j’ai ré-​​entendu ” c’est aussi pour demain” . Palestine, conflit, j’entends souvent le mot “la situation” à la place de colo­ni­sation armée et peut on situer le mot Palestine sur une carte ? “Ces ter­ri­toires” où la terre est de plus en plus racourcie et ne peut offi­ciel­lement être nommée , sont comme des trem­ble­ments de terre quo­ti­diens, des catas­trophes sans les secours de l’aide huma­ni­taire inter­na­tionale. Ce sont des tanks, des bull­dozers, qui font la caras­trophe , la nakba . Des­truc­tions visant à déstruc­turer l’organisation de la vie , qui obligent les enfants à grandir sans les repères d’une route partant d’ une maison vers l’école , du champ d’olivier qui n’est plus un champ mais une terre détruite. L’ hôpital en ruine n’est plus le lieu de la répa­ration du corps , la mer n’est plus un lieu d’évasion c’est l’appropriation des colons et s’en approcher pour prendre un bain, c’est risquer sa vie. Tous les jours des enfants échappent à la sur­veillance des adultes et cer­tains risquent leur vie pour vivre , pour s’inventer des repères que l’armée israé­lienne leur interdit. Ils risquent aussi leur vie pour jouer, pour s’approcher des murs gardés par les miradors, pour un cerf volant qui suit le vent qui ne reconnaît pas l’armée. Ils risquent et perdent leur vie devant un char devant lequel ils se postent avec des pierres, car ne pas braver cette peur c’est ne pas résister à la peur et se réfugier dans l’ombre d’une maison, qui de toute façon ne signifie plus depuis long­temps la sécurité. Per­sonne ne peut vivre avec la peur sans la défier, un grand nombre d’entre eux sont malades de l’agression quo­ti­dienne de jour et de nuit , du couvre feux total sur des jours et des jours. Lorsqu’ils bravent l’interdiction de sortir c’est pour prendre une bouffée de vie et concrè­tement se mesurer à être encore debout demain. D’où prennent ils cette force ces enfants là , qui ne sont pas dif­fé­rents de tant d’autres enfants ? Peut être d’un endroit que les adultes de l’armée occu­pante ne peuvent saisir, d’un désir naturel de vivre et grandir qui n’ appar­tient qu’à eux ? Tant qu’ils arrivent à échapper à l’agresseur et que la société pales­ti­nienne échappe elle même au renon­cement, cela forme une unité qui se pro­jette dans un avenir tourné vers un monde ouvert. Mar­seille, mars 2004 Muriel Modr

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