Entretien avec Ahmed Saadat, secré­taire général du FPLP, dans la prison pales­ti­nienne à Jericho

Mireille Terrin, Chris den Hond, mercredi 5 janvier 2005

"La lutte pour un seul état, démo­cra­tique, sans aucune forme de dis­cri­mi­nation eth­nique ou reli­gieuse ne doit jamais cesser"

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Ahmed Saadat

Ahmed Saadat, secré­taire général du FPLP, est détenu dans une prison pales­ti­nienne près de Jéricho, avec les trois membres du com­mando qui ont exécuté, en octobre 2001 le ministre du tou­risme d’extrême droite Zeevi, en réponse à l’assassinat par les Israé­liens d’Abu Ali Mustafa, diri­geant du FPLP. Tout comme la mas­carade de procès qui s’était déroulé en avril 2002 à l’intérieur de la Mouqata de Ramallah assiégée, pour se plier aux exi­gences de Sharon, leurs condi­tions de détention sont ubuesques.

Ils sont gardés par des Pales­ti­niens, mais sur­veillés depuis les toits et écoutés en per­ma­nence par des soldats amé­ri­cains et bri­tan­niques, dans des locaux truffés de micros et de sys­tèmes de brouillage des com­mu­ni­ca­tions, le tout au nom de leur "protection".

Un des membres du com­mando, condamné à un an de prison en avril 2002, est tou­jours détenu, dans son propre intérêt, bien sûr, alors qu’il aurait dû être libéré il y a huit mois.

A quelques jours de l’annonce du soutien du FPLP à la can­di­dature de Mustafa Bar­ghouti aux élec­tions pré­si­den­tielles, nous avons ren­contré Saadat et ses cama­rades dans leur prison.

La Haute cour pales­ti­nienne a ordonné votre remise en liberté il y a plu­sieurs mois, pourquoi êtes vous tou­jours en prison ?

Ahmed Saadat :

Ce n’est pas la pre­mière fois qu’une décision de la Haute cour n’est pas appliquée, il y a des dizaines d’autres déci­sions qui n’ont jamais été appli­quées. Une partie des obli­ga­tions "sécu­ri­taires" de l’Autorité pales­ti­nienne est de se plier aux exi­gences des Amé­ri­cains et des Israé­liens. C’est pour cela que nous restons ici, détenus en otages, comme gages de la bonne volonté de l’Autorité palestinienne.

Yasser Arafat était décrit par les Israé­liens et les Amé­ri­cains comme un "obs­tacle à la paix". Est ce que sa dis­pa­rition va changer quelque chose ?

Ahmed Saadat :

Il faut d’abord définir ce qu’est un obs­tacle. Pour Israël tout diri­geant pales­tinien qui n’accepte pas l’intégralité de ses exi­gences est un obs­tacle. Si Abu Mazen et le pro­chain gou­ver­nement défendent les droits fon­da­mentaux des Pales­ti­niens, ils seront eux aussi consi­dérés comme des obs­tacles. D’ailleurs Olmert vient de déclarer qu’il serait impos­sible de signer un accord de paix avec Abu Mazen à cause de son soutien à la reven­di­cation du droit au retour des réfugiés !

Le FPLP ne pré­sente pas de can­didat aux élec­tions du 9 janvier, alors que le PPP, le FDLP ont chacun leur can­didat, n’était pas pos­sible de pré­senter une can­di­dature unique de la gauche ?

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Militant F.P.L.P.
En tenue avec le logo de l’organisation

Ahmed Saadat :

Nous ne pré­sentons pas de can­didat d’abord parce que nous refusons de cau­tionner l’Autorité pales­ti­nienne issue des accords d’Oslo. Il est déjà inac­cep­table de par­ti­ciper à des élec­tions sous l’occupation mais nous pensons en plus que ces élec­tions auraient dû être glo­bales, avec le renou­vel­lement de toutes les ins­ti­tu­tions de l’Autorité pales­ti­nienne, le Conseil légis­latif pales­tinien, les muni­ci­pa­lités. La sépa­ration dans le temps des élec­tions pré­si­den­tielles et des légis­la­tives nous fait douter qu’il s’agisse d’un pas vers la démo­cratie. Ces élec­tions devraient être aussi un moyen de lutter contre l’occupation, un méca­nisme pour le droit à l’auto déter­mi­nation. Israël et les USA pré­tendent nous imposer un chan­gement démo­cra­tique qui cor­respond à leurs besoins et nous refusent le droit à l’autodétermination.

