Entre Tibet et Kosovo, la Palestine

Daniel Vanhove, mercredi 16 avril 2008

En ces temps où les médias domi­nants font et défont les causes aux­quelles ils pressent les citoyens à l’adhésion ou la condam­nation, comment ne pas s’interroger sur ce qui anime ceux-​​là dans leurs choix arbitraires ?

En effet, qui ne serait pas surpris d’assister à tant d’insistance pour déclarer hier le Kosovo indé­pendant, et de remue-​​ménage pour réclamer aujourd’hui un boycott des pro­chains JO en Chine ou au minimum de sa céré­monie d’ouverture, quand dans le même temps, le silence sur la situation pourtant tou­jours plus dété­riorée en Palestine rend ces mêmes médias com­plices d’un tel état de faits ?… Quand les choses vont de ce train, ne conviendrait-​​il pas de se demander de quelles mani­pu­la­tions nous faisons l’objet ? Et force est de constater qu’à l’analyse des trois cas, les Etats-​​Unis et son bras armé l’OTAN, se trouvent impliqués dans les manoeuvres.

Au Kosovo, la récente et plus grande base armée amé­ri­caine hors du ter­ri­toire US (Bond­steel Camp, décrit comme une version réduite de Guantanamo[1]) est le produit de la firme Hal­li­burton (celle-​​la même dont Dick Cheney, le vice-​​président amé­ricain est ou a été l’un des admi­nis­tra­teurs) ; au Tibet les fiches de trans­ferts de fonds de la CIA attestent d’un soutien au Dalaï Lama himself, pour un montant de 180.000 US$ par an[2] ; et en Palestine, faut-​​il encore s’étendre sur les manoeuvres de l’administration amé­ri­caine pour empêcher toute avancée de paix négociée par les Pales­ti­niens eux-​​mêmes, malgré les ges­ti­cu­la­tions diverses pour tenter de tromper l’opinion publique en se faisant passer pour de généreux dona­teurs voire même pour des artisans d’une paix qu’ils tor­pillent par tous les moyens.

Il convient donc de sou­ligner qu’encore et tou­jours, rien ne change dans la poli­tique exté­rieure des Etats-​​Unis : le but est et reste bien la domi­nation absolue d’un maximum de zones d’influence dans le monde, et la volonté de diviser pour affaiblir la résis­tance et ainsi mieux contrôler les forces en pré­sence. Par­ti­cu­liè­rement là où les enjeux écono­miques se révèlent indis­pen­sables à leur hégé­monie. Que ce soit au Kosovo, pour diviser et mor­celer un peu plus encore les Balkans et ainsi mieux contrôler l’acheminement pétrolier du Caucase tout en se rap­pro­chant sans cesse des fron­tières russes ; au Tibet pour contrer la puis­sance mon­tante d’une Chine qui à moyen terme risque bien de les reléguer à l’arrière plan ; et en Palestine où les enjeux pétro­liers dans la région moyen-​​orientale par leur soutien incon­di­tionnel à Israël ne sont plus à démontrer.

Plus que jamais, il convient donc de dénoncer l’hypocrisie de ces médias qui nous relatent des faits sans nous expliquer clai­rement le dessous des cartes. Ainsi que d’interroger les res­pon­sables poli­tiques quand ils se pré­ci­pitent par leurs adhé­sions dociles (pour ne pas dire ser­viles) à suivre aveu­glément les injonc­tions amé­ri­caines. L’on nous dit souvent (et avec quelle fierté !) que l’Europe est devenue la pre­mière zone écono­mique du monde, devançant les Etats-​​Unis. Mais comment dans le même temps, n’est-elle pas capable d’un minimum de poli­tique commune et dis­tanciée des USA dès qu’il s’agit de l’extérieur ? Est-​​ce vraiment le hasard ? Ou au contraire, une telle situation arrange-​​t-​​elle assu­rément les uns comme les autres ?

Nombre de ces ques­tions méri­te­raient bien d’être adressées à nos res­pon­sables poli­tiques tant qu’elles n’auront pas obtenu de vraies réponses. Et face à la situation qui prévaut en Palestine, il ne faut cesser de mettre et remettre sur la table le statut et les droits inalié­nables du peuple pales­tinien, tant qu’une juste solution ne sera pas négociée avec eux, sans préa­lable ni exclusion de qui­conque, quant à leur reconnaissance.