En quoi l’armée israélienne est elle "morale" ?

Pascal Boniface, dimanche 4 juillet 2010

Réponse à Bernard-​​Henry Lévy dans le contexte de l’attaque israé­lienne contre la Flot­tille de la Liberté pour Gaza

Bernard-​​ Henri Lévy déplore la "dés­in­for­mation" à l’encontre d’Israël autour de cet événement. Il a certes raison d’insister sur le fait que le blocus n’est pas seulement israélien, car l’Egypte en est cores­pon­sable, cela est trop souvent oublié. Mais, dans cette affaire, la pire des dés­in­for­ma­tions n’a t-​​elle pas été celle de cer­taines sources israé­liennes faisant état de liens entre des membres de la flot­tille huma­ni­taire et Al-​​Qaeda ? La veille de cet assaut, Bernard Henri Lévy qua­li­fiait l’armée israé­lienne d’"armée la plus morale du monde". Comment peut-​​on dire d’une armée de n’importe quelle nation qu’elle est la plus morale du monde, dépassant celle des 191 autres pays ? Qu’est - ce qui permet à BHL de dire que l’armée israé­lienne est plus morale que l’armée fran­çaise, qu’il n’a jamais ainsi qua­lifiée ? En quoi l’armée israé­lienne est - elle plus morale que l’armée sué­doise ou fin­lan­daise ? Cette affir­mation sur l’armée la plus morale du monde serait d’ailleurs démentie par de nom­breuses ONG israé­liennes. Est-​​ce que ce concept d’armée "la plus morale du monde", accolé régu­liè­rement à Tsahal, n’est pas juste ment le fruit d’une cam­pagne de désinformation ?

Faut-​​il rap­peler à Bernard-​​Henri Lévy que, à plu­sieurs reprises, des mili­taires israé­liens ont volon­tai­rement tiré sur des civils, sans avoir été mis en danger et la plupart du temps sans qu’aucune enquête sérieuse ne soit menée ? Il y a des mili­taires israé­liens qui se conduisent très bien, notamment les pilotes qui ont refusé d’aller bom­barder les popu­la­tions civiles, mais aux­quels Bernard-​​Henri Lévy ne doit cer­tai­nement pas se référer. Par contre, le com­por­tement de cer­tains soldats aux check points, humi­liant volon­tai­rement des civils pales­ti­niens, ne permet pas d’abonder dans son sens. Par défi­nition, une armée d’occupation, israé­lienne ou autre, ne peut être "morale". Dés­in­for­mation, BHL ne s’y livre-​​t-​​il pas lorsqu’il va répétant que l’antisionisme est le nouveau masque de l’antisémitisme, confondant volon­tai­rement deux notions très dif­fé­rentes, et créant une confusion entre cri­tique du gou­ver­nement d’Israël pour ce qu’il fait, oppo­sition à l’Etat d’Israël pour ce qu’il est, et oppo­sition au peuple juif ? Pourquoi ne dit-​​il pas un mot de l’actuel gou­ver­nement israélien, le plus à droite de l’histoire du pays, bien plus extré­miste que celui dont l’Autriche s’était dotée pendant quelque temps et qui a eu pour consé­quence de la mar­gi­na­liser au sein de l’Union euro­péenne ? Lorsqu’il dit que "les enfants de Gaza sont de la chair à canon pour le gang d’islamistes qui dirige le ter­ri­toire", n’est-ce pas aussi de la dés­in­for­mation ? Qui a tué plu­sieurs cen­taines d’enfants pendant l’opération Plomb durci ?

S’il y avait dans la flot­tille des isla­mistes radicaux, ils n’en étaient pas la majorité. Bernard Henri Lévy en fait la masse cen­trale. On remar­quera que le côté radical des oppo­sants de l’UCK (l’armée de libé­ration du Kosovo) au Kosovo ne l’avait pas gêné à l’époque. Ainsi n’applique t-​​il pas de la même façon les prin­cipes uni­versels dont il se réclame. Il juge la situation en fonction des pro­ta­go­nistes, non des événe­ments. Si au moment d’un bateau pour le Vietnam ou les guerres bal­ka­niques, le pouvoir viet­namien ou Milo­sevic avaient fait tuer des mili­tants d’une opé­ration huma­ni­taire, il n’aurait pas trouvé de cir­cons­tances atté­nuantes. Aurait-​​il jugé sim­plement "absurde", comme il l’a fait en l’occurrence, la mort de 9 membres d’une opé­ration huma­ni­taire ? Sans doute est-​​ce le terme de "barbare" qu’il aurait utilisé. BHL se com­porte donc en militant com­mu­nau­ta­riste, pas en conscience universelle.