Dialogue interpalestinien. A l’épreuve de la réalite

Samar Al-​​Gamal, mercredi 25 février 2009

Après hési­ta­tions et reports, il doit reprendre ce mer­credi sous l’égide de l’Egypte qui estime que le moindre échec est into­lé­rable à l’heure de la for­mation d’un gou­ver­nement israélien dirigé par « Bibi »[Netan­hyaou], dont on attend tout le mal.

Le dia­logue inter­pa­les­tinien va reprendre. Non, il a été reporté. Fina­lement, il doit avoir lieu ce mer­credi [1]. En une semaine, des infor­ma­tions aussi contra­dic­toires avaient circulé. Mais voilà des mois que la récon­ci­liation inter­pa­les­ti­nienne peine à voir le jour. Et chaque jour apporte tantôt espoir tantôt déception. Le dia­logue par­rainé par l’Egypte était, cette fois-​​ci, lié à une trêve avec Israël dans la foulée de la guerre contre Gaza. Le Caire a alors proposé un plan de trois points : un cessez-​​le-​​feu immédiat, des contacts entre Israé­liens et Pales­ti­niens pour une trêve de longue durée et une confé­rence de récon­ci­liation interpalestinienne.

Des res­pon­sables pales­ti­niens du Hamas ou du Fatah se sont déplacés à maintes reprises vers la capitale égyp­tienne, le négo­ciateur israélien aussi. Des lueurs d’espoir se pro­fi­laient. Tout le monde ou presque parlait d’une trêve qui allait être annoncée peut-​​être par le pré­sident Mou­barak en per­sonne, « dans les pro­chaines 48 heures ».

A la der­nière minute, Tel-​​Aviv fait marche arrière. Pour conclure une trêve, il faut une nou­velle condition, un nouveau caprice d’un Olmert sur le point de départ. Le premier ministre israélien sortant décide de condi­tionner tout accord sur une trêve et l’ouverture des six points de passage de la bande de Gaza à la libé­ration préa­lable de Gilad Shalit. Shalit est ce soldat israélien capturé par les Pales­ti­niens il y a bientôt 3 ans et dont Israël rap­pelle le nom à chaque fois qu’on parle trêve, paix, ou autre. « Il est incon­ce­vable » pour Tel-​​Aviv de sous­crire à un accord sans la libé­ration de Shalit, a déclaré Meir Sheetrit, ministre israélien de l’Intérieur.

Riposte égyptienne au chantage

Aupa­ravant, les négo­cia­tions pour cette libé­ration étaient condi­tionnées à celle de 1 400 détenus pales­ti­niens sur les 11 000 dans les prisons israé­liennes. « Un coup de poi­gnard dans le dos de l’Egypte », disent à la fois Pales­ti­niens et Israé­liens (lire page 5). Le Caire, furieux dans un premier temps, a fina­lement décidé de ne pas suc­comber au chantage israélien. Voire de ne plus coupler la trêve à la récon­ci­liation inter­pa­les­ti­nienne en invitant toutes les fac­tions à venir dis­cuter au Caire indé­pen­damment de l’éventuel cessez-​​le-​​feu avec Israël. « Soudain, la priorité est devenue la libé­ration de Gilad Shalit. Je ne le com­prends pas », a déclaré le négo­ciateur israélien Amos Gilad, qui a effectué huit allers-​​retours au Caire en moins de deux mois. Pour s’en être offusqué publi­quement, il s’est vu rappelé à l’ordre. Olmert a décidé de rem­placer son négo­ciateur dans les pour­parlers par un autre émis­saire, à ce jour inconnu. Il veut appa­remment quitter ses fonc­tions par quelque chose qui honore son mandat tacheté par des affaires de corruption.

