Desmond Tutu lance un appel pour mettre fin au blocus de Gaza

Rory McCarthy, mardi 3 juin 2008

Desmond Tutu, Nobel de la Paix sud-​​africain, a appelé hier à mettre fin à "l’abominable" blocus israélien de Gaza et a condamné la "culture de l’impunité" dans les deux camps de ce conflit.

Tutu, envoyé par l’UNHCR, était à Gaza pour une mission de trois jours afin d’enquêter sur la mort de 18 Pales­ti­niens de la même famille, qui ont été tués par une pluie d’obus israé­liens tirés sur Beit Hanoun en novembre 2006. Tutu a dit qu’il était en "état de choc" après avoir vu Gaza et recueilli les témoi­gnages détaillés des sur­vi­vants de cet incident.

"Cet endroit angoissant est morne, désolé et aban­donné", a-​​t-​​il déclaré. "La situation entière est abo­mi­nable. Nous pensons que les citoyens israé­liens ordi­naires ne sup­por­te­raient ce blocus, ce siège, s’ils savaient que ce cela signi­fiait vraiment pour les gens ordi­naires comme eux". La com­mu­nauté inter­na­tionale est aussi fautive, a-​​t-​​il dit, pour son "silence et sa complicité".

Tutu a dit qu’il avait voulu se rendre aussi en Israël avec son équipe, pour entendre le compte-​​rendu israélien sur ce qu’il s’est passé et pour visiter la ville de Sdérot, qui est la cible fré­quente d’attaques à la roquette de la part des par­tisans à Gaza. Tou­tefois, au cours des 18 der­niers mois, depuis les morts de Beit Hanoun, Israël n’a pas accordé de visa à Tutu. Il a pu se rendre à Gaza cette semaine en tra­versant excep­tion­nel­lement la fron­tière depuis l’Egypte.

L’archevêque et militant anti-​​apartheid a déclaré que la paix entre Israël et les Pales­ti­niens ne vien­drait qu’en rendant des comptes sur les inci­dents tels que celui du pilonnage de Beit Hanoun et avec un dia­logue entre les parties.

"Il ne peut y avoir aucune justice, aucune paix, aucune sta­bilité, ni pour Israël, ni pour les Pales­ti­niens, sans rendre de compte sur ces vio­la­tions des droits de l’homme", a-​​t-​​il déclaré. "Israël a admis avoir commis une erreur, mais nous sommes loin d’une prise de res­pon­sa­bilité et d’une répa­ration en bonne et due forme pour les vic­times et leurs familles".

L’armée d’Israël a dit que le pilonnage de Beit Hanoun avait été une erreur et la consé­quence d’une "défaillance rare et grave du système de contrôle de mise à feu de l’artillerie" qui a créé une "télé­métrie incor­recte". Elle a dit qu’aucune action judi­ciaire ne serait entre­prise contre quelque officier que ce soit.

Cependant, la raison pour laquelle cette arme d’artillerie a été dirigée sur une cible si proche d’un quartier rési­dentiel de Beit Hanoun n’est pas claire, ni pourquoi les obus ont continué d’être tirés après que le premier d’entre eux a touché cette maison. Ce matin-​​là, au moins six obus ont été tirés en l’espace de quelques minutes, bien que cer­tains témoins aient dit à l’équipe de Tutu qu’une bonne quin­zaine d’obus avaient été tirés.

Christine Chinkin, pro­fes­seure de droit inter­na­tional à la London School of Eco­nomics, qui faisait le voyage dans l’équipe de Desmond Tutu, a dit que son évaluation pré­li­mi­naire était que cet incident est quand même une vio­lation de la loi inter­na­tionale. "Tirer de façon à ne pas pouvoir dis­tinguer entre les civils et les com­bat­tants est clai­rement une vio­lation de la loi huma­ni­taire inter­na­tionale", a-​​t-​​elle déclaré. "Je ne pense pas que l’idée d’une erreur tech­nique sup­prime la res­pon­sa­bilité ini­tiale de cette action, consistant à tirer là où des vic­times civiles sont clai­rement à prévoir … lorsque l’on s’accorde une si petite marge, il est pré­vi­sible que la moindre erreur a le potentiel de faire des vic­times civiles".

Mardi, Desmond Tutu a ren­contré l’ancien Premier ministre pales­tinien Ismail Haniyeh et il lui a dit que, même s’il était opposé à l’occupation israé­lienne, il condamnait les tirs de roquettes par les par­tisans à Gaza. Tutu a dit qu’il devrait y avoir plus de dia­logue avec le Hamas.

"La véri­table sécurité et la paix ne vien­dront du barillet d’une arme à feu", a-​​t-​​il dit. "Elles arri­veront par la négo­ciation : pas la négo­ciation avec vos amis, la paix ne peut venir que lorsque les ennemis se mettent autour de la table et se parlent. Cela s’est produit en Afrique du Sud. Cela s’est produit plus récemment en Irlande du Nord. Cela arrivera aussi ici."