Échec du Conseil de sécurité, Israël poursuit sa politique de terreur

T. Hocine, lundi 3 mars 2008

Le Conseil de sécurité des Nations unies a fait mieux qu’au mois dernier quand il a été tout sim­plement privé de parole alors qu’il était appelé à se pro­noncer sur le blocus imposé par Israël dans la bande de Ghaza.

C’est jus­tement le sort infligé à ce ter­ri­toire pales­tinien qui était une nou­velle fois en débat samedi dans le cadre d’une réunion d’urgence tenue à la demande de l’Autorité pales­ti­nienne à la suite de la série de mas­sacres per­pétrés par Israël.

Fidèle à sa position en ce qui concerne Israël, l’instance onu­sienne a tout sim­plement coupé la poire en deux mettant dos à dos agresseur et agressé, ou plus pré­ci­sément occupant et occupé. Le Conseil de sécurité a condamné les vio­lences à Ghaza et dans le sud d’Israël.

Ce qui est fon­da­men­ta­lement dif­férent, et encore sans le moindre impact, puisque c’est l’acte pris iso­lément. Seul le fait est pris en ligne de compte sans la moindre consi­dé­ration pour ce qui l’a pro­voqué et les moti­va­tions. Et comme c’est dans l’air du temps, l’UE (Union euro­péenne) est sortie de son mutisme pour faire autant que l’ONU. Un drame pour les rela­tions internationales.

La pré­si­dence slovène de l’UE a condamné hier « l’usage dis­pro­por­tionné » de la force par l’armée israé­lienne contre la popu­lation civile de Ghaza, en sou­li­gnant que de telles actions étaient « contraires à la loi inter­na­tionale ». Dans le même temps, elle « réitère sa condam­nation de la pour­suite des tirs de roquettes dans le ter­ri­toire israélien » par les forces pales­ti­niennes, dans un com­mu­niqué où elle appelle les deux parties à cesser les hostilités.

La Libye, seul pays arabe parmi les 15 pays du Conseil de sécurité, a émis un projet de réso­lution au nom des Etats arabes qui « condamne fer­mement le meurtre de civils inno­cents, y compris d’enfants », par les forces israé­liennes. Le texte appelle également à « un arrêt immédiat des vio­lences, y compris les opé­ra­tions mili­taires et les tirs de roquettes, et appelle toutes les parties au respect du cessez-​​le-​​feu ». Tou­tefois, plu­sieurs diplo­mates ont indiqué que ce texte ferait vrai­sem­bla­blement l’objet d’un véto amé­ricain. Les membres du Conseil se sont mis d’accord pour que ce projet soir examiné aujourd’hui par leurs experts afin d’aplanir les divergences.

Habitué à l’impunité, Israël a immé­dia­tement fait savoir hier qu’il va pour­suivre sa bou­cherie. C’est ce qu’a affirmé son Premier ministre, Ehud Olmert, en rejetant les cri­tiques inter­na­tio­nales. « Per­sonne n’a le droit moral de cri­tiquer Israël pour son droit à l’autodéfense », a ajouté M. Olmert. C’est jus­tement cette lit­té­rature qui est aujourd’hui reprise et amplifiée pour déna­turer l’essence même du conflit du Proche-​​Orient, même si l’ONU ne désespère pas de voir aboutir un hypo­thé­tique pro­cessus de paix.

En ce sens, le Conseil de sécurité a également sou­ligné que la vio­lence « ne doit pas être auto­risée pour porter atteinte au pro­cessus de paix entre Israël et l’Autorité pales­ti­nienne visant à établir deux Etats (Israël et la Palestine) vivant côte à côte dans la paix et la sécurité ». En parlant ainsi, l’ONU reconnaît une situation de guerre, et dans ce cas, son secré­taire général a fait preuve d’une réelle mal­adresse en recon­naissant à Israël le droit de se défendre.

Devant une telle position, Israël a décidé de pour­suivre sa poli­tique puisqu’au moins, cinq Pales­ti­niens ont été tués hier [dimanche 3 mars. Ce sont en fait dix Pales­ti­niens qui ont été tués.]] lors d’attaques israé­liennes dans la bande de Ghaza où 61 Pales­ti­niens avaient trouvé la mort la veille, a-​​t-​​on indiqué de sources médi­cales palestiniennes.

Ces décès portent à 70 [1]le nombre de Pales­ti­niens tués depuis samedi dans la bande de Ghaza lors d’une des opé­ra­tions les plus meur­trières de l’armée israé­lienne depuis le déclen­chement de l’Intifadha en 2000. Au plan poli­tique, le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbas, a sus­pendu hier tous les contacts avec Israël pour pro­tester contre l’agression israé­lienne. « Les négo­cia­tions sont sus­pendues comme tous les contacts à tous les niveaux, car ils n’ont aucun sens au regard de l’agression israé­lienne », a déclaré Nabil Abou Rou­deina dans un com­mu­niqué. « Le gou­ver­nement israélien a décidé de lancer une guerre injuste et mas­sacre notre peuple. Il porte l’entière res­pon­sa­bilité du blocage du pro­cessus de paix et des consé­quences de la décision de sus­pendre les contacts », a pour­suivi le porte-​​parole de la pré­si­dence palestinienne.

Le pré­sident Abbas a ordonné à l’équipe de négo­cia­teurs pales­ti­niens de sus­pendre tous les contacts avec Israël « jusqu’à ce que cesse l’agression », a-​​t-​​il dit [2]. Samedi déjà, Saëb Erekat, l’un des prin­cipaux négo­cia­teurs pales­ti­niens, avait affirmé que les négo­cia­tions de paix avec Israël étaient, pour l’heure, « enterrées sous les maisons détruites de Ghaza ».

Mais dira-​​t-​​on encore une fois, cela n’est pas nouveau, et les Pales­ti­niens le savent et c’est pourquoi, ils refusent toute forme de soumission.

[1] 80

[2] l’offensive ter­restre au nord de Gaza semble prendre fin ce lundi matin 3 mars. Les tirs de roquette arti­sa­nales Qassam n’ont jamais cessé pendant cette sauvage offensive menée par Israël. Dans les mani­fes­ta­tions qui ont ras­semblé des mil­liers de Palestinien-​​​​ne-​​​​s en Cis­jor­danie et à Gaza, tous les partis étaient ras­semblés pour condamner le nouveau mas­sacre commis par les troupes israé­liennes. Selon des sources média­tiques, le Hamas demande la création d’un gou­ve­nement d’union nationale.