Deux mandats d’échecs

Morsi Attalla, vendredi 29 février 2008

Je ne crois pas que j’exagérerais ou que je trai­terais injus­tement l’actuelle Admi­nis­tration amé­ri­caine en affirmant que la poli­tique étrangère au cours des deux mandats de Bush a mis l’opinion mon­diale et arabe dans un grand désarroi. La situation actuelle est aux anti­podes des pro­messes que Bush avait faites lors de son accession au pouvoir, il y a plus de 7 ans !

Je ne crois pas non plus exa­gérer en affirmant que nul n’aurait cru ne serait-​​ce qu’une seconde que cette Admi­nis­tration com­met­trait une telle quantité d’erreurs. Même s’il faut admettre que l’emprise des néo-​​conservateurs sur les cercles déci­sion­naires amé­ri­cains est énorme. Ce qui a pro­voqué des crises impor­tantes à l’échelle mon­diale, et laissé des séquelles sur la répu­tation des Etats-​​Unis.

Tout ceci, bien entendu, sans rentrer dans les détails du jeu de pouvoir et des huis clos déci­sion­naires dans un pays comme les Etats-​​Unis. Par ailleurs, durant ces sept années de mandat, ce qui trans­paraît de la poli­tique étrangère amé­ri­caine n’est qu’échec et tré­bu­chement, que ce soit dans son projet de former un grand Moyen-​​Orient, ou en Afgha­nistan et en Iraq. Ces échecs répétés reviennent en premier lieu à l’incapacité des Etats-​​Unis de com­prendre l’Histoire, les racines civi­li­sa­tion­nelles et la structure sociale des autres peuples.

Sans cette com­pré­hension des carac­tères et des croyances d’autrui, les pre­neurs de décision à Washington ont cru que seule la force était capable de tout trancher et d’imposer une réalité que seuls eux désirent et veulent imposer. Ils ont tenté d’un autre côté de couvrir l’imprudence et l’impulsion mili­taire par des pos­tulats média­tiques trom­peurs, en affirmant que l’Amérique était mieux avertie sur les intérêts des peuples que leurs propres gouverneurs.

Il n’était donc pas étrange dans un tel contexte que la situation se retourne contre elle. Les guerres absurdes qu’elle a menées au nom des exi­gences et des devoirs de la sécurité nationale amé­ri­caine sont devenues un lourd fardeau pesant sur la sécurité, l’économie et la conscience amé­ri­caine. La plus grande victime des années du mandat de Bush qui était carac­té­risée par une arro­gance mili­taire accom­pagnée d’une igno­rance poli­tique est notre nation arabo-​​musulmane. C’est cette igno­rance et cette arro­gance qui ont engendré l’imprudence et l’impulsion amé­ri­caines entraînant ces fausses guerres contre de faux adver­saires. Les Etats-​​Unis évitaient de s’engager dans des guerres régu­lières, sauf en cas de besoin quel que soit le degré de pro­vo­cation dont ils avaient fait l’objet. Aujourd’hui nous voyons une Amé­rique, sous l’emprise des néo-​​conservateurs qui abusent sans réfléchir du recours aux frappes pré­ven­tives sans raison valable. Une Amé­rique qui autorise le droit d’intervention directe, sans mesurer les conséquences.

Contrai­rement aux espé­rances de Bush qui a tenté au cours de sa der­nière tournée au Moyen-​​Orient de mobi­liser les pays de la région, et surtout du Golfe pour former une coa­lition à même d’étouffer l’Iran, ces der­niers ont élargi leurs tran­sac­tions avec Téhéran. Ce rap­pro­chement a eu lieu sans aucune contes­tation des Etats-​​Unis qui, selon toute vrai­sem­blance, s’apprêtaient à conclure un marché poli­tique avec l’Iran au détriment des pays de la région. Un marché qui pourrait influencer le Hez­bollah au Liban, le règlement poli­tique de la cause pales­ti­nienne, l’entente autour du dossier nucléaire iranien et l’accalmie en Iraq.

Selon les ana­lyses, le recul relatif dans la position amé­ri­caine vis-​​à-​​vis de l’Iran n’est qu’un nouveau calcul mis sur le devant de la scène à cause de la pro­ba­bilité que le can­didat démo­crate Obama accède au siège pré­si­dentiel. Une nou­velle situation va s’imposer à la lumière de laquelle de nou­velles voies seront alors acces­sibles avec Téhéran. Il est incon­tes­table dans ce même ordre d’idées que l’échec amé­ricain en Iraq et en Afgha­nistan et le tré­bu­chement des efforts consistant à trouver un règlement poli­tique à la cause pales­ti­nienne ont calmé l’arrogance ainsi que l’ignorance amé­ri­caine au niveau du dossier iranien malgré l’acuité des pres­sions israé­liennes dans ce sens.

En portant mon regard sur les pré­si­den­tielles amé­ri­caines, point de mire du monde entier, je remarque qu’à l’exception de John MacCain, tous les acteurs dans cette course ont ten­dance à afficher leur oppo­sition à l’invasion de l’Iraq, bien qu’ils tentent tous de satis­faire le lobby juif. Soit en évitant de cri­tiquer Israël et ses pra­tiques hos­tiles à la légi­timité et au droit inter­na­tional, comme le fait Obama, ou en affi­chant avec excès l’appui mani­feste à Israël comme le font John MacCain et Hillary Clinton. J’aimerais pour finir m’interroger sur les voix arabes et musul­manes qui sont au nombre de 4 mil­lions épar­pillées dans les 52 Etats américains.