Emprisonné en Israël, Salah Hamouri, l’autre Français derrière les barreaux

Georges Bourquard, mercredi 20 janvier 2010

Le sort du Franco-​​Israélien Gilad Shalit mobilise jusqu’à l’Élysée. Le Franco-​​Palestinien Salah Hamouri a, lui, moins de chance. Sa mère, ori­gi­naire de Bourg-​​en-​​Bresse, n’aura pas droit à une audience pré­si­den­tielle. Parti de l’Ain, un comité de soutien remue ciel et terre pour le faire libérer. En vain…

Comme disait Coluche, cer­tains sont plus égaux que d’autres ! Si l’affaire n’était pas aussi sérieuse, c’est bien cette boutade qu’inspirerait le sort réservé à Salah Hamouri, étudiant en socio­logie de 25 ans à Jérusalem.

Der­rière les bar­reaux d’une prison israé­lienne depuis cinq ans, Salah a été condamné pour « intention ter­ro­riste ». "Plaidez cou­pable" lui a-​​t-​​on conseillé le jour du procès, « vous en prendrez pour 7 ans. Si vous niez, ce sera beaucoup plus ».

Ce que les juges mili­taires lui reprochent ? D’être passé sous les fenêtres d’un rabbin ultraor­thodoxe, membre du parti Shas, cette for­mation extré­miste qui refuse toute coha­bi­tation avec les Pales­ti­niens. Pour faire bonne mesure, une âme cha­ri­table et anonyme assure que Salah est membre du FPLP. Le coup de grâce : le FPLP est étiqueté « ter­ro­riste » par les auto­rités israé­liennes… Et même si, après le bou­clage du quartier, une fouille minu­tieuse de l’appartement familial n’a rien donné, il est un ter­ro­riste. Au moins en puissance.

Denise Guidoux sa mère, Fran­çaise née à Bourg-​​en-​​Bresse, devenue épouse Hamouri et mère de trois enfants, n’aurait rien dit si elle n’avait pas regardé la télé­vision. Elle n’aurait pas vu défiler sur le perron de l’Élysée ces familles de pri­son­niers français du bout du monde. D’Ingrid Betan­court à Clo­tilde Reiss, les parents et amis des vic­times de l’arbitraire plaident légi­ti­mement leur cause auprès du chef de l’État. Mais Denise Hamouri n’aura pas cet honneur.

Deux députés, que l’échiquier poli­tique sépare mais que les droits de l’Homme unissent, prennent le taureau par les cornes depuis deux ans. L’UMP Michel Voisin, élu de l’Ain, et l’ancien par­le­men­taire com­mu­niste du Val-​​de-​​Marne, Jean-​​Claude Lefort, avaient visité les ter­ri­toires occupés en obser­va­teurs de l’OSCE. Cette fois-​​ci, c’est en "mili­tants de la liberté pour Salah" qu’ils agissent.

« La poli­tique a mis Salah en prison, la poli­tique doit le faire sortir », reven­dique Jean-​​Claude Lefort. « Je défends Israël comme un État qui a le droit de vivre en paix, mais je défends aussi, à égalité, les Pales­ti­niens », ren­chérit Michel Voisin. « Il a des convic­tions, mais ce n’est pas un subversif »

La démons­tration de Jean-​​Claude Lefort est frappée au coin du bon sens : « Salah vit à Jérusalem-​​est, en théorie pales­ti­nienne mais occupée par Israël. Salah, à l’origine fran­co­pa­les­tinien, a désormais une carte de rési­dence, sans natio­nalité. La seule natio­nalité dont il peut se pré­valoir est la natio­nalité fran­çaise. Donc, il est un pri­sonnier français en Israël ». CQFD !

Si l’argumentaire juri­dique tient la route, la poli­tique s’en moque comme d’une guigne… À chaque inter­vention auprès du Quai d’Orsay ou de l’Élysée, c’est la même réponse, regrette Michel Voisin : "On s’en occupe". L’été dernier, Nicolas Sarkozy a sol­licité par courrier "la clé­mence" pour Salah. Une démarche plutôt mol­las­sonne que condamne Jean-​​Claude Lefort : « Aux deux-​​tiers de la peine, la libé­ration anti­cipée a été refusée », contrai­rement à l’usage. Ter­ro­riste il est, pri­sonnier il restera, Salah…

« Il est un pri­sonnier poli­tique », assure Jean-​​Claude Lefort. Au passé chargé ? "Pas du tout", affirme le par­le­men­taire, « il avait pris quatre mois de prison pour avoir collé des affiches et cinq autres pour s’être trouvé chez un ami recherché. Mais là-​​bas, la prison fait presque partie de la vie. Il y a 10 000 Pales­ti­niens dans les prisons. Depuis 1967, 750 000 ont fait un séjour der­rière les bar­reaux. C’est comme si, en France, 20 mil­lions de gens étaient passés par la case cachot ».

« Salah est un Pales­tinien engagé, c’est sûr », reconnaît Michel Voisin ; « il a des convic­tions, ce qui n’est pas un défaut, mais ce n’est pas un sub­versif, encore moins un terroriste ».

Il y a quelques mois, Israël a voulu imposer aux pri­son­niers l’uniforme orange, celui de Guan­tanamo. Grève des détenus et levée de bou­cliers dans l’opinion : Salah et ses com­pa­gnons ont conservé leur tenue marron…

Des soutiens de l’UMP au NPA

À Jéru­salem, Denise Ham­mouri, pro­fesseur de français dans un établis­sement catho­lique, est ras­su­rante sur le sort de son fils : « Il garde le moral même s’il ne se fait pas d’illusions. Il occupe son temps à la lecture, à pour­suivre ses études et à faire un peu de sport dans la cour de la prison ».

Tous les quinze jours, elle lui rend visite à Gilboa, au nord du pays près d’Haïfa. « Et puis il reçoit du courrier de France, il voit qu’on ne l’oublie pas ». « C’est un garçon bien char­penté intel­lec­tuel­lement », reconnaît Jean-​​Claude Lefort, « et phy­si­quement aussi. Sur­prenant aussi avec les yeux bleus de son grand-​​père breton ».

Le comité de soutien à Salah compte des cen­taines de membres. 600 rien qu’à Bourg-​​en-​​ Bresse. Des conseils muni­cipaux en bloc le par­rainent. « Ce n’est pas une affaire poli­tique » conclut Jean-​​Claude Lefort ; « les signa­taires sont de tous les bords, de l’UMP au NPA de Besan­cenot ». « Actuel­lement, il y a des trac­ta­tions pour libérer des pri­son­niers, ce serait un beau symbole d’échanger le soldat Gilad Shalit, enlevé par le Hamas, contre Salah », imagine Michel Voisin à mi-​​voix…