En Cisjordanie, les dégâts de l’occupation israélienne

Emmanuel Riondé, mardi 7 octobre 2008

Lettre de Naplouse

Une lente stran­gu­lation. C’est ce que subissent depuis huit ans les habi­tants de Naplouse, plus impor­tante ville de Cis­jor­danie, cernée de check­points, même lorsque l’armée israé­lienne semble avoir atteint ses objectifs « sécu­ri­taires ». Les plus démunis, vivant dans les camps de réfugiés et la vieille ville, éprouvent des dif­fi­cultés gran­dis­santes à assurer le quo­tidien. Au plan psy­cho­lo­gique, l’occupation, avec son cortège d’humiliations et de bru­ta­lités, fait des ravages.

Du regard, Salah désigne la voiture de police qui sta­tionne devant la bou­tique de son ami Sam, pâtissier pro­posant un knafeh un peu trop âcre. La chaleur de juillet baigne la rue, bruis­sante, colorée. « La sécurité s’est amé­liorée, assure-​​t-​​il. L’an dernier à la même époque, durant la journée, il y avait des mili­ciens armés dans les rues, il fallait dire de quel bord on était… Et chaque nuit, les Israé­liens inter­ve­naient en ville. Aujourd’hui, c’est plus tranquille. »

Revenu en 2003 à Naplouse après avoir suivi des études aux Etats-​​Unis, Salah a beau s’efforcer de pré­senter sa ville natale sous un jour attrayant, il peine à s’en convaincre lui-​​même : « Mais la situation écono­mique est désas­treuse ici… », reconnaît en sou­pirant le chômeur bientôt quadragénaire.

Etirée dans son étroite vallée du nord de la Cis­jor­danie, entre le Mont Ebal, hérissé d’un camp mili­taire israélien, et le Mont Gerezim, où vivent les Sama­ri­tains [1], Naplouse, ville la plus peuplée de Cis­jor­danie avec plus de 140 000 habi­tants, est-​​elle vraiment devenue « la capitale de la pau­vreté, plutôt que la capitale de l’industrie » qu’elle a long­temps été, comme le regrettait son maire par intérim, Hafez Shaheen, en novembre dernier ? Le dis­trict de Naplouse [2] est en effet celui qui a payé le plus lourd tribut au conflit après le déclen­chement de la seconde Intifada le 29 sep­tembre 2000.

Il y a quelques années, l’économie de la ville, bien que déjà très affectée, dis­posait encore de res­sorts rap­pelant son glo­rieux passé. Ainsi, la Bourse de Naplouse avait connu début 2005 « une fré­nésie d’achat d’actions en Cis­jor­danie [3] ». Presque quatre ans plus tard, cette euphorie est retombée. Fateen, 26 ans, a tra­vaillé pendant trois ans dans une entre­prise inter­mé­diaire entre la Bourse et ses clients avant de quitter son emploi en avril dernier : « J’étais payé en dinars jor­da­niens, explique-​​t-​​il, l’équivalent de 1 500 shekels par mois [4]. A l’automne 2007, le dinar est passé de 6,20 à 4,95 shekels. Je me suis retrouvé avec moins d’argent alors que le coût de la vie ne cessait d’augmenter… »

Dans son bureau du Pro­gramme ali­men­taire mondial (PAM), sur les hau­teurs de la ville à proximité du campus de l’Université An-​​Najah, Nidal Dweikat résume la situation : « En un an, les prix ont flambé. Le kilo de pain est passé de 2,5 à 4,5 shekels et le litre d’essence de 3,25 à presque 7 shekels. Dans le même temps, les salaires ont stagné et le taux de chômage a aug­menté. » Pre­mière raison invoquée par les habi­tants pour expliquer cette crise, le maintien per­manent des bar­rages et des check­points autour de Naplouse. « Le com­merce à Naplouse est très dépendant des expor­ta­tions vers l’extérieur de la Cis­jor­danie, en par­ti­culier vers Israël », rap­pelle l’Office des Nations unies pour les affaires huma­ni­taires (OCHA). Or, après s’être sta­bilisé autour de 90 mil­lions de dollars en 2004 et 2005, le volume des échanges de Naplouse vers Israël a chuté bru­ta­lement de 112 mil­lions en 2006 à 68,75 mil­lions en 2007. Le coût d’un transport de mar­chandise du port d’Ashdod à Naplouse est passé de 1 800 à 2 800 shekels en quelques mois.

