Deux villages bédouins menacés de destruction

La Cour suprême israélienne a ordonné la destruction de deux villages bédouins du Néguev, où résident 1500 habitants, pour construire une colonie juive.

Françoise Germain-Robin, L’Humanité, mercredi 27 janvier 2016

Le 17 janvier la Cour suprême d'Israël a donné un avis favorable au projet du gouvernement : détruire Umm al Hiran (photo) et Atir et en chasser les 1500 habitants pour faire place à la construction d'une ville juive par une organisation religieuse. Photo : Mehamen Kahana/AFP

« Il faut agir de toute urgence pour sauver Umm al Hiran et Atir », c’est le cri d’alarme lancé samedi au Sénat par le député arabe israélien Basel Ghattaz à l’issue d’une rencontre [1] consacrée à la situation des Palestiniens d’Israël. La situation de ces deux villages du Néguev, menacés depuis des années, s’est aggravée le 17 janvier quand la Cour suprême d’Israël a donné un avis favorable au projet du gouvernement israélien : les détruire et en chasser les 1500 habitants pour faire place à la construction d’une ville juive par une organisation religieuse, qui a de nombreux projets de part et d’autre de la « ligne verte » qui sépare en théorie Israël des territoires occupés.

Pour Gadi Algazi, professeur à l’Université de Tel Aviv et militant pacifiste, ce projet n’est rien d’autre que la poursuite de la colonisation pour Israël et de la Nakba pour les Palestiniens : « c’est une tragédie historique pour les Bédouins déjà chassés deux fois dans les années 1950 », explique-t-il, rappelant que 80% des tribus bédouines qui occupaient le Neguev ou y nomadisaient ont été poussés au départ dans les années qui ont suivi la création d’Israël en 1948.

Ceux qui restent ne parviennent pas à faire reconnaître leurs droits sur ces terres pour lesquelles ils avaient pourtant des titres de propriété ou d’usage reconnus du temps du mandat britannique.

Pour Martine Millet, de l’Association Neguev Coexistence, « les Bédouins sont un corps étranger pour Israël qui les traite comme tels. Son plan est de les regrouper dans des villes déjà surpeuplées et délabrés et de détruire tous les villages. Umm al Hiran et Atir font partie des villages non reconnus et dépourvus de toute infrastructure. L’exemple emblématique est celui d’Al Arabi qui a été détruit quatre-vingt treize fois depuis 1948 et à chaque fois reconstruit par ses habitants ! »

Autre question abordée, la nouvelle stratégie du gouvernement Netanyahu pour tenter de diviser les Palestiniens d’Israël qui, en s’unissant pour les dernières élections législatives, ont obtenu treize sièges de députés à la Knesset. Cela participe, a expliqué l’historienne Martine Sevegrand, « des avantages promis à ceux qui acceptent de servir dans l’armée à la création de catégories spécifiques parmi les chrétiens – qui représentent 7% de la population – en créant par décret une « nationalité araméenne » qui pourrait concerner 20 000 personnes ». Diviser pour régner, la recette n’est pas nouvelle.

[1Il s’agissait d’un colloque organisé par le Comité de vigilance pour une paix réelle au Proche Orient (VPRO) auquel participaient, outre les personnes citées ici, l’ancien ambassadeur Didier Destremeau, le père Faouzi Khoury, Jean Guy Greisalmer de l’UJFP, les journalistes Dominique Vidal et Agnès Levallois, sous la présidence de Maitre Maurice Buttin