Ehoud Olmert, le visage hideux de la corruption

Yigal Sarna, vendredi 30 mai 2008

Le témoi­gnage, mardi 27 mai, de l’homme d’affaires israélo-​​américain Morris Talansky affirmant avoir remis des mil­liers de dollars au Premier ministre a pro­voqué une vive émotion dans le pays. Le com­men­taire acerbe du quo­tidien Yediot Aharonot.

Le vieux Talansky peut main­tenant envi­sager serei­nement le jour où il paraîtra devant son Créateur parce que lorsqu’il sera là-​​haut, entouré des anges, il pourra raconter ce qu’il a dit à la Cour et entrer au paradis. Si Talansky a accompli une bonne action dans sa vie, déjà bien remplie d’entreprises cha­ri­tables et com­mer­ciales, d’aumônes et d’enveloppes pleines de billets, c’est bien sa dépo­sition devant les juges relatant son amitié moné­taire avec Ehoud Olmert. En faisant cela, Talansky s’est acheté une place au paradis plus sûrement qu’avec n’importe quel don parce qu’il a aidé à net­toyer le pays de cette chose qui fait pourrir les Etats, accélère leur décom­po­sition et s’avère plus mor­telle encore que les agis­se­ments d’un espion nucléaire : les poli­ti­ciens corrompus.

En com­pa­raissant devant la Cour et en s’asseyant dans la salle d’interrogatoire, Talansky a soulevé un lourd cou­vercle. Et lorsque nous avons regardé ce qu’il y avait dessous, nous avons été pris de la même envie de vomir que lorsqu’on soulève une vieille bouche d’égout et que l’on découvre un monde grouillant d’insectes, de rats et de toutes ces choses cachées juste sous nos pieds : on sait que ça existe, mais ce n’est pas la même chose que le voir de nos propres yeux. J’écris ces mots avec colère, pris par une furieuse envie de flanquer hors du pays que mon père a construit cet homme influent et dont la cupidité, la per­versité, l’arrogance et l’insensibilité allait nous conduire au bord du désastre.

Pendant toutes ces années, il a agi à sa guise, au point de perdre tout sens des limites et de jeter toute pru­dence aux orties. Il a escroqué la patrie, enflammé les esprits à Jéru­salem et déchaîné la colère contre nous. Il a autorisé des chan­tiers sur des mon­tagnes inha­bitées et la construction de tours qui ont détruit des pay­sages mil­lé­naires. Et il a vécu comme un roi, même dans les temps les plus durs. Une fois nommé Premier ministre, il a confié avec la même arro­gance sui­ci­daire les por­te­feuilles de la Défense et des Finances aux can­didats les moins aptes à s’en charger : Peretz et Hirchson. Ce seul péché aurait dû suffire à le démettre de ses fonctions.

"Qui suis-​​je ? Tony Soprano ?" [héros d’une série télé­visée, Tony Soprano, parrain tour­menté de la mafia du New Jersey, a du mal à concilier les intérêts de sa famille et ceux de son clan pro­fes­sionnel. Les séances avec son psy­cha­na­lyste sont au coeur de la série], a demandé récemment Ehoud Olmert qui tentait ainsi de surfer sur la vague de sym­pathie dont béné­ficie ce per­sonnage de série télé, tout comme il essaie aussi de se faire porter par les vagues de sym­pathie sus­citées par son cancer de la prostate, les pour­parlers de paix avec la Syrie, ou encore le retour des otages enlevés durant son mandat marqué par l’échec.

C’est un habitué des rumeurs, des men­songes et des fausses pro­messes. Et bientôt, il va se montrer avec sa cour d’avocats pré­ten­tieux, mal rasé et coiffé d’une kippa noire, et demander la consi­dé­ration de la Cour parce qu’il est devenu reli­gieux. Olmert n’a pas le charme fatal de Tony et res­semble davantage à son parent, le vieil homme malin qui échappe tou­jours à l’arrestation. Comme pour Tony, un vague nuage de soupçons a tou­jours plané sur Ehoud. Parfois, il arrivait que quelqu’un dans la foule crie quelque chose : on le faisait taire immé­dia­tement et sortir de la salle. Ainsi, un jour, un jeune kib­boutznik à l’air étrange a lancé au beau milieu d’un meeting : " Vous êtes un voleur !" avant d’être jeté dehors. C’est Ze’v Boim [ministre de la Construction et du Logement, un proche d’Olmert], qui accom­pa­gnait Olmert, qui m’a parlé de ce type. "Il a raison, non ?", lui ai-​​je dit. Boim a couru se plaindre à Olmert et Olmert à mon directeur, qui l’a éconduit.

Il a tou­jours eu l’habitude du secret et de la dis­si­mu­lation, et cela lui a réussi pendant de nom­breuses années. Si sa cupidité ne l’avait pas emporté sur la pru­dence, et s’il ne s’était pas retrouvé dans le fau­teuil de Premier ministre, il aurait laissé après sa mort le sou­venir d’un homme bon, et légué toute sa fortune et ses appar­te­ments à ses enfants. Mais il a voulu être roi.

Voir aussi le Monde : Soup­çonné de cor­ruption, le premier ministre Ehoud Olmert est défié par son propre parti

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