Plutôt que de se sou­mettre en per­ma­nence aux contrôles de l’armée israé­lienne, de nom­breux paysans et artisans des vil­lages alen­tours ont peu à peu renoncé à com­mercer avec la ville. Le marché central s’est délo­calisé et répandu dans les bour­gades de la région. Une baisse de l’activité écono­mique qui a fra­gilisé le marché du travail. Le taux de chômage à Naplouse est passé de 18,2% en 1999 à 26,3% en 2006, soit environ 8 points de plus que le taux de la Cis­jor­danie [5].

Consé­quence : un appau­vris­sement de la popu­lation. Le PAM fournit, à travers ses dif­fé­rents pro­grammes, une aide ali­men­taire à 3 700 familles nabulsies, soit près de 25 000 per­sonnes ; un chiffre qui n’a cessé d’augmenter ces der­nières années, selon Nidal Dweikat. Et une ten­dance que confirme, à plus petite échelle, Help doctors, une ONG ayant ouvert un dis­pen­saire en novembre 2006 dans la vieille ville. Après une enquête auprès de 114 familles, l’organisation estime que « le revenu mensuel moyen par foyer [6 per­sonnes] est de 620 shekels » dans la Qasbah. De ce fait, si « tous les pro­duits ali­men­taires sont nor­ma­lement dis­po­nibles en qualité et en quantité (…), les prix les rendent juste inabor­dables pour la plus grande partie de la popu­lation ». Seules 30 % des familles inter­rogées peuvent ajouter, seulement une fois par semaine, de la viande à une ali­men­tation com­posée de humus, falafel, yaourt sec, len­tilles et thym. Les cas d’anémie chez les enfants et les femmes enceintes ne sont pas rares.

Une situation qui désole Ayman Shakaa, directeur du Mul­ti­purpose com­munity res­source center (MCRC), un centre d’action sociale implanté au cœur de la vieille ville. « Naplouse a tou­jours été connue pour la fierté de ses habi­tants, rappelle-​​t-​​il. Avant, il était dif­ficile d’y ren­contrer des clo­chards. Aujourd’hui, on en voit de plus en plus. Durant la pre­mière Intifada [en 1987], il y avait aussi de la pau­vreté, mais la soli­darité fonc­tionnait. Avec la deuxième Intifada, l’aide huma­ni­taire a introduit l’idée que l’on peut manger sans rien faire et que cela vient de dehors. Il y a sûrement une véri­table volonté d’aider la popu­lation der­rière mais, clai­rement, cela sert aussi une stra­tégie visant à détruire, sur le long terme, le moral des Palestiniens… »

Un moral miné avant tout par l’omniprésence des forces d’occupation. « Notre vie est un cau­chemar, assène Samar Hawash, coor­di­na­trice nationale de l’organisation fémi­niste Pales­tinian working woman society for deve­lopment (PWSSD), ancienne élue muni­cipale et membre du Conseil national pales­tinien. Si l’on s’en tient aux besoins humains basiques, être en sécurité chez soi, se déplacer, etc., on est très loin du compte. Le sen­timent d’insécurité est per­manent et chaque fois que je passe un check­point, ma dignité est violée. » Huit ans après le début de la deuxième Intifada, tous les points d’accès à la ville restent sévè­rement contrôlés par l’armée israé­lienne. En avril dernier, l’OCHA recensait 104 points de fer­meture dans tout le dis­trict [6].

Rappeler à la population qui est le vrai patron

Ce matin d’août, il est à peine 10 heures et quatre files d’attente s’étirent déjà sous le hangar de tôle où s’effectuent les contrôles du check­point d’Huwara, ouvrant la route du sud vers Ramallah et Jéru­salem. Les trois pre­mières sont réservées aux hommes pales­ti­niens de moins de 45 ans. La qua­trième aux femmes, enfants, hommes de plus de 45 ans et aux déten­teurs de pas­seport étranger. Les soldats qui se tiennent à dis­tance — armés de fusils auto­ma­tiques, casqués et équipés d’un gilet pare-​​balle — invitent d’un geste de la main le premier de la file à franchir les 5 ou 6 mètres qui le sépare de la grille tour­nante. S’avancer, passer l’imposant tour­niquet, pré­senter les bagages, les papiers, répondre aux ques­tions. Et éviter de mani­fester son impa­tience : un jeune dont l’attitude est jugée arro­gante par les soldats est sys­té­ma­ti­quement renvoyé dans la queue. Il garde le sourire. Un autre, maigre et pau­vrement vêtu, s’écroule bru­ta­lement. Ses voisins s’affairent : une main sous la nuque, un peu d’eau sur le visage, quelques tapes sur les joues… Peinant à revenir à lui, il finit par se relever, aidé d’un autre. Livide, maculé de pous­sière, les yeux hagards, il est mené au-​​devant de la file. Tandis qu’il s’avance vers la grille, épuisé et soutenu par son ami, un soldat lui jette une bou­teille d’eau en hurlant. Quelques dra­peaux israé­liens flottent dans l’air chaud. Scène quo­ti­dienne de l’occupation à Huwara [7].

