Donald Trump enterre l’État palestinien

Le président américain a rompu avec la solution à deux États, quitte à pousser Israéliens et Palestiniens vers un seul État binational et discriminatoire.

Armin Arefi, Le Point, vendredi 17 février 2017

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu a jugé mercredi soir, lors d'une conférence de presse avec le président américain Donal Trump, que celui-ci offrait "une occasion sans précédent" pour faire avancer la paix. © DPA / dpa Picture-Alliance/AFP/ RON SACHS

C’est une déclaration qui pourrait peser très lourd sur l’avenir du Proche-Orient : « Je regarde deux États et un État, et si Israël et les Palestiniens sont contents, je suis content avec la solution qu’ils préfèrent. Les deux me conviennent. » Par ces mots, le président américain Donald Trump rompt avec la position officielle des États-Unis depuis près d’un demi-siècle, à savoir deux États « vivant côte à côte en paix et en sécurité ». Et donne le ton de la nouvelle relation israélo-américaine, à l’issue de sa première rencontre avec son « ami » le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, mercredi à Washington.

« Les États-Unis favoriseront la paix et un véritable accord de paix », a-t-il néanmoins insisté sans plus de précisions. Rappelant qu’il revenait aux deux parties - qui ne se parlent plus depuis près de trois ans - de négocier directement, il a enjoint les Palestiniens à se débarrasser de leur « haine » à l’encontre des Israéliens, et appelé ces derniers à la « retenue » dans la poursuite de la colonisation en territoire palestinien.

L’équipe pro-colonisation de Trump

Les colonies israéliennes à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, illégales selon le droit international. © AFP Autrement dit, Israël peut tout de même continuer à construire dans les colonies de Jérusalem-Est et de Cisjordanie, pourtant illégales au regard du droit international, sans risquer de se mettre à dos son indéfectible allié américain. Or, ce faisant, l’État hébreu annihile sur le terrain tout hypothétique État palestinien. Depuis la guerre des Six Jours de 1967, Tel-Aviv occupe Jérusalem-Est et la Cisjordanie, où elle a construit 131 colonies rassemblant aujourd’hui quelque 630 000 colons.

Exaspérée par l’intransigeance de son turbulent allié israélien, l’administration Obama avait finalement laissé le Conseil de sécurité de l’ONU adopter une résolution – non contraignante – condamnant la poursuite de la colonisation israélienne. « Les choses seront différentes à partir du 20 janvier », avait alors averti sur Twitter le futur président américain Donald Trump, dont le gendre et conseiller spécial, Jared Kushner, le « négociateur international » Jason Greenblatt ou encore le nouvel ambassadeur en Israël, David Friedman, sont d’ardents défenseurs de la colonisation.

L’étroite marge de manœuvre de Netanyahu

À Tel-Aviv, ce message a été interprété comme un blanc-seing. Depuis l’investiture de Donald Trump, Benjamin Netanyahu a annoncé la construction de plus de 5 000 logements en Cisjordanie, ainsi que de la première nouvelle colonie depuis plus de vingt ans. Poussé à l’intransigeance par ses ministres nationalistes religieux, le Premier ministre possède une marge de manœuvre des plus étroites et doit multiplier les gages aux colons s’il ne veut pas que sa coalition, qui ne possède qu’une majorité de six sièges à la Knesset, éclate.


Israël/Palestine : la position américaine "très... par afplp

Toujours (officiellement) favorable à la solution à deux États, qu’il a appelée de ses vœux à l’université de Bar-Ilan en 2009, Benjamin Netanyahu a répété mercredi que la colonisation israélienne n’était « pas au cœur du conflit ». Il a d’ailleurs soutenu un projet de loi – adopté au Parlement le 6 février – légalisant les colonies israéliennes « sauvages » en Cisjordanie, et non reconnues par l’État. Or, comme le rappelait fin décembre l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry, « ces avant-postes de colons sont illégaux selon la loi israélienne. Ils sont souvent situés sur des terres palestiniennes privées et sont placés stratégiquement pour rendre la solution à deux États impossible ».

Apartheid

C’est justement ce que souhaite la droite religieuse au pouvoir, partisane d’une annexion pure et simple de la zone C de la Cisjordanie (61 % du territoire palestinien), déjà sous contrôle administratif et militaire israélien. Sa figure de proue, le ministre de l’Éducation Naftali Bennett, chef du parti nationaliste religieux Foyer juif, a d’ailleurs salué mercredi sur Twitter l’avènement d’une « nouvelle ère » : « Pas besoin d’un troisième État palestinien au-delà de la Jordanie et de Gaza. »

Invité à l’issue de sa rencontre avec Donald Trump à répéter son engagement pour la solution à deux États, le Premier ministre israélien a botté en touche. « Je ne veux pas annexer près de deux millions de Palestiniens, mais je ne veux pas que le centre d’Israël vive sous la menace d’un État terroriste », a-t-il déclaré, selon la radio militaire israélienne. Problème, à Washington comme à Tel-Aviv, aucune autre solution crédible au conflit n’est pour le moment avancée.

Et, comme le souligne dans un communiqué Hanane Achraoui, l’une des dirigeantes de l’Organisation de libération de la Palestine, les seules alternatives à un État palestinien seraient « une solution à un État qui nécessiterait des droits égaux et la citoyenneté pour tous », où les Juifs seraient de fait minoritaires, ou alors un « État d’apartheid ». Sur Facebook, un diplomate palestinien prévient : « Si Israël remporte sa guerre contre la solution à deux États, nous gagnerons notre lutte contre l’apartheid. »