Ehoud Olmert ignore les appels à la démission

le NouvelObs, samedi 31 mai 2008

"Je vais continuer à exercer mes fonc­tions" " et je ne renon­cerai pas", a lancé le Premier ministre israélien, qui fait l’objet de plu­sieurs enquêtes dans des affaires de cor­ruption, alors que ses par­te­naires tra­vaillistes au sein du gou­ver­nement de coa­lition mul­ti­plient les appels à la démission.

Le Premier ministre israélien Ehoud Olmert, qui fait l’objet de plu­sieurs enquêtes dans des affaires de cor­ruption, a ignoré, jeudi 29 mai, les appels à la démission de ses par­te­naires tra­vaillistes au sein du gou­ver­nement de coa­lition. "Je vais continuer à exercer mes fonc­tions. Cer­tains pensent que chaque fois qu’une enquête est lancée, il fau­drait donner sa démission. Mais je ne suis pas de cet avis et je ne renon­cerai pas", a-​​t-​​il proclamé.

Multiplication des appels à la démission

Jeudi, Tzipi Livni, ministre des Affaires étran­gères et n°2 de Kadima, le parti au pouvoir, a estimé que le parti cen­triste au pouvoir devrait "prendre des déci­sions" et se pré­parer "à tous les scé­narios pos­sibles", y compris la tenue d’élections légis­la­tives anti­cipées et un vote interne pour la direction.

Tzipi Livni, qui joue un rôle-​​clé dans les pour­parlers de paix avec les Pales­ti­niens et qui est donnée comme la mieux placée pour suc­céder à Ehoud Olmert à la tête du gou­ver­nement, s’est tou­tefois gardée d’appeler au retrait de l’actuel Premier ministre.

Mais devant des jour­na­listes, elle a déclaré qu’il fallait pré­server "les valeurs et les règles" dans la vie poli­tique israélienne [1].

Ehoud Barak, ministre de la Défense et chef de file d’un Parti tra­vailliste dont l’actuel gou­ver­nement ne peut se passer, a également brandi mer­credi la menace d’élections anti­cipées au len­demain de la dépo­sition de l’homme d’affaires amé­ricain Morris Talansky, qui a reconnu avoir remis à plu­sieurs reprises des enve­loppes de billets à Ehoud Olmert.

Ehoud Barak accentue la pression

Jeudi, Ehoud Barak a accentué la pression en déclarant devant des membres du Parti tra­vailliste que si le Premier ministre n’agissait pas, sa for­mation pren­drait l’initiative. "Le chef du gou­ver­nement doit prendre des déci­sions. Les fac­tions doivent prendre des déci­sions et, dans le cas contraire, nous pren­drons les déci­sions à leur place", a-​​t-​​il prévenu. Ehoud Barak s’est tou­tefois montré évasif quant à ses inten­tions. L’ancien Premier ministre n’a pris aucune ini­tiative sus­cep­tible d’entraîner la chute du gou­ver­nement et de ren­voyer aux urnes des élec­teurs qui penchent aujourd’hui davantage en faveur du Likoud de Ben­jamin Neta­nyahu que des tra­vaillistes. Les pro­chaines légis­la­tives sont, pour l’heure, prévues en 2010.

Illus­trant l’étroitesse de la marge de manoeuvre d’Ehoud Barak, le des­si­nateur du Yediot Ahronoth, premier tirage de la presse israé­lienne, le montre jeudi affublé d’oreilles de lapin, allusion au terme d’argot qui signifie "lâche".

Silvan Shalom, député du Likoud et ancien ministre des Affaires étran­gères, a pour sa part prédit de nou­velles élec­tions pour novembre.