Après l’avoir élue « capitale du ter­ro­risme » au début des années 2000, le gou­ver­nement israélien n’a jamais vraiment relâché la pression sur Naplouse. Entre janvier 2005 et juillet 2008, un tiers des heures de couvre-​​feu imposées dans toute la Cis­jor­danie l’ont été sur ce seul dis­trict [8]. Et si, depuis novembre 2007, un accord permet aux forces de sécurité pales­ti­niennes d’opérer en ville durant la journée, chaque nuit, les jeeps israé­liennes se chargent de rap­peler à la popu­lation qui est le vrai patron. « Ils entrent toutes les nuits, indique Nasser, habitant du camp de réfugiés d’Ein Beit Ilma. Avec des jeeps, des tanks, des ambu­lances, pour attraper des jeunes ou sim­plement faire peur aux gens. » Affairé au billard du Centre social, un jeune de 19 ans qui vient de passer deux ans dans les prisons israé­liennes confirme : « Vers 23 heures, ils se déploient autour du camp avant de pénétrer dedans quelques heures plus tard. Per­sonne ne sort de chez soi jusqu’à ce qu’ils soient repartis. » Une sorte de couvre-​​feu implicite, non-​​officiel, mais dont nul n’ignore l’existence, est ainsi ins­tauré chaque nuit sur les camps de réfugiés de Naplouse — Balata, El Askar (le neuf et l’ancien) et Ein Beit Ilma — et, bien souvent, sur la vieille ville. « Ils veulent surtout bien faire com­prendre à tout le monde qu’ils sont tou­jours là et qu’ils font ce qu’ils veulent quand ils veulent », s’indigne Ayman Shakaa.

C’est l’une des pre­mières dis­cus­sions que l’on entame chaque matin à Naplouse : où les Israé­liens sont-​​ils entrés cette nuit ? Y a-​​t-​​il eu des affron­te­ments, des morts [9] ?

Durant l’été 2008, ces ques­tions se sont souvent dou­blées d’une autre : qui la police de l’Autorité nationale (ANP) a-​​t-​​elle arrêté hier ? Même la libé­ration par les auto­rités israé­liennes, le 6 août, d’Adli Ya’ish, maire (Hamas) de Naplouse empri­sonné depuis le 24 mai 2007, n’a pu faire oublier aux habi­tants la valse des arrestations/​libérations qui a agité la ville durant le début de l’été. Le lundi 28 juillet, 54 per­sonnes, essen­tiel­lement des mili­tants du Hamas, dont Hafez Shaheen et trois autres conseillers muni­cipaux, étaient inter­pellées par les forces de sécurité de l’ANP. Pendant deux jours — ils seront relâchés le len­demain soir —, Naplouse n’a plus eu de maire et son conseil muni­cipal a été réduit à cinq élus, dont les deux seuls Fatah, heureux épargnés des forces d’occupations israé­liennes et de la police pales­ti­nienne [10]. Ce mano a mano mettant aux prises, à dis­tance et de façon récur­rente depuis plus d’un an, le Fatah en Cis­jor­danie et le Hamas à Gaza, pro­voque l’amertume et la las­situde des habi­tants [11]. « La frus­tration des gens vient aussi de ces affron­te­ments internes, déplore Samar Hawash. Dans notre lutte contre l’occupation, l’unité est notre seule arme. Si on la perd, on perd tout. »

« Entre mon fils et ma terre, je choisis mon fils »

D’autant que pour de nom­breuses familles, il s’agit désormais de faire face à l’urgence : nourrir la famille et pré­server ce qui peut l’être de l’avenir des plus jeunes. Mohamed Tewfiq, 45 ans, une femme, leurs cinq enfants et un étudiant à charge dans un trois pièces du camp d’Ein Beit Ilma, regrette le temps, avant la deuxième Intifada, où il tra­vaillait comme maçon en Israël : « C’était bien payé : 150, parfois 200 shekels par jour. » Désormais contraint de rester à Naplouse, il dit toucher la moitié de ce qu’il gagnait à l’époque et s’est résigné : « Israël est le pays le plus fort du Proche-​​Orient, il faut s’adapter à la situation. Qu’est ce que je peux faire ? Dire à mes enfants de se battre ? Au bout, il y a la mort et nous n’aurons pas notre pays. Entre mon fils et ma terre, je choisis mon fils… » Le regard est las, les ciga­rettes se suc­cèdent. Depuis des années, il voit les jeunes déserter très tôt les acti­vités du club sportif dont il s’occupe pour se consacrer entiè­rement aux exi­gences d’un quo­tidien de plus en plus dur à assumer.

