Entrée en vigueur de la Convention contre les sous-​​munitions : Les USA, Israël, la Chine et la Russie « piégés »

R. I. & Agences, samedi 31 juillet 2010

Le Comité Inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR) et les ONG qui mènent la lutte contre les armes à sous-​​munitions espèrent que l’entrée en vigueur de la Convention d’Oslo, demain, va forcer les grandes puis­sances mili­taires à renoncer à leur utilisation.

La Convention sera ainsi appli­cable six mois après la rati­fi­cation par plus de trente pays du traité conclu en décembre 2008, à Oslo, et signé à ce jour par 107 nations. Le texte interdit l’emploi, la pro­duction, le sto­ckage et le transfert de cette caté­gorie d’armes. Pour le secré­taire général des Nations unies Ban Ki-​​moon, cette Convention est une « avancée majeure » pour débar­rasser le monde de ces « armes ignobles » [1]. Les bombes à sous-​​munitions sont lar­guées par voie aérienne ou tirées par voie terrestre.Le conteneur s’ouvre dans les airs et éjecte les sous-​​munitions, de la taille d’une balle de tennis, qui se dis­persent sur de larges zones. De 5 à 40% des sous-​​munitions n’explosent pas au contact du sol et peuvent rester actives pendant des années durant les­quelles elles peuvent tuer ou blesser des civils, dont des enfants plus vul­né­rables car ils sont tentés de les ramasser. La coa­lition contre les armes à sous-​​munitions estime le stock mondial à plus d’un mil­liard de bombes, mais de grandes puis­sances mili­taires comme la Chine, la Russie, les Etats-​​Unis et Israël, qui en pos­sèdent la plus grande partie, ont jusqu’à ce jour refusé de signer la Convention d’Oslo.

Un milliard de bombes à retardement

Les Etats-​​Unis à eux seuls dis­po­se­raient de stocks d’armes contenant environ 800 mil­lions de sous-​​munitions, selon la Coa­lition contre les bombes à sous-​​munitions citant des docu­ments du Congrès amé­ricain. Vingt-​​deux des 29 Etats membres de l’Otan ont signé le texte, dont le Royaume Uni, l’Allemagne et la France qui pos­sèdent chacun des stocks estimés à 50 mil­lions de sous-​​munitions. Le pré­sident du CICR, Jakob Kel­len­berger, a salué l’entrée en vigueur de la Convention, qui « va stig­ma­tiser l’utilisation des armes à sous-​​munitions ». « Nous espérons que l’entrée en vigueur (de la Convention) va aussi avoir un effet sur les pra­tiques des Etats qui n’y ont pas encore adhéré », a-​​t-​​il déclaré. « Peu de pays vont à présent uti­liser encore cou­ramment des sous-​​munitions durant les conflits grâce au message poli­tique, légal et moral envoyé par la Convention », a ren­chéri Peter Herby, le négo­ciateur du CICR pour les armements.

Ces armes ont été notamment uti­lisées durant la guerre du Vietnam, dans les Balkans ainsi qu’au Liban Sud en 2006, et conti­nuent de faire des vic­times [2]. Au Laos, qui accueillera, en novembre, la pre­mière réunion de suivi de la Convention, 300 per­sonnes en moyenne sont encore tuées ou blessées chaque année par des sous-​​munitions lar­guées durant la guerre du Vietnam, selon la Coa­lition contre ces armes. L’Afghanistan a signé la Convention d’Oslo et le coor­di­nateur de la Coa­lition contre les sous-​​munitions, Thomas Nash, sou­ligne que la force de l’Otan, dans ce pays, a décidé depuis 2003 ne pas y employer ces armes. « Les gens ont réalisé au cours des 20 der­nières années que si vous tuez des civils durant des opé­ra­tions mili­taires, vous n’atteindrez pas les objectifs poli­tiques de ces opé­ra­tions. Et de ce point de vue, les armes à sous-​​munitions tuent bien trop de civils », a-​​t-​​il remarqué. Amnesty Inter­na­tional a affirmé en juin qu’un missile de croi­sière amé­ricain chargé de sous-​​munitions avait été utilisé en décembre 2009 au Yémen, lors d’un bom­bar­dement contre des rebelles qui avait fait 55 morts, des civils en majorité.

[1] voir M-​​​​F Kahn :Des armes pour faire le grand nombre de victimes

[2] sur l’utilisation d’armes pro­hibées par Israël lors de son attaque contre le Liban en 2006, voir : "Ce que nous avons fait est fou et mons­trueux" ou encore Dans les ruines du Liban sud