Enquête à Gaza ; Obstacles

al-​​Ahram, mercredi 17 juin 2009

L’enquête qui a été menée par les Nations-​​Unies sur de pos­sibles crimes de guerre commis par Israël lors de la guerre de décembre-​​janvier dans la bande de Gaza a peu de chances de conduire à des pour­suites, faute notamment d’une ins­tance judi­ciaire clai­rement compétente.

Israël a refusé de coopérer à l’enquête menée par le juge Richard Gold­stone, en ne lui donnant pas accès à des sources mili­taires. En raison de ce refus, M. Gold­stone, pourtant juif et ayant des liens étroits avec Israël, a dû passer par l’Egypte pour entrer à Gaza. Mais le prin­cipal obs­tacle reste l’absence d’une juri­diction à la com­pé­tence claire pour juger tout crime de guerre présumé mis en évidence par l’enquête. M. Gold­stone cite également des obs­tacles poli­tiques. Il espère tou­tefois que son rapport, attendu pour sep­tembre, débou­chera sur des déci­sions concrètes de la part d’organismes de l’Onu et de gou­ver­ne­ments étrangers.

A Gaza, son équipe de 15 per­sonnes a ren­contré des res­pon­sables du Hamas et de l’Onu, col­lecté des infor­ma­tions auprès d’organisations pales­ti­niennes de défense des droits de l’Homme et inter­viewé des dizaines de sur­vi­vants de l’offensive de trois semaines, menée par Israël contre le Hamas. M. Gold­stone, un juge sud-​​africain qui a dirigé des pour­suites judi­ciaires contre des crimes de guerre commis dans l’ex-Yougoslavie et au Rwanda, a refusé de révéler le contenu de l’enquête. Mais des Gazaouis ayant parlé aux enquê­teurs onu­siens ont révélé ce qu’ils leur ont dit. Majed Hajjaj, 46 ans, a ainsi rap­porté avoir décrit à l’équipe de M. Gold­stone comment les soldats israé­liens avaient abattu sa mère et sa sœur, alors qu’ils fuyaient leur maison en bran­dissant des dra­peaux blancs.

L’équipe de M. Gold­stone s’est également rendue sur le site d’une mosquée où un tir de missile israélien a tué 16 per­sonnes. Elle a aussi ins­pecté des trous dans la rue près d’une école de l’Onu où l’artillerie israé­lienne a tué 42 per­sonnes et visité les restes cal­cinés d’un hôpital incendié par des obus israé­liens. Les enquê­teurs ont aussi ren­contré la famille Samouni, dont les membres disent s’être réfugiés, sur ordre des soldats israé­liens, dans une maison qui a ensuite été bom­bardée, une attaque dans laquelle 21 per­sonnes ont péri. Selon les orga­ni­sa­tions pales­ti­niennes de défense des droits de l’Homme, plus de 1 400 Gazaouis, essen­tiel­lement des civils, ont péri durant l’offensive israé­lienne. L’Etat hébreu estime de son côté que 1 100 habi­tants de Gaza ont été tués et que la plupart étaient des mili­tants du Hamas, mais contrai­rement aux sources pales­ti­niennes, il n’a pas publié de liste des noms des victimes.