Nathalie Lion est psy­cho­logue, inter­venant dans le pro­gramme de Médecins sans fron­tières (MSF) à Naplouse. « Les Pales­ti­niens ne se per­mettent pas d’être en colère face à l’occupant, parce que cela est très durement sanc­tionné, analyse-​​t-​​elle. Et même dans leur propre espace public, c’est dif­ficile, car une fois que la colère est sortie et ver­ba­lisée, que devient-​​elle ? L’étape d’après, c’est la révolte, et ça, c’est très dan­gereux. Donc, on enkyste, il y a un déni. On met un cou­vercle sur tout ça et on se concentre sur le seul objectif de donner à manger aux enfants. » Coor­di­na­trice de ce pro­gramme de soutien psy­cho­lo­gique à la popu­lation, Eli­sabeth Jaussaud évoque « l’exposition constante au stress » à laquelle sont soumis les Nabulsis, qu’elle juge « très usés ». « Les incur­sions mili­taires noc­turnes, les humi­lia­tions subies aux check­points, les gens y sont habitués, c’est le minimum banal du quo­tidien, résume Nathalie. Et leur niveau d’adaptation leur permet de sup­porter une exis­tence où tout cela a été intégré depuis long­temps. Sauf que cela laisse des traces et casse des res­sorts de désirs et d’espoir. »

Cette vio­lence de l’occupation est aussi visible sur les murs de la ville. Posters collés en rafale, affiches sous verre, por­traits encadrés, graf­fitis, les chahids — martyrs — de la fière Naplouse tapissent ses façades. Images démul­ti­pliées d’hommes bardés d’armes et de muni­tions, en treillis camou­flage, pseudo-​​Rambos plus fra­giles que fana­tiques, immor­ta­lisés avant de mourir. « Il s’agit d’aménager ce qui est trop dur à vivre, explique la psy­cho­logue. Mettre en avant l’aspect guerrier d’un proche tué, le pré­senter comme un com­battant, cela permet de le déshu­ma­niser et de mettre de côté le fait qu’il était surtout un homme que l’on aimait. On est tou­jours dans la nécessité de se blinder. Mais cela ampute… »

Postés aux extré­mités de la ville, les trois camps de réfugiés portent les stig­mates les plus vives de ces « ampu­ta­tions ». Ruelles étroites aux façades mitées d’impacts de balle, bâti­ments entiè­rement détruits, voies ouvertes au bull­dozer, monu­ments som­maires édifiés à la gloire des plus valeureux chahid : la jeu­nesse de Balata, El Askar et Ein Beit Ilma grandit dans un envi­ron­nement où, nuit et jour, rôde la mort. Selon un décompte du bureau pales­tinien des sta­tis­tiques, entre le 29 sep­tembre 2000 et le 30 juin dernier, 592 Pales­ti­niens ori­gi­naires du gover­norat de Naplouse ont été tués au cours d’affrontements avec l’armée israé­lienne. Parmi eux, 314 avait moins de 30 ans. Là encore, Naplouse est le dis­trict le plus meurtri de Cisjordanie.

Les morts, pourtant, sont moins nom­breux ces der­niers mois. « L’ANP a fait le boulot », grince sous couvert d’anonymat le res­pon­sable pales­tinien d’une ONG locale, évoquant le « travail de police » mené par les forces de sécurité, en accord avec l’armée israé­lienne, pour inter­peller les mili­tants, en par­ti­culier ceux du Hamas. De fait, la levée du couvre-​​feu depuis le mois de janvier résonne comme un aveu de vic­toire de la part des forces israé­liennes. Et conforte les habi­tants dans leur cer­titude que le maintien des check­points par les Israé­liens, qui conti­nuent d’arguer de motifs sécu­ri­taires, a bien pour objectif d’étrangler la ville.