Ehoud Olmert persiste et signe

Après avoir clai­rement écarté, par le biais d’un col­la­bo­rateur, l’hypothèse d’une démission à court terme, Ehoud Olmert n’a rien évoqué d’autre que son entretien du jour, avec son homo­logue danois Anders Fogh Ras­mussen. "J’ai l’intention d’aborder avec le Premier ministre les efforts inter­na­tionaux pour faire cesser le pro­gramme nucléaire iranien, le pro­cessus de paix régional, la guerre contre le ter­ro­risme et la pro­gression de l’islam radical au Proche-​​Orient et dans le monde", a déclaré le chef du gou­ver­nement israélien. Son agenda, qui prévoit notamment une visite aux Etats-​​Unis, la semaine pro­chaine, n’a en outre pas été modifié. Le Premier ministre s’est tou­tefois engagé à renoncer à ses fonc­tions s’il est inculpé.

L’enquête s’accélère

Le pro­cureur général Menachem Mazuz a annoncé, après avoir consulté jeudi magis­trats et poli­ciers chargés de l’enquête, que celle-​​ci serait accé­lérée pour pouvoir la boucler le plus rapi­dement pos­sible. Mais il n’a donné aucun calen­drier précis quant à une décision d’inculper ou non le Premier ministre. Morris Talansky sera par ailleurs interrogé une deuxième fois en juillet, en pré­sence des avocats d’ d’Ehoud Olmert. Le chef du gou­ver­nement nie toute mal­ver­sation, et décrit les dons de Morris Talansky comme des contri­bu­tions au finan­cement de ses cam­pagnes élec­to­rales. Après sa premier dépo­sition, mardi, le pro­cureur Moshé Lador a refusé de pré­juger d’une éven­tuelle incul­pation du Premier ministre et a déclaré qu’aucune décision ne serait prise avant la fin de l’enquête. Cette nou­velle crise poli­tique pourrait porter un coup sévère aux efforts des Etats-​​Unis en vue de par­venir à un accord de paix israélo-​​palestinien avant le départ de George Bush de la Maison blanche, en janvier. (Avec Reuters)

[1] également par le NoubelObs :

Affaire Olmert : Livni pour des primaires au sein de Kadima

La numéro deux du cabinet israélien et chef de la diplo­matie appelle à la tenue de pri­maires au sein du parti au pouvoir, Kadima, afin de désigner un suc­cesseur au Premier ministre, soup­çonné de corruption.

Soup­çonné de cor­ruption, le Premier ministre Ehud Olmert pourrait être rem­placé d’ici peu. Tzipi Livni, numéro deux du cabinet israélien et chef de la diplo­matie, a appelé, jeudi 29 mai, à la tenue de pri­maires au sein du parti au pouvoir, Kadima, en vue de désigner un suc­cesseur au Premier ministre. "Kadima devrait com­mencer à se pré­parer pour tout éventuel scé­nario, y compris des élec­tions (anti­cipées). Je suis une grande par­tisane de pri­maires", au sein du parti, a-​​​​t-​​​​elle déclaré lors d’un col­loque à Jéru­salem. Tzipi Livni a ajouté : "Je pense que la majorité du public (la base du parti, ndlr) doit être impliquée dans l’élection de la direction. Cela nous per­mettra de regagner la confiance (de la base) en notre parti".

150.000 dollars en liquide

Le parti cen­triste Kadima a été formé par l’ancien Premier ministre, Ariel Sharon, à la veille des der­nières élec­tions légis­la­tives, en mars 2006. Il n’a pas été doté d’un méca­nisme pour élire son chef, actuel­lement Ehoud Olmert, ou le des­tituer. S’il était inculpé dans le cadre d’une affaire de cor­ruption qui l’éclabousse actuel­lement, Ehoud Olmert pourrait être poussé à la démission. Après l’accablant témoi­gnage mardi d’un homme d’affaires israélo-​​​​américain qui a affirmé lui avoir versé en 15 ans la somme de 150.000 dollars en liquide, les spé­cu­la­tions sur son sort vont bon train. Mer­credi, le ministre de la Défense et chef du parti tra­vailliste, prin­cipal allié de Kadima au sein de la coa­lition au pouvoir, avait appelé Ehoud Olmert à démissionner.