Du phosophore blanc a bien été utilisé à Gaza

AFP, samedi 1er août 2009

Israël enquête sur une cen­taine de plaintes concernant des abus de son armée pendant l’offensive contre le Hamas dans la bande de Gaza. Les auto­rités recon­naissent avoir eu recours au phos­phore blanc.

Israël admet direc­tement pour la pre­mière fois, dans un rapport, que son armée a « eu recours à des muni­tions contenant du phos­phore blanc » dans la bande de Gaza, lors de l’offensive contre le Hamas de décembre 2008-​​janvier 2009. Israël dément tou­tefois avoir violé le droit inter­na­tional, assurant ne pas avoir usé de telles armes à l’intérieur de zones d’habitation. Jusque-​​là, Israël avait déclaré enquêter sur les accu­sa­tions de tirs d’obus au phos­phore, qui pro­voquent de graves brû­lures. L’Etat hébreu n’avait ni direc­tement démenti ni confirmé que son armée l’ait fait.

Dans le rapport, rendu public avant l’achèvement en août d’une enquête des Nations unies pour crimes de guerre sur la guerre de Gaza, le gou­ver­nement israélien défend le bien-​​fondé de cette offensive. Il estime qu’elle fut une riposte « néces­saire et pro­por­tionnée » aux tirs de roquettes du Hamas contre Israël.

Quatorze enquêtes après « Plomb durci »

L’armée israé­lienne a aussi ouvert 14 enquêtes contre des soldats soup­çonnés de conduite cri­mi­nelle lors de l’offensive dans la bande de Gaza du début de l’année, pendant laquelle plus de 1.400 Pales­ti­niens ont été tués, indique jeudi le Jeru­salem Post. Le pro­cureur général de l’armée, le général Avichai Man­delblit, a ordonné à la police mili­taire de mener ces enquêtes sur la cen­taine de plaintes en cours d’examen, ajoute le journal en citant des res­pon­sables militaires.

Inter­rogée par l’AFP, une porte-​​parole de l’armée n’a pas réagi immé­dia­tement à ces informations.

Pour un res­pon­sable mili­taire cité par le journal, ces enquêtes démontrent que l’armée israé­lienne n’a pas besoin, pour dili­genter des enquêtes, des pres­sions d’organisations non-​​gouvernementales ou de groupes de défense des droits de l’Homme. « Nous savons enquêter sur nous-​​mêmes et nous sommes prêts à recevoir des infor­ma­tions sup­plé­men­taires de la part de ces groupes », indique le responsable.

Les infor­ma­tions recueillies par le pro­cureur général ont été trans­mises par des soldats, des Pales­ti­niens ou des orga­ni­sa­tions comme Human Rights Watch et le Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge.

L’armée enquête notamment sur des soupçons de pillages dans des maisons pales­ti­niennes, de mauvais trai­te­ments contre des pri­son­niers et le recours à des civils pales­ti­niens comme « bou­cliers humains ».

Deux soldats ont été récemment inculpés pour avoir volé une carte de crédit à un Pales­tinien de Gaza et l’avoir ensuite utilisée.

Mieux prévenir les civils

L’armée a par ailleurs décidé que, lors de pro­chaines opé­ra­tions, elle allait mieux pré­venir les civils avant d’effectuer des raids aériens dans des zones rési­den­tielles. Durant l’opération « Plomb durci » (27 décembre-​​18 janvier), l’armée a largué des mil­lions de tracts et procédé à 250000 appels télé­pho­niques pour pré­venir la popu­lation de bom­bar­de­ments immi­nents, selon des sources militaires.

Lors de récentes dis­cus­sions, des offi­ciers ont proposé que les tracts qui seront largués lors d’éventuelles nou­velles opé­ra­tions détaillent les routes pouvant être empruntées pour fuir les combats.

Autour de 1400 Pales­ti­niens, dont de nom­breux civils, et 13 Israé­liens ont péri durant cette guerre. Elle a com­mencé le 27 décembre 2008 et pris fin le 18 janvier dernier.