Emprisonné comme des souris

PENGON, mardi 11 janvier 2005

Un projet épou­van­table pour la Palestine est en train de se pré­parer der­rière les slogans israé­liens du "Désen­ga­gement" ; Le Plan de Désen­ga­gement, loin d’être un retrait ou de donner aux Pales­ti­niens le droit d’avoir un Etat, délimite en fait la Ban­tus­ta­ni­sation com­plète de notre peuple.

La rhé­to­rique du Plan cache l’un des projets indus­triels les mieux élaborés et les plus effi­ca­cement pré­mé­dités destiné à l’asservissement et la des­truction d’un peuple entier.

La Palestine fait encore les gros titres des médias traditionnels occidentaux.

Les pré­pa­ratifs pour les élec­tions donnent à chacun assez d’informations pour couvrir - ou plutôt : cela donne aux médias assez d’informations pour dis­si­muler ce qui se déve­loppe réel­lement sur le terrain.

Mais c’est cette situation actuelle sur le terrain, si elle n’est pas arrêtée à temps, qui établira plus effi­ca­cement le futur pour les Pales­ti­niens que tout pro­cessus électoral.

Loin de l’attention inter­na­tionale, le destin qui se prépare pour les Pales­ti­niens montre plus net­tement son véri­table visage avec les nou­veaux projets israé­liens qui ont été pré­sentés au public ces der­niers mois.

Le mur de Ségré­gation, avec ses effets affreux sur la vie et la terre des Pales­ti­niens, n’est pas seul, mais il est aujourd’hui intégré à la poli­tique israé­lienne de colo­ni­sation et la création de l’infrastructure pour Juifs seulement dans l’ensemble d’un projet destiné à la domi­nation et la conquête coloniales.

Un projet épou­van­table pour la Palestine est en train de se pré­parer :
- der­rière les slogans israé­liens du "Désen­ga­gement" ;
- der­rière l’"initiative bri­tan­nique pour relancer la Feuille de Route" ;
- et sous l’initiative amé­ri­caine qui oblige la réa­li­sation des projets israé­liens qui par­achèvent la Ban­tus­ta­ni­sation des Palestiniens.

Les trois com­binés poussent à la fin de toute résis­tance pales­ti­nienne, qui est vue comme condition préa­lable au contrôle du Moyen-​​Orient de Jéru­salem à Bagdad.

L’administration amé­ri­caine se rend par­ti­cu­liè­rement bien compte que toute chance de succès pos­sible pour l’occupation de l’Irak, et pour que les projets américano-​​israéliens de des­siner un futur Moyen-​​Orient plus grand, dépendent de leur capacité à créer une "sta­bilité" au projet colonial israélien d’annexation, d’expulsion, et d’occupation de la Palestine.

Parmi les projets récents annoncés par Israel, cer­tains étaient de pures mas­ca­rades pour les médias inter­na­tionaux, alors que d’autres indi­quaient les projets israé­liens concrets.

La der­nière modi­fi­cation du tracé du Mur de Ségré­gation était un projet du premier type.

Ces pré­tendues modi­fi­ca­tions n’étaient rien d’autre que le résultat d’une pression amé­ri­caine et inter­na­tionale demandant des cartes qui leur per­met­traient de défendre le mur devant leurs col­lègues et leur opinion publique.

La "nou­velle carte" du mur repré­sente un ensemble tordu de chiffres et de défi­ni­tions qui "ont baissé" le pour­centage de terre en Cis­jor­danie volée et détruite par le mur de ségré­gation à 6,1%.

Mais natu­rel­lement, alors que les médias et les leaders poli­tiques s’en féli­citent, le "nouveau projet" échouera inévi­ta­blement. Pour pré­ciser, ces 6,1% doivent être ajoutés aux 11,8% annexés par les colonies et aux 29,1% repré­sentant l’isolement de la vallée du Jourdain.

Sans même tenir compte des autres terres qui ont été également volées aux Pales­ti­niens pour la construction des routes" pour colons-​​seulement", cela fait un total de 47 % de la Cis­jor­danie qu’Israel a l’intention d’annexer avant les pré­tendues modifications.

Ce jeu de chiffres a également pour but de réorienter la façon dont on parle de la situation sur le terrain.

Il oriente l’attention vers la taille des Ban­tustans imposés aux Pales­ti­niens, comme si ce n’était pas le fait même que notre peuple soit enfermé der­rière des murs qui devrait pro­voquer l’indignation, plutôt que la question de si ces ghettos devraient être légè­rement plus grands.

Nous ne com­battons pas pour obtenir de plus grands ghettos ou pour des murs plus colorés, mais pour la libé­ration et la justice sur notre terre.

En attendant, le véri­table projet poli­tique israélien peut être trouvé dans le "Plan de Désen­ga­gement" et dans les ini­tia­tives reliées à ce plan.

Le Plan de Désen­ga­gement, loin d’être un retrait ou de donner aux Pales­ti­niens le droit d’avoir un Etat, délimite en fait la Ban­tus­ta­ni­sation com­plète de notre peuple. La rhé­to­rique du Plan cache l’un des projets indus­triels les mieux élaborés et les plus effi­ca­cement pré­mé­dités destiné à l’asservissement et la des­truction d’un peuple entier.

