Elias Sanbar, un dépositaire de la mémoire palestinienne

« L’ouverture aux autres cultures est primordiale et le dialogue est la seule réponse valable à l’illusion qu’on ne peut protéger sa propre culture qu’en l’enfermant », déclare l’intellectuel palestinien Elias Sanbar, lauréat, avec la Biblioteca Islámica, du Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe 2015.

Kahena Sanaâ, UNESCO, mercredi 20 avril 2016

A l’occasion de la remise du prix, le 14 avril 2016, à l’UNESCO (18h30, Salle II), nous publions son portrait signé par Kahena Sanaâ (UNESCO).

Ecrivain, historien et militant pour la paix, Elias Sanbar est une figure éminente de la culture arabe et francophone qui n’a cessé d’œuvrer à une meilleure connaissance de la Palestine, investissant simultanément les champs d’action politique et culturelle, depuis plus de quarante ans.

A travers ses cours dans les universités de Paris VII et de Princeton, ses interventions à des colloques, ses articles, ses travaux sur les photographies de la Palestine du 19e siècle et surtout ses livres d’histoire, Elias Sanbar s’emploie à révéler au monde l’identité plurielle et la richesse culturelle de la Palestine. Palestine 1948, l’expulsion (1984), Figures du Palestinien (2004), Dictionnaire amoureux de la Palestine (2010), La Palestine expliquée à tout le monde (2014), pour ne citer qu’une partie de ses livres, font de lui un dépositaire incontestable de la mémoire palestinienne et l’un de ses porte-parole les plus engagés.

Un homme politique

Elias Sanbar est né à Haïfa en 1947, mais il n’y a vécu qu’une quinzaine de mois, avant que sa famille ne soit contrainte de se déplacer au Liban, durant la Nakba, l’exode palestinien de 1948.

Après avoir fait des études de droit et de sciences politiques à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, il s’en va poursuivre ses études en France, à la Sorbonne, en 1968, alors que le pays est en pleine effervescence. En 1971, il décide de retourner à Beyrouth, afin de s’engager auprès de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Une décennie plus tard, Elias Sanbar rencontre Yasser Arafat, à qui il va apporter son soutien durant son exil à Tunis. C’est le début d’une collaboration politique, qui prendra toute son ampleur à partir de 1988 et qui mènera Elias Sanbar à participer activement aux négociations israélo-palestiniennes sur la scène internationale.

Connu pour son rôle politique et diplomatique, Elias Sanbar a été membre du Conseil national palestinien depuis 1988, membre de la délégation palestinienne aux négociations de paix à Madrid (1991) et à Washington (1992-1993), chef de la délégation pour les réfugiés (1993 à 1997) et, depuis 2012, Ambassadeur, Délégué permanent de la Palestine auprès de l’UNESCO.

Un homme de culture

Initié à la culture française avant même son arrivée en France, grâce à un père passionné de poésie arabe mais aussi de Victor Hugo, Elias Sanbar bâtira tout au long de son parcours des ponts entre la culture arabe et les autres cultures, notamment francophones.

Ce dialogue interculturel est jalonné de rencontres avec d’éminents intellectuels français, tels que Jean-Luc Godard, Gilles Deleuze ou l’éditeur Jérôme Lindon, qui l’aide à fonder la Revue des Etudes Palestiniennes en 1981, dont il sera le rédacteur-en-chef pendant plus de 25 ans.

Plus tard, Elias Sanbar rencontre Stéphane Hessel. En 2012, l’exilé de la Nakba et le survivant de l’Holocauste écrivent ensemble le livre Le Rescapé et l’Exilé : Une exigence de justice, traduit dans de nombreuses langues.

En traduisant en français l’œuvre magistrale du poète palestinien de Mahmoud Darwich (1942-2008), dont il fut l’ami intime, Elias Sanbar apporte une précieuse contribution à la diffusion de la culture arabe dans le monde.

Lauréat de la 13e édition du Prix UNESCO-Sharjah pour la culture arabe pour l’ensemble de son travail, Elias Sanbar insiste sur l’identité de ce Prix, qui réside, selon lui « dans un rapport d’échange et dans une pratique d’interférence entre les cultures, ce qui est en conformité avec le travail et les valeurs de l’UNESCO ».