Les problèmes entre Palestiniens

Loin de cette cuisine inté­rieure israé­lienne, c’est une question de détenus et de pri­son­niers qui gâche aussi une récon­ci­liation inter­pa­les­ti­nienne. En novembre dernier, les fac­tions devaient se retrouver au Caire pour clore ce dossier de dif­fé­rends mais encore cette ren­contre a été annulée à la der­nière minute, car sim­plement la libé­ration des détenus n’a pas eu lieu comme une mesure de bonne intention préa­lable au dialogue.

En pré­vision de la nou­velle ren­contre, le mou­vement Hamas a indiqué que la libé­ration de ses par­tisans, détenus par le mou­vement rival Fatah, est une nécessité vitale pour la réussite des négo­cia­tions sur une récon­ci­liation nationale.

« La libé­ration des pri­son­niers des geôles des forces de sécurité pales­ti­niennes est une étape néces­saire pour la tenue du dia­logue », a indiqué le Hamas dans un com­mu­niqué. Le Hamas affirme que les forces de l’Autorité nationale pales­ti­nienne détiennent des cen­taines de ses sym­pa­thi­sants et mili­tants pour des raisons poli­tiques en Cis­jor­danie. Une mesure qui a suivi la prise du pouvoir par le Hamas des ins­ti­tu­tions de la sécurité dans la Bande de Gaza en 2007.« Le pré­sident Abbass a formé une com­mission de sécurité pour étudier les cas des pri­son­niers poli­tiques en Cis­jor­danie et fermera rapi­dement la question », a indiqué Azzam Al-​​Ahmad, chef du bloc par­le­men­taire du Fatah.

Il a aussi déclaré que cer­tains pri­son­niers du Hamas seraient libérés avant le lan­cement du dia­logue, en réaction à la décision du Hamas de lever l’assignation à rési­dence imposée sur cer­tains diri­geants du Fatah à Gaza. En effet, 80 membres du mou­vement de la résis­tance isla­mique ont quitté les prisons mardi sur décision de l’autorité palestinienne.

Une inconnue difficile à dissiper

L’atmosphère est-​​elle favo­rable au dia­logue ? Il y a deux semaines, les deux fac­tions rivales s’étaient retrouvées en tête à tête au Caire pour la pre­mière fois depuis leur dif­férend. Le pré­sident pales­tinien a dépêché au Caire deux hommes forts du Fatah, Nabil Chaath et Ahmad Qorei, en moins de 24 heures, après un appel de l’Egypte qui recevait une délé­gation du Hamas dirigé par le numéro deux du bureau poli­tique, Moussa Abou-​​Marzouq. Une ren­contre de cour­toisie, mais qui devrait ouvrir la porte à la for­mation d’un gou­ver­nement d’union. C’est d’ailleurs le sujet majeur au menu des dis­cus­sions du Caire.

Comment sera-​​t-​​il formé ? Sera-​​t-​​il dirigé par Ismaïl Fayyad, actuel chef du gou­ver­nement du Fatah, ou par le Hamas qui a obtenu la majorité par­le­men­taire ? Qui détiendra le por­te­feuille de la sécurité, à l’origine de tous les maux inter­pa­les­ti­niens. Parce qu’il fau­drait bien un gou­ver­nement en prélude de la tenue des élec­tions pré­si­den­tielles et légis­la­tives. Le pré­sident Abbass est un chef d’Etat hors mandat depuis le 9 janvier dernier. Selon Azzam Al-​​Ahmad, cinq com­mis­sions seront mises en place pour traiter de ces prin­cipaux points de désaccord entre le Fatah et le Hamas. La récon­ci­liation, le gou­ver­nement d’union, les élec­tions, les ser­vices de sécurité et la restruc­tu­ration de l’OLP. Des dos­siers des plus chauds mais à quel point chaque partie serait prête à des concessions ?

