Etat de siège

Amine Lotfi, mercredi 23 janvier 2008

Plus déter­minés que jamais à en finir avec le Hamas pales­tinien, les Israé­liens imposent un blocus total sur la bande de Ghaza que contrôle le mou­vement isla­miste que l’Occident a clas­sifié terroriste.

Ce bou­clage sys­té­ma­tique accom­pagne les bom­bar­de­ments intensifs du ter­ri­toire qui se sont soldés par des dizaines de vic­times, notamment civiles. Comme si cela ne suf­fisait pas, les Israé­liens ont décidé de couper toute pos­si­bilité d’approvisionnement en car­burant et en élec­tricité à la bande de Ghaza, ce qui se traduit par la para­lysie de tous les ser­vices publics, plus par­ti­cu­liè­rement les hôpitaux de la ville [1].

En s’installant dans la durée, l’action punitive israé­lienne vise mani­fes­tement à pro­voquer un désastre huma­ni­taire en privant la popu­lation de Ghaza de toute forme de ravi­taillement, puisque le ter­ri­toire est com­plè­tement isolé [2]. Ghaza, plongée dans le noir, ne dis­posera pas de fuel ni d’électricité et, pro­ba­blement, man­quera aussi d’eau et de denrées ali­men­taires puisque rien n’y entre ni n’en sort, cela au vu et au su de la planète tout entière.

La com­mu­nauté inter­na­tionale est bien consciente des périls encourus et le fait savoir, mais Israël reste sourd aux pro­tes­ta­tions et aux appels à la raison. La seule raison dont l’Etat hébreu tient compte, c’est celle du plus fort et il est for­tement encouragé dans son entre­prise guer­rière par l’impassibilité du Conseil de sécurité de l’ONU qui est de toute évidence peu pressé de condamner cette énième agression israélienne.

Cela se com­prend puisque les Etats-​​Unis qui ont une place cen­trale au Conseil de sécurité sont les alliés d’Israël, pour ne pas dire ses pro­tec­teurs. Une réso­lution condamnant l’Etat hébreu est tout sim­plement impen­sable. Faut-​​il alors laisser les popu­la­tions de Ghaza privées de soins, affamées et empê­chées de pouvoir se déplacer du fait des bom­bar­de­ments israé­liens sur le territoire ?

Cette agression com­porte la visée psy­cho­lo­gique de sus­citer le res­sen­timent des habi­tants de Ghaza contre les diri­geants de Hamas qu’Israël, tout autant que les Etats-​​Unis et l’Europe, s’attachent à rendre res­pon­sables de la tra­gédie de Ghaza. La stra­tégie, tout de même cousue de fil blanc, consis­terait donc à main­tenir le ter­ri­toire sous une telle pression que la popu­lation de Ghaza, excédée par tant de souf­frances, finirait par se sou­lever et chasser ce Hamas pales­tinien si honni par l’Europe et les Etats-​​Unis.

En d’autres termes, Israël procède au blocus de la bande de Ghaza en tablant sur le déclen­chement d’une insur­rection et d’un bain de sang entre Pales­ti­niens. Et d’une catas­trophe huma­ni­taire qui n’est plus à exclure aujourd’hui. Dans tous les cas de figure, le spectre de la mort plane sur la bande de Ghaza, réduite à une for­te­resse assiégée. Comme dans les guerres des temps révolus, mais avec les moyens tech­no­lo­giques et mili­taires des temps modernes.

[1] Sous pression inter­na­tionale, Israël s’est résolu à laisser entrer du car­burant. La cen­trale élec­trique peut reprendre son activité et l’électricité revenir par­tiel­lement dans Gaza, où les quar­tiers sont ali­mentés à tour de rôle et dans les hôpitaux de Gaza où tous les appa­reils vitaux -cou­veuses, dyalise, res­pi­ra­teurs etc.- ne fonctionnaient plus.

[2] Des cen­taines de Pales­ti­niens excédés d’être main­tenus en cage et affamés ont fait sauter le mur qui encercle Gaza et la coupe de l’Egypte ce matin 23 janvier