Ce plan se compose de quatre prin­cipaux projets de construction qui ont été soumis au public et sont inti­mement liés à la construction du mur de Ségrégation :

1. La construction de nou­velles colonies et l’expansion des colonies exis­tantes : Carte du Mur et des colonies dans le cadre du Plan de Désengagement

Les colonies ont tou­jours été au centre du projet colonial pour contrôler Palestine. Le soi-​​disant "Plan de Désen­ga­gement" prétend concerner le déman­tè­lement des colonies : c’est-à-dire, l’évacuation des colonies dans la Bande de Gaza et de quatre petites colonies en Cis­jor­danie près de Jénine.

Mais en même temps, Israel a annoncé l’annexation des environ 200 autres colonies de Cis­jor­danie Occupée et à Jérusalem.

De plus, Israel agrandit et construit actuel­lement de nou­velles colonies dans les régions de Tul­karem et de Qal­qiliya, en s’assurant de l’annexation per­ma­nente des terres pales­ti­niennes isolées par le mur.

2. Plus de Routes de "Contour­nement" pour Colons-​​seulement : Carte du projet de routes dans le cadre du Plan de Désengagement

Les routes de contour­nement clô­turées et gardées par des mili­taires for­tement armés sont des­tinées à l’usage des seuls colons — les Pales­ti­niens ne sont pas auto­risés à les uti­liser ou à les traverser.

Ces routes coupent la Cis­jor­danie et détruisent le système routier pales­tinien, donnant aux colons un libre accès partout, tout en annexant les terres et isolant les com­mu­nautés pales­ti­niennes les unes des autres de la même manière que le mur de Ségrégation .

Israel a annoncé la construction de 500 kilo­mètres sup­plé­men­taires de routes pour ren­forcer ce réseau routier de Ségrégation.

Il s’assure que les sec­teurs rési­den­tiels pales­ti­niens ne seront rien de plus que des îles fermées, tota­lement isolées parmi les colonies et leur système de routes.

3. Ponts et Tunnels :

Israel prévoit la construction de 16 inter­sec­tions avec des ponts (qui seront des auto­routes sûrs pour les Israé­liens) et des tunnels (qui seront des pas­sages contrôlés pour les Pales­ti­niens, gardés par les Forces d’Occupation Israéliennes).

Ils seront les seuls points de passage pour les Pales­ti­niens qui auront à se déplacer d’une secteur ou d’une ville à une autre à l’intérieur de la Cisjordanie.

Tout en four­nissant une façade "de conti­nuité maximum" dans les sec­teurs pales­ti­niens à la com­mu­nauté inter­na­tionale — après tout, cela se tien, ces inter­sec­tions relient les Ban­tustans pales­ti­niens les uns aux autres, four­nissant de ce fait la "conti­nuité" — en fait, ce projet a pour but de garantir le plein contrôle israélien sur la Cis­jor­danie même après un faux "retrait" de l’armée israélienne.

Tous les tunnels seront équipés de portes (c’est déjà le cas dans le village de Habla, dans la zone de Qal­qiliya, où la popu­lation pales­ti­nienne est à la merci des forces de l’occupation pour entrer ou sortir de leur village), qui per­met­tront à Israel d’imposer un couvre-​​feu total sur la Cis­jor­danie, une punition col­lective per­pétrée à volonté, et de contrôler la vie de tous les Palestiniens.

Pour faire cela, pas plus de 16 véhi­cules mili­taires seront néces­saires, un pour chaque intersection.

4. Les CBIZ (Zones Industrielles de frontières) :

Une fois que nous aurons été com­plè­tement privés de la terre, des res­sources, du com­merce et de la vie, le projet d’asservissement des Pales­ti­niens sera achevé par la construction des zones indus­trielles israé­liennes sur nos terres volées qui seront situées à l’extérieur des ghettos définis par le mur de Ségré­gation, les colonies et leur réseau routier.

C’est l’élément prin­cipal qui fournira la via­bilité écono­mique au reste des projets israéliens.

Ces zones indus­trielles appar­tenant aux Israé­liens seront des indus­tries à forte intensité de main d’oeuvre où les Pales­ti­niens seront forcés de tra­vailler en tant que main d’oeuvre exploitée et enri­chiront l’économie israé­lienne puisque nous ten­terons de gagner un maigre salaire de la seule façon pos­sible der­rière les portes de nos ghettos.

Israel a demandé aux Etats-​​Unis et à l’Europe de financer le CBIZ, et de légi­timer ainsi le projet poli­tique israélien, sous le pré­texte de fournir des "oppor­tu­nités de travail" à la popu­lation palestinienne.

Le CBIZ est également pré­senté comme une solution écono­mique pra­tique face à un potentiel désastre huma­ni­taire — après tout, le rai­son­nement se tient, si la com­mu­nauté inter­na­tionale ne fournit pas les fonds pour ce projet, alors la popu­lation pales­ti­nienne dépendra de l’aide huma­ni­taire (ou mourra tout sim­plement de faim dans leurs ghettos, qui pour­raient être déran­geant à la vue du monde).