La popularité d’Abou Mazen en question

Un accord Fatah-​​Hamas semble plus dif­ficile à obtenir qu’une trêve palestino-​​israélienne. Il y a intérêt à le décrocher. Le Hamas qui vient de sortir d’une guerre farouche avec les Israé­liens se voit obligé de donner à la popu­lation de Gaza une lueur d’espoir, un souffle nouveau qui dit que demain n’est pas aussi noir comme ces longues nuits de décembre et janvier, vécues sous les bom­bar­de­ments israéliens.

Le Fatah n’en est pas moins dans une situation cri­tique qui touche d’emblée son sort. Selon un sondage organisé par le centre Al-​​Qods à Ramallah, dirigé par l’ancien ministre du Fatah Ghassan Al-​​Khatib, la popu­larité du Hamas est en hausse. En cas de nou­velles élec­tions, le taux des per­sonnes qui voteront pour le Hamas est passé de 19 % à 28,6 %. Ceux qui voteront pour le Fatah sont passés à 27,9 % au lieu de 34 %. En Cis­jor­danie, la confiance en le premier ministre sortant du Hamas Ismaïl Haniyeh est de 18,5 %, dépassant le pré­sident Mahmoud Abbass, qui n’obtient dans son propre fief que 13,4 %.

En Israël, on dit que le cabinet minis­tériel envi­sagera la libé­ration de Marwan Bar­gouthi, ancien leader des Tanzim, figure emblé­ma­tique du Fatah. Une hypo­thèse qui a resurgi depuis la fin de la guerre de Gaza. Un « cadeau » à l’adresse de Mahmoud Abbass pour contre­carrer le Hamas en cas de scrutin. Du fond de la prison de Hadarim, Bar­gouthi reste le res­pon­sable pales­tinien le plus popu­laire, en Cis­jor­danie en particulier.

Le Caire est ainsi dans une course contre le temps. Il sou­haite marquer une percée dans les pour­parlers inter­pa­les­ti­niens à la veille d’une confé­rence inter­na­tionale sur la recons­truction de Gaza, le 2 mars, en vue d’impliquer la com­mu­nauté inter­na­tionale avant la for­mation du pro­chain gou­ver­nement israélien.

Les Egyp­tiens veulent surtout éviter le risque d’une sus­pension des pour­parlers qui se profile avec la for­mation d’un gou­ver­nement dirigé par Benyamin Neta­nyahu et soutenu par l’extrémiste Avigdor Lie­berman. Pendant ces trois années de pouvoir entre 1996 et 1999, Bibi avait notamment gelé le pro­cessus de paix et mul­tiplié les colonies juives en ter­ri­toires pales­ti­niens. Car, croit-​​on au Caire, avec Neta­nyahu, le pire peut arriver. Avant qu’il ne prenne les rênes déjà, la mairie israé­lienne de Jéru­salem occupée tente de déporter environ 1 500 Pales­ti­niens natifs de la ville. Elle a ordonné l’évacuation d’une cen­taine de maisons arabes du quartier Al-​​Boustan pour y construire des jardins. Méli-​​mélo, jeux d’équilibristes, une union pales­ti­nienne à laquelle on croit peu va quand même désar­çonner le cavalier israélien.

[1] voir sur l’orient le Jour :

Le dialogue Fateh-​​​​Hamas miné par des tensions grandissantes

Proche-​​​​Orient Les négo­cia­tions inter­pa­les­ti­niennes doivent se tenir au Caire en pré­sence de toutes les factions.

Les délé­ga­tions du Hamas et du Fateh doivent se réunir au Caire ce soir avant la tenue demain de la confé­rence de dia­logue par­rainée par l’Égypte, à laquelle doivent prendre part toutes les fac­tions, ont indiqué à l’AFP des sources pales­ti­niennes. La délé­gation du Hamas sera pré­sidée par Moussa Abou Marzouk, n° 2 du bureau poli­tique qui vit en exil à Damas, et com­posée de cinq res­pon­sables du mou­vement dont Mahmoud Zahar. Celle du Fateh est également formée de cinq per­sonnes et elle est pré­sidée par Ahmad Qoreï (membre du comité central du mou­vement), ont indiqué des sources du Fateh à l’AFP. Les deux délé­ga­tions vont tenter aujourd’hui de « lever les entraves à un dia­logue, notamment à propos du dossier des détenus poli­tiques et des cam­pagnes média­tiques, pour garantir le succès du dia­logue », a déclaré mardi à l’AFP Fawzi Barhoum, porte-​​​​parole du Hamas à Gaza.

