Désavoué par Sarkozy, Kouchner est en plein désert

Anne Laffeter, vendredi 5 mars 2010

Opinion :
Court-​​circuité par l’Elysée, embourbé dans les dos­siers pales­ti­niens ou algé­riens, Bernard Kouchner est de plus en plus à l’étroit dans son costume de ministre des Affaires étrangères.

A quoi sert Bernard Kouchner ? Plus que discret pendant ces der­niers mois, le ministre des Affaires étran­gères a fait son retour avec Haïti. L’humanitaire, il sait faire. Pour le reste, tout passe par l’Elysée. L’homme ne semble plus aussi proche de Sarkozy : il est loin le temps où Bernard Kouchner joggait à ses côtés dans les rues de New York, arborant un T-​​shirt « Gare au gorille ».

Lorsque l’hôte du Quai d’Orsay fait entendre sa voix sur des dos­siers tels que l’Algérie et le conflit israélo-​​palestinien, il est désavoué. Jusqu’à quel point va-​​t-​​il devoir incarner un ministre pré­texte, comme c’est le cas pour Rama Yade ? Kouchner, un simple rôle d’apparat

Bernard Kouchner n’a jamais caché son atta­chement au pres­ti­gieux poste de ministre des Affaires étran­gères. Va-​​t-​​on lui demander de partir ? C’est ce que pense Jean-​​Christophe Cam­ba­délis, secré­taire national PS chargé des ques­tions internationales :

« Il n’a pas échappé à Kouchner qu’il y aura un rema­niement minis­tériel après les régio­nales. Il essaie de revenir au French doctor qu’il fut. »

Mais l’homme sert Sarkozy. Plus grosse prise de la pre­mière vague d’ouverture, la marque Kouchner reste encore très popu­laire dans l’opinion. C’est sa popu­larité qui l’a fait pré­férer en 2007 au sérieux Hubert Védrine. Mais sa cote s’étiole len­tement depuis 2009, tout comme ses marges de manœuvre. Kouchner est can­tonné dans un rôle d’apparat.

« Il a énervé Sarkozy au cours des der­niers mois, leur grand amour a péri­clité », com­mente Didier Billion, chargé de mission à l’Institut de rela­tions inter­na­tio­nales et stra­té­giques, spé­cia­liste du Moyen-​​Orient.

Sur le plan inter­na­tional, c’est Sarko la star, pas Kouchner. C’est le chef de l’Etat qui pose aux côtés de l’otage Pierre Camatte après sa libé­ration au Mali. Cam­ba­délis ironise :

« Il restait à Bernard Kouchner le magistère du verbe, mais comme celui-​​ci est mono­polisé par Sarkozy, il ne lui reste pas grand-​​chose. »

Porteur d’un « slogan désincarné opportuniste »

Le 21 février dernier, le Pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas est reçu en France par Sarkozy. La veille, Bernard Kouchner appelle dans la presse à la création d’un Etat pales­tinien avant la fin du pro­cessus de négo­ciation. Le chef de l’Etat ignore sa pro­po­sition et François Fillon le désavoue depuis la Jor­danie. Didier Billion :

« Kouchner a voulu exister mais il est porteur d’un slogan dés­in­carné oppor­tu­niste, lui qui n’a jamais été d’une grande activité sur ce dossier. Tout le monde dit qu’il faut un Etat pales­tinien. Mais avant sa pro­cla­mation, il y a deux ou trois choses à régler. »

Comme la question des frontières, des réfugiés et des colonies.(…)