Nous avons quand même essayé d’initier une can­di­dature commune de la gauche. Nous avons eu des ren­contres avec d’autres groupes, avec le parti du peuple pales­tinien (PPP, ex Parti com­mu­niste pales­tinien), avec le FDLP (Front démo­cra­tique de libé­ration du peuple) et même avec la FIDAH, dont une partie sou­tient les accords de Genève.

Nous avons entrepris les dis­cus­sions autour d’un pro­gramme, ce qui était le prin­cipal enjeu pour nous, plus que les ques­tions de per­sonne. Nous vou­lions un pro­gramme qui soit réel­lement de gauche. Nous avions des diver­gences avec le FDLP, qui inclut la "Feuille de route" dans son pro­gramme, et le PPP qui accepte les prin­cipes de "l’initiative arabe" sur le droit au retour des réfugiés, une conception qui détruit le principe même du droit au retour puisqu’elle introduit des quotas, et qu’elle donne à Israël le pouvoir d’accepter ou non le retour des réfugiés.

Malgré ces divergences, nous avons continué les discussions.

Et puis nous avons eu la désa­gréable sur­prise d’apprendre que le PPP et le FDLP avaient déjà désigné leur can­didat, Bassam Sahali pour le PPP et Tayser Khaled pour le FDLP.

Le FPLP a décidé de sou­tenir la can­di­dature de Mustafa Bar­ghouti dans cette élection. Est ce que vous pensez qu’il est un can­didat vraiment à gauche ?

Ahmed Saadat :

Nous aurions préféré une can­di­dature net­tement anti-​​capitaliste, c’est vrai que Mustafa Bar­ghouti n’est pas un révo­lu­tion­naire. Mais il a été clair et honnête avec nous, il a accepté les points de notre pro­gramme qui étaient essen­tiels pour nous, comme le droit au retour et le soutien à la résis­tance du peuple pales­tinien sous toutes ses formes.

Mustafa Bar­ghouti est un symbole, en tant que pré­sident du PMRS (la plus grande ONG médicale pales­ti­nienne) au niveau national et inter­na­tional. Ses posi­tions n’ont peut être pas tou­jours été très claires, notre rôle est de l’aider à évoluer. Si nous n’y arrivons pas, nous n’avons rien à perdre. Nous avons nos propres posi­tions poli­tiques, notre propre programme.

Si Marwan Bar­ghouti s’était fina­lement pré­senté, auriez vous soutenu sa candidature ?

Ahmed Saadat :

Marwan Bar­ghouti est un diri­geant du Fatah, il a été formé par le Fatah et se pliera tou­jours à la ligne du parti. Bien sûr nous faisons la dis­tinction entre Abu Mazen et lui, mais au bout du compte, ils repré­sentent tous les deux la même idéo­logie, le même pro­gramme au service de la bour­geoisie palestinienne.

Pensez vous que la solution des deux états est viable ?

Ahmed Saadat :

La solution des deux états est un point de départ qui créera le climat néces­saire à une solution paci­fique. Bien sûr, la lutte pour un seul état, démo­cra­tique, sans aucune forme de dis­cri­mi­nation eth­nique ou reli­gieuse ne doit jamais cesser, car c’est la seule solution pos­sible pour résoudre les pro­blèmes, celui des Pales­ti­niens de 48 et celui du droit au retour. Dans ce combat nous avons besoin de la soli­darité inter­na­tionale et de l’unité de ceux qui se battent à nos côtés. En tant que Pales­ti­niens et aussi en tant que FPLP, nous sommes fiers de toutes ces actions de soli­darité avec le peuple palestinien.