« C’est fati­guant de tra­vailler à Naplouse, confesse Abdul­hakim Sabbah, qui dirige Project Hope, une ONG inter­venant auprès des jeunes les plus démunis. Il faut en per­ma­nence faire la balance entre tous les para­mètres de la situation : évolution de la poli­tique inté­rieure, contraintes liées à l’occupation, réa­lités écono­miques, etc., et ménager la sen­si­bilité de chaque inter­lo­cuteur. » Des sen­si­bi­lités exa­cerbées par ces années de pression main­tenue. Khaled Abou Mariam, coor­di­nateur d’une asso­ciation de jeu­nesse à Balata, s’inquiète ainsi de voir surgir une nou­velle géné­ration « plus émotive » dans les camps. Pour lui, « la dif­fi­culté de se déplacer et les nou­velles tech­no­logies qui leur per­mettent de voir tout ce à quoi ils n’ont pas accès rendent les jeunes par­ti­cu­liè­rement sen­sibles ». Avec en plus l’absence de travail et de pers­pec­tives, « beaucoup pensent à l’émigration ».

Samar Hawash, elle, n’y pense pas. Elle appar­tient à cette caté­gorie de la popu­lation qui dispose soit de suf­fi­samment de recours moral et intel­lectuel pour se recons­truire, soit de la pos­si­bilité de se rendre parfois en Jor­danie pour y res­pirer un air moins saturé. « J’essaie de trans­former ma colère et ma tris­tesse en énergie positive. Mais tout le monde ne peut pas en faire autant. Les gens sont de plus en plus frustrés et fatigués de tout, ils ne par­ti­cipent plus aux mani­fes­ta­tions paci­fiques. La situation s’est dégradée ces der­nières années. » Créé en 1981 et affilié au Parti com­mu­niste, le PWWSD s’en est séparé dix ans plus tard, pour s’enregistrer comme ONG indé­pen­dante. « Après cette date, explique-​​t-​​elle, nous avons ajouté la défense des droits sociaux des femmes à notre agenda essen­tiel­lement centré sur la lutte nationale de libé­ration. Deux années de rêve ont suivi Oslo, au cours des­quelles on a avancé et même gagné des batailles. Aujourd’hui, on régresse. De nom­breuses Pales­ti­niennes doivent vivre sans leurs hommes, dis­parus — morts ou empri­sonnés. Quant aux hommes, beaucoup se retrouvent dans une situation ter­rible : l’impossibilité d’assumer le rôle qui leur est tra­di­tion­nel­lement dévolu dans notre société, d’assurer les revenus du foyer… Pour nous, le seul res­pon­sable des vio­lences domes­tiques que cette frus­tration engendre bien souvent, c’est l’occupation. »

 [1]

[1] Notes

[1] Lire « Les Sama­ri­tains de Palestine », par Tareq al-​​​​Qudsi, Info​-Palestine​.net, sep­tembre 2007.

[2] La Cis­jor­danie est divisée en 11 dis­tricts (5 dans la bande de Gaza) où vivent, selon le bureau pales­tinien des sta­tis­tiques, 2,3 mil­lions de Pales­ti­niens. Avec une popu­lation de 321 493 per­sonnes, le gover­norat de Naplouse est le plus peuplé après Hébron (551 129) et Jéru­salem (362 521).

[3] Lire Ben­jamin Barthe, « Dans Naplouse, labo­ra­toire de la troi­sième Intifada », Le Monde diplo­ma­tique, juillet 2005.

[4] En août 2008, dans les bureaux de change de Naplouse, 1 euro se vendait 5,25 shekels.

[5] Sources : Increasing need, decreasing access : tigh­tening control on eco­nomic movement, rapport de l’OCHA  –  22 janvier 2008 ; Nablus  –  From eco­nomic Metro­polis to Shrinking City, document du centre pales­tinien de déve­lop­pement Ma’an  –  Ramallah, janvier 2008 ; The Gover­norate of Nablus Figures & Sta­tistics (9÷2000  –  11/​​2007), document de synthèse.

[6] Sur 607 au total en Cis­jor­danie, sans compter ceux établis sur la « ligne verte » déli­mitant le tracé de l’armistice de 1949. Avec 227 points de fer­meture, le dis­trict d’Hébron, au sud du ter­ri­toire, est celui où la cir­cu­lation est la plus entravée.

[7] Ecouter « No one should live like this », « micro ouvert » à un check­point au sud de Naplouse, Arte Radio, 6 mars 2008.

[8] Calcul établi d’après les chiffres de l’OCHA.

[9] Lire Véro­nique Bon­temps, « Vivre à Naplouse », Revue d’Etudes pales­ti­niennes, n° 107, prin­temps 2008.

[10] Lire, dans Le Monde diplo­ma­tique d’octobre 2008, « Cette “double autorité” qui écartèle les Pales­ti­niens », par Amira Hass.

[11] Lire Marwan Bishara, « Double défaite du Fatah et du Hamas en Palestine », Le Monde diplo­ma­tique, novembre 2007.