Documentaires : « Elias Chacour, prophète en son pays »

Claude Roshem-​​Smith - Pour La Palestine n°42, dimanche 3 octobre 2004

Docu­men­taire de Claude Roshem-​​Smith et André Chapel - 55 minutes - Pro­duction : Serimage Films
Peut-​​on être pro­phète en son pays, quand ce pays s’appelle la Palestine ? Le film nous révèle un homme de combat, com­battant aux mains nues, engagé depuis son enfance pales­ti­nienne dans la défense des siens pour leur redonner toute leur dignité.

Il fait partie de ces « Pales­ti­niens Israé­liens » souvent oubliés ou ignorés alors qu’ils repré­sentent 20 % de la popu­lation en Israël.

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© Claude Roshem-​​Smith

Devenu citoyen israélien lorsque sa Galilée natale fut annexée à Israël, lors de la pre­mière guerre de 1948, il ne baisse pas les bras et s’engage : la prê­trise d’abord qui explique son par­cours et fait de lui un com­battant de la paix ; non point cet armistice sur fond de vio­lence, mais un apôtre de la coexis­tence paci­fique, reven­diquée, enseignée, vécue avec ses nou­veaux conci­toyens juifs israé­liens. Ce qui le conduira à l’enseignement : dans l’établissement sco­laire qu’il a créé à Ibillin avec patience et pug­nacité, face à l’hostilité du pouvoir admi­nis­tratif israélien qui lui refuse tout permis de construire une école. Il fait coha­biter une popu­lation d’enfants de confes­sions mêlées et fait le pari que l’éducation non vio­lente peut faire bouger les choses, ce qui n’exclut pas la soli­darité des élèves avec leurs frères des Ter­ri­toires occupés.

Il nous le dit, nous le répète : les enfants ne naissent pas juifs, chré­tiens ou musulmans, ils naissent « bébés ». De quatre-​​vingt-​​dix élèves en 1982 , il est fier d’annoncer que quatre mille cinq cents jeunes fré­quentent aujourd’hui cet établis­sement. Habité par le génie de la récon­ci­liation, il vient de réussir une pre­mière : créer en Israël la pre­mière uni­versité arabe chré­tienne israélienne.

Ses propos sont empreints de tris­tesse lorsqu’il nous fait visiter les ruines de sa maison et de son village natal, Ba’ram en Haute Galilée (rayé de la carte comme quatre cent douze autres vil­lages) dont sa famille a été chassée en 1948. Son his­toire est celle de mil­liers d’autres Pales­ti­niens qui, de part et d’autre de la fron­tière, luttent contre l’oppression et la discrimination.

Cet homme excep­tionnel dérange parce qu’il parle d’espoir et de coexis­tence à l’heure où une vio­lence inégalée a envahi l’espace de la Palestine occupée. Son message de récon­ci­liation non vio­lente peut paraître uto­pique, mais son jugement à l’encontre de la colo­ni­sation - « vouée à l’autodestruction » - est ferme, sans appel et a l’accent d’une mise en garde.

Le propos résonne juste, appelant chacun à recon­naître l’Autre, dans sa dif­fé­rence, recon­nais­sance refusée jusqu’à présent et pourtant indis­pen­sable pour pouvoir vivre ensemble, Israé­liens et Pales­ti­niens. n Claude Roshem-​​Smith

Le film est en vente à la Pro­duction Sérimage (Tél : 04 66 29 09 33) à l’Institut du Monde Arabe, la Média­thèque des Trois Mondes, et les librairies Silhoé.