Le dia­logue inter­pa­les­tinien, censé mettre fin aux divi­sions entre les mou­ve­ments Fateh et Hamas, fait partie du plan qu’avait proposé l’Égypte pour mettre fin à la guerre de Gaza (27 décembre-​​​​18 janvier). Une pre­mière ten­tative de l’Égypte d’organiser une confé­rence de dia­logue entre les deux parties en novembre avait échoué après la décision du Hamas de la boy­cotter pour pro­tester contre les « déten­tions poli­tiques » de ses membres en Cis­jor­danie. Le Hamas et le Fateh sont en conflit ouvert depuis que les isla­mistes ont délogé par la force l’Autorité pales­ti­nienne du pré­sident Mahmoud Abbas et ses fidèles du Fateh de la bande de Gaza, en juin 2007.

Si la tenue de la confé­rence cette semaine semble acquise, son succès ne l’est pas pour autant, les ten­sions s’exacerbant. Le Hamas a accusé lundi l’Autorité pales­ti­nienne d’avoir espionné ses acti­vistes au profit d’Israël pendant la guerre à Gaza. Ces décla­ra­tions ont été aus­sitôt condamnées par un proche col­la­bo­rateur de M. Abbas, Yasser Abed Rabbo : « Il s’agit d’un plan mené par la direction du Hamas à Damas pour repousser le dia­logue du Caire. »

Le mou­vement isla­miste exige également la libé­ration de détenus aux mains du Fateh. « Le Hamas veut le succès du dia­logue, mais il faut pour cela pré­parer le terrain et assurer un climat propice, notamment en libérant les détenus (du Hamas) en Cis­jor­danie et la fin des cam­pagnes média­tiques », a dit à l’AFP un res­pon­sable du Hamas à Gaza, Ismaïl Radwan. Nabil Chaath, membre de la délé­gation du Fateh, a quant à lui affirmé à l’AFP : « Nous sommes convenus avec le Hamas d’une formule qui per­met­trait le règlement pro­gressif de la question des détenus. » « Plu­sieurs détenus ont déjà été relâchés », a-​​​​t-​​​​il ajouté.

Cinq com­mis­sions doivent être mises en place pour traiter des prin­cipaux points de désac­cords entre le Fateh et le Hamas, notamment la réforme de l’Organisation de libé­ration de la Palestine (OLP) et des ser­vices de sécurité ainsi que la for­mation d’un gou­ver­nement d’entente nationale et les détenus. Les com­mis­sions devraient entamer leurs réunions au Caire la pre­mière semaine de mars. Un échec du dia­logue pourrait retarder le pro­cessus de recons­truction de Gaza, l’argent de la recons­truction devant être géré par l’Autorité pales­ti­nienne ou un gou­ver­nement d’union nationale.

Hier, M. Abbas a insisté pour qu’un nouveau gou­ver­nement pales­tinien, issu d’une récon­ci­liation éven­tuelle entre le Fateh et le Hamas, devrait res­pecter les accords signés par l’OLP. « Quand un gou­ver­nement arrive, il res­pecte, honore et accepte les obli­ga­tions des gou­ver­ne­ments pré­cé­dents », a sou­ligné M. Abbas. http://​www​.lorient​lejour​.com/​a​r​t​icle/609814/​Le_​dialogue_​Fateh-​​Hamas_​min%C3%A9_par_des_tensions_grandissantes.html