En Cisjordanie, Israël multiplie les démolitions

Les autorités israéliennes ont détruit plus de maisons palestiniennes depuis le 1er janvier 2016 que pour toute l’année 2015 dans la zone C de la Cisjordanie. Palestiniens et activistes dénoncent une politique israélienne qui servirait des intérêts expansionnistes.

Noé Garel, La Croix, mardi 16 août 2016

Une petite fille portant le drapeau palestinien parcourt les décombres du village de Kalandia, dont 15 bâtiments ont été détruits par les autorités israéliennes fin juillet. Abbas Momani/ AFP

Kalandia (Cisjordanie)

Correspondance spéciale

« Ils sont arrivés dans la nuit, ça ressemblait à une invasion militaire », raconte Charif Awadallah, habitant de Kalandia, devant les ruines de sa maison. Fin juillet, l’armée israélienne est entrée dans ce village de Cisjordanie proche de Jérusalem et a détruit 15 bâtiments, dont au moins 11 habitations privées. Pour le couple Awadallah, des années d’économies ont disparu en une nuit. Les parents avaient lancé la construction d’un logement pour leurs enfants, mariés et pères de famille, qui viennent de rentrer dans les Territoires palestiniens après avoir vécu plusieurs années aux États-Unis.

Devant des ruines voisines, Amjed Allo, tempête : « Nous voulons reconstruire, mais la prochaine fois que l’armée israélienne viendra la détruire, je resterai dedans, et je mourrai avec ma maison. » Intesar Hamad pleure, entourée d’autres femmes du village. Cette mère de sept enfants répète en regardant les décombres de sa bâtisse : « Ce sont des rêves, les rêves de toute une vie, détruits en une seconde. »

Pour l’instant, la plupart des habitants sont logés chez des amis ou de la famille. Ils ne savent pas s’ils recevront une aide financière pour reconstruire les maisons et s’inquiètent du cumul de traites à payer pour des biens qui n’étaient souvent pas terminés et pour le loyer d’un logement temporaire.

Charif Awadallah, méticuleux, détaille chaque ligne des documents concernant sa maison détruite, y compris l’ordre de démolition reçu moins de 72 heures avant l’intervention, sans pour autant comprendre ce qui lui est arrivé. « Nous avons reçu des documents contradictoires, de deux autorités israéliennes différentes, insiste-t-il. Ne savent-ils pas que nous sommes propriétaires du terrain ? »

Le village se situe en grande partie sur un territoire classifié « zone C », ce qui signifie qu’il est entièrement sous contrôle miliaire et civil israélien. Environ 60 % des terrains de Cisjordanie sont dans ce cas. Pour construire, il faut demander un permis aux autorités israéliennes. Sans le précieux sésame, les maisons sont considérées comme illégales et peuvent être détruites à tout moment.

Problème, ces documents sont quasiment impossibles à obtenir auprès des autorités israéliennes : lors d’une réunion à la Knesset, l’ambassadeur de l’Union européenne, Lars Faaborg-Andersen, a affirmé qu’Israël n’avait accordé qu’un seul permis de construire aux Palestiniens en 2014 et aucun en 2015. Il a ajouté que les Israéliens ont, eux, construit environ 1 500 logements par an en zone C ces dernières années.

La représentante du bureau du Haut-Commissariat des droits de l’homme de l’ONU, Natalie Grove, évoque un « environnement hautement coercitif » dans ce périmètre de la Cisjordanie sous contrôle israélien. À ses yeux, les pressions des autorités pousseraient les Palestiniens à quitter la zone C. Elle qualifie cette politique de « transfert forcé », qui s’assimile à « une grande violation des conventions de Genève ».

Dans un rapport rendu public en juillet 2016 sur les démolitions en zone C, l’ONG israélienne des droits de l’homme B’Tselem recense 168 destructions d’habitations lors des six premiers mois de 2016, contre 125 pour toute l’année 2015. Soit les chiffres les plus élevés depuis dix ans, à l’exception de l’année 2013. « Ces démolitions font partie d’une politique israélienne plus large dans la zone C dont le but est de servir d’abord les intérêts israéliens », insiste Sarit Michaeli, porte-parole de l’ONG.

À Kalandia, situé à quelques kilomètres de Jérusalem, on envisage le pire : la destruction totale du village. « Les Israéliens veulent peut-être vider Kalandia car ils ont annoncé plusieurs fois qu’ils voulaient construire plus de colonies autour de Jérusalem », redoute Fadi, l’un des fils Awadallah.

Cette peur est largement diffusée dans d’autres localités palestiniennes, les images des maisons en ruines de Kalandia ayant fait la une des quotidiens nationaux. Pour le premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, « le but des démolitions conduites par Israël est de déraciner le plus de Palestiniens possible, afin de faire davantage de place pour des colonies illégales ».