Communiqué commun, vendredi 10 août 2012
En tant qu’organisations vouées à la promotion et à la protection des Droits de l’Homme dans les Territoires Palestiniens Occupés (TPO) le Conseil Palestinien des Organisations des Droits de l’Homme (PCHRO) exprime son extrême consternation devant la récente décision israélienne d’interdire à Abdullatif Ghaith, Président d’Addameer, Association de Soutien aux Prisonniers et des Droits de l’Homme, de voyager à l’étranger.
M. Ghaith, un résident de Jérusalem-Est, âgé de 71 ans, est l’un des fondateurs d’Addameer et a été en service à son Bureau pendant les 20 dernières années. Il est aussi une personne publique bien connue, ce qui est le résultat de sa longue histoire de militant des Droits de l’Homme à Jérusalem et dans le reste des TPO, en plus de son militantisme politique remarquable comprenant sa candidature aux élections du Conseil Législatif palestinien en 2006.
Le 2 août 2012, Mr Ghaith a reçu un appel téléphonique de représentants des services de renseignements israéliens lui demandant de se présenter en personne immédiatement au centre d’interrogatoire de la Moskobiyyeh à Jérusalem. Lorsqu’il s’est présenté lui-même le jour suivant, M. Ghaith a reçu l’ordre de signer une ordonnance lui interdisant de voyager à l’étranger. L’interdiction qui est signée par le Ministre israélien de l’Intérieur Eli Yishai, restera en vigueur jusqu’au 31 décembre 2013. L’ordonnance affirme que M. Ghaith constitue une menace pour la “sécurité de l’état”, bien qu’aucune preuve ne soit donnée pour étayer une telle affirmation.
Ce n’est pas la première fois que M. Ghaith est visé par Israël pour son militantisme en faveur des Droits de l’Homme. L’actuelle ordonnance d’interdiction de voyager à l’étranger s’ajoute à une interdiction en cours qui l’empêche d’entrer en Cisjordanie (telle que définie par Israël). Cette interdiction de la Cisjordanie est entrée en vigueur à l’origine le 10 octobre 2011 pour une durée de six mois, bien qu’étendue postérieurement pour une nouvelle période de six mois en avril 2012 et doit maintenant expiré en septembre 2012. En outre, depuis qu’il est devenu Président d’Addameer, M. Ghaith a été détenu sans inculpation ni jugement sous le coup d’une détention administrative, à trois occasions séparées, pour une durée de six mois &agr ave ; chaque occasion. Sa plus récente détention administrative a duré de juin 2004 à janvier 2005.
Le fait de viser M. Ghaith de façon continue ne peut pas être considéré de façon isolée mais doit plutôt considéré dans le cadre d’un contexte beaucoup plus large de tentative systématique d’Israël de supprimer la société civile palestinienne et d’étouffer le développement de la Palestine, tout en renforçant l’occupation israélienne. La preuve de cette répression peut être perçue dans le nombre croissant d’organisations de la société civile palestinienne qui ont reçu l’ordre de fermer, particulièrement à Jérusalem-Est, et le fait de viser les défenseurs des Droits de l’Homme d’un bout à l’autre des TPO. D’autres membres éminents de la société civile palestinienne ont aussi été visés de la même manière par Israël, comme le directeur de l’organisation des Droits de l’Homme Al-Haq, Shawan Jabarin, à qui il a été interdit depuis 2006 de voyager à l’étranger, avec deux exceptions cette année au cours de laquelle son voyage a été grandement restreint.
Les défenseurs des Droits de l’Homme sont formellement définis comme des personnes qui travaillent, pacifiquement, pour l’un ou pour tous les droits contenus comme en un écrin dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Le travail de toute la vie de M. Ghaith en faveur des prisonniers politiques –inspiré par sa propre expérience en tant que prisonnier- relève de la catégorie de défenseur des Droits de l’Homme, dans laquelle ses activités sont pacifiques par nature et ont pour but la promotion des Droits de l’Homme. Selon M. Ghaith, “Israël considère toute activité qui s’attaque aux violations israéliennes des Droits de l’Homme comme une menace pour la sécurité d’état. Israël veut que son occupation se poursuive sans avoir à rendre aucun compte. Ce n’est pas une question ind ividuelle ; cela implique tous les Palestiniens”.
Le PCHRO condamne vigoureusement l’interdiction de voyager imposée à M. Ghaith et les tentatives continues de réduire au silence la société civile palestinienne. L’interdiction faite à M. Ghaith ne vise pas seulement ses droits humains fondamentaux, à savoir son droit à la liberté de mouvement, mais aussi ne tient aucun compte des protections spéciales dont il dispose en tant que défenseur des Droits de l’Homme selon la Déclaration de l’Assemblée Général des Nations Unies sur les défenseurs des Droits de l’Homme.
Le PCHRO par conséquent appelle la communauté internationale à intervenir immédiatement auprès des autorités israéliennes pour que soient levées toutes les interdictions restreignant la liberté de mouvement de M. Ghaith de façon à ce qu’il puisse continuer à mener sans empêchement son travail en faveur des Droits de l’Homme. En particulier, le PCHRO appelle le Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la situation des Défenseurs des Droits de l’Homme à intervenir auprès d’Israël et de soulever le cas de M. Ghaith et d’autres défenseurs palestiniens des Droits de l’Homme, tels que M. Jabarin. Le PCHRO exhorte l’Union Européenne , et spécialement le Haut Représentant de l’Union Européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de Sécurité ;, à agir en accord avec sa décision de “mettre tout son poids derrière les avocats de la liberté, de la démocratie et des Droits de l’Homme d’un bout à l’autre du monde” en soumettant conséquemment à Israël ses violations continues des protections spéciales dont disposent les défenseurs palestiniens des Droits de l’Homme, tout comme en appelant à la levée des interdictions de voyage imposées à M. Ghaith et Mr Jabarin.
Le Conseil Palestinien des Organisations des Droits de l’Homme (The Palestinian Council of Human Rights Organizations – PCHRO)
Association Addameer de Soutien aux Prisonniers et des Droits de l’Homme : Sahar Francis, Directeur Général ;
Association Aldameer pour les Droits de l’Homme : Khalil Abu Shammala, Directeur Général ;
Al-Haq : Shawan Jabarin, Directeur Général ;
Centre Al Mezan pour les Droits de l’Homme : Issam Younis, Directeur Général ;
Centre de Ressources Badil pour les Droits palestiniens de Résidence et de Réfugié : Najwa Darwish , Directeur Général ;
Defence for Children International – Section de Palestine : Rifat Kassis, Directeur Général ;
Centre Ensan pour les Droits de l’Homme et la Démocratie : Shawqi Issa, Directeur Général ;
Hurryyat – Centre pour la Défense des Libertés et des Droits Civiques : Helmi Al-Araj, Directeur Général ;
Centre de Jérusalem pour l’Aide Juridique et les Droits de l’Homme : Issam Arun, Directeur Général ;
Centre de Ramallah pour les Etudes sur les Droits de l’Homme : Iyad Barghouti, Directeur Général ;
Centre des Femmes pour l’Aide et le Conseil Juridiques : Maha Abu Dayyeh, Directeur Général.
Traduit de l’anglais par Y. Jardin, Groupe de travail prisonniers