Enquête de l’Onu à Gaza en juin, son entrée en Israël incertaine

Stephanie Nebehay, vendredi 22 mai 2009

Les quatre per­son­na­lités indé­pen­dantes man­datées par le Conseil des droits de l’homme de l’Onu pour enquêter sur les crimes de guerre commis durant l’offensive israé­lienne à Gaza ont annoncé leur arrivée sur le terrain début juin, mais ils ne sont pas sûrs de pouvoir entrer en Israël.

La com­mission d’enquête est dirigée par le Sud-​​Africain Richard Gold­stone, ancien pro­cureur en chef du Tri­bunal pénal inter­na­tional sur l’ex-Yougoslavie, et com­prend l’avocat défenseur des droits de l’homme pakis­tanais Hina Jilali, la pro­fesseur de droit inter­na­tional bri­tan­nique Christine Chinkin et le colonel en retraite irlandais Desmond Travers.

Richard Gold­stone a confirmé mer­credi qu’Israël refu­serait sans doute de coopérer avec son équipe et que celle-​​ci arri­verait donc à Gaza par le point de passage de Rafah.

Elle orga­nisera sur place, ou à Genève si ce n’est pas pos­sible, des audi­tions publiques, avant de rendre le 4 août son rapport au Conseil des droit de l’homme.

Il y a un peu plus d’un mois, un res­pon­sable israélien sou­haitant rester anonyme avait révélé qu’Israël avait adressé à Gold­stone une lettre l’informant qu’Israël jugeait impos­sible de coopérer avec une ins­tance, le Conseil, qui avait condamné en janvier l’Etat juif pour ses "graves vio­la­tions" des droits de l’homme et exigé l’arrêt de son offensive à Gaza.

De leur côté, la haut com­mis­saire de l’Onu aux droits de l’homme, Navi Pillay, et le rap­porteur indé­pendant de l’Onu pour les droits de l’homme, Richard Falk, ont tous deux estimé que Tsahal était sus­cep­tible d’avoir commis des crime de guerre contre des civils lors de son inter­vention à Gaza.

Richard Falk, un pro­fesseur de droit amé­ricain, a même adressé en mars au Conseil de sécurité de l’Onu un rapport recom­mandant la mise sur pied d’un tri­bunal pénal inter­na­tional ad hoc pour exa­miner "ce qui semble être un crime de grande ampleur au regard du droit international".

"La porte d’entrée de Gaza"

Lors de la for­mation de sa com­mission, le 15 avril, Richard Gold­stone, qui est juif, avait fait état de "solides allé­ga­tions de crimes de guerre" durant cette offensive qui a fait à Gaza 1.417 morts, dont 926 civils, selon les Pales­ti­niens, 1.166 tués, dont 295 civils, d’après Israël.

Richard Gold­stone, ancien juge à la Cour suprême sud-​​africaine mais aussi ex-​​recteur de l’université hébraïque de Jéru­salem, avait promis à l’époque d’enquêter sur le com­por­tement des deux camps "avant, pendant et après" l’offensive de 22 jours lancée le 27 décembre par Israël contre le Hamas.

"Nous entendons mener notre mission d’information en prenant en compte tous les éléments per­ti­nents et les accu­sa­tions de toutes les parties", a-​​t-​​il réaf­firmé mer­credi. "Nous avons pris la décision de tenir plu­sieurs jours d’auditions publiques. Si nous le pouvons dans la région, tant mieux, si néces­saire nous les tien­drons à Genève."

Ce sera la pre­mière fois que des enquê­teurs des droits de l’homme relevant de l’Onu tien­dront des audi­tions publiques, où les vic­times témoignent des exac­tions subies, sur le modèle de la Com­mission Vérité et Récon­ci­liation mise en place en Afrique du Sud après la fin de l’apartheid.

Israël, qui accuse le Hamas de s’être servi de civils pales­ti­niens comme bou­cliers humains et d’avoir déli­bé­rément visé avec ses roquettes la popu­lation du sud d’Israël, faisant trois morts, affirme qu’une enquête interne de Tsahal a établi que ses mili­taires n’avait commis aucun écart grave à Gaza.

Arriver à Gaza par Rafah "n’était pas notre premier choix", a déclaré Richard Gold­stone. Son équipe, a-​​t-​​il dit, aurait "sou­haité" com­mencer son enquête par le sud d’Israël, notamment à Sderot, cible des roquettes du Hamas, avant "de pénétrer à Gaza par la porte d’entrée" et de se rendre en Cis­jor­danie, "qui fait aussi partie de notre mission".

Il a précisé qu’Israël n’avait pas répondu offi­ciel­lement à sa demande d’entrée sur son ter­ri­toire. Richard Gold­stone a fourni toutes ces pré­ci­sions après un entretien à Genève avec le secré­taire général de l’Onu, Ban Ki-​​moon, et Navi Pillay.

Version française Marc Delteil