Cette aide huma­ni­taire - comme beaucoup d’autres coûts de l’occupation de la Palestine et de l’expulsion des Pales­ti­niens de leur terre - devrait ainsi être payée par la com­mu­nauté inter­na­tionale. De toute façon, dans le cadre du projet du CBIZ, les Pales­ti­niens res­teront soumis, asservis et privés de toute pos­si­bilité d’autodétermination.

Le mur de ségré­gation permet à Israel de mettre en appli­cation et d’incorporer toutes les poli­tiques men­tionnées ci-​​dessus dans un ensemble cohérent. Il créé des ghettos pales­ti­niens qui ont été pré­parés par la poli­tique de colo­ni­sation et le système routier.

Il permet également à Israel d’annexer com­plè­tement Jéru­salem et de l’isoler de la Cis­jor­danie, four­nissant, de ce fait, à Israel un passage direct de la mer médi­ter­ra­néenne à la vallée du Jourdain, tout en emportant en même temps le coeur de la Palestine au peuple palestinien.

À la lumière de ces faits sur le terrain, il est évident qu’aucun état pales­tinien ne sera pos­sible. Il est également évident que la vio­lation continue des droits des Pales­ti­niens et du droit inter­na­tional demeure l’infrastructure des nou­veaux projets israéliens.

Le seul futur envisagé pour les Pales­ti­niens est l’un des ghettos et des Ban­tustans, et une vie sous le contrôle, la domi­nation, et l’humiliation per­ma­nents des Israéliens.

Un fermier pales­tinien qui se tenait devant la des­truction pro­voquée par le mur de Ségré­gation à Beit Duqqu a demandé : "Vous avez pris notre pays et vous avez tué nos enfants. Vous détruisez nos maisons et vous passez nos champs au bull­dozer et vous construisez vos colonies, que voulez-​​vous de plus ? Pourquoi le Mur ? … Vous voulez nous piéger comme des souris, vous voulez nous mettre une porte de prison et com­mencer à nous compter comme si nous étions des animaux ?!"

Les Pales­ti­niens n’accepteront jamais de vivre dans ces condi­tions, où l’occupation a été ren­forcée par - appa­remment - la colo­ni­sation défi­nitive de la Cis­jor­danie. Cela repré­sente la exé­cution d’un système de ségré­gation qui dépasse de loin les temps les plus noirs de l’Afrique du Sud, car il vise la sou­mission totale de notre peuple.

Nous n’accepterons jamais de voir nos terres volées et détruites, notre dignité emportée, nos droits les plus fon­da­mentaux violés chaque jour, nos lieux saints barrés devant nous, et Jéru­salem - la capitale his­to­rique, cultu­relle, et écono­mique de la Palestine - annexée et isolée de notre peuple.

Nous ne nous ren­drons pas à ce destin. Mais nous demandons une réponse au monde à ce projet pour notre sou­mission qui est claire, efficace, et immédiate.

Six mois après que la décision de la Cour Inter­na­tionale de Justice concernant l’illégalité du mur de Ségré­gation, de la poli­tique de colo­ni­sation, et de l’occupation, Israel n’a donné aucun signe qu’il arrêtera la construction du mur de Ségrégation.

Au lieu de cela, il a renforcé ses projets coloniaux.

La cri­tique inter­na­tionale a prouvé qu’elle était inca­pable de pro­voquer les chan­ge­ments qui sont nécessaires.

La com­mu­nauté inter­na­tionale - comme toutes autres réso­lu­tions de l’ONU concernant les droits des Pales­ti­niens - encore une fois n’a pas honoré ses obli­ga­tions légales pour s’assurer que la décision de la CIJ serait mise en appli­cation et que le droit inter­na­tional serait respecté.

C’est le peuple du monde qui est invité aujourd’hui à défendre les valeurs de la justice et de la liberté.

L’appel pour l’isolement d’Israel par le boycott, le dés­in­ves­tis­sement, et les cam­pagnes de sanc­tions, doit devenir plus fort chaque jour, dans chaque ville du monde entier.

Les indi­vidus, les orga­ni­sa­tions, les réseaux, et les ins­ti­tu­tions favo­risent déjà le boycott, le dés­in­ves­tis­sement et les cam­pagnes de sanction dans le monde entier.

La ten­dance vers un nouveau mou­vement inter­na­tional contre l’Apartheid émerge, et c’est sur ce soutien popu­laire que les Pales­ti­niens peuvent écha­fauder des actions face aux échecs continus de la com­mu­nauté internationale.

Ces dif­fé­rentes cam­pagnes autour du monde doivent être le com­men­cement d’un pro­cessus qui fera payer le prix fort à Israel pour ses crimes.

Un tel mou­vement mondial est néces­saire afin de mettre fin à cet odieux mélange d’occupation, d’expulsion, de ghet­toi­zation, qui mène — car les nou­veaux projets israé­liens révèlent lorsqu’ils sont exa­minés de manière appro­fondie, loin du show média­tique entourant le pro­cessus élec­toral pales­tinien - à l’asservissement total d’un peuple entier.