Des soldats ont tiré sur un Palestinien qui blâmait leur comportement

Amira Hass, mercredi 22 novembre 2006

Haytam Yassin a fait remarquer à un soldat qu’il ne pouvait pas obliger des femmes à se palper elles-​​mêmes pour un contrôle de sécurité. En réponse, on lui a tiré dessus ; il est hos­pi­talisé dans un état grave.

Témoignage :

Un Pales­tinien a été hos­pi­talisé dans un état grave à l’hôpital « Bei­linson » de Petah Tikvah après que des soldats d’un barrage près de Naplouse aient ouvert le feu sur lui, aux dires de témoins visuels, parce qu’il pro­testait contre leur com­por­tement à l’égard de femmes qui pas­saient par là. Le Pales­tinien, Haytam Yassin, âgé de 25 ans, du village d’Assira A-​​Shmaliya situé au nord de Naplouse, est dans le coma et sous res­pi­ration arti­fi­cielle depuis l’incident qui s’est produit le 4 novembre. Du côté de l’armée israé­lienne, on fait savoir que « le cas dont il s’agit fait l’objet d’une enquête au niveau du régiment ».

Yassin, qui vit avec ses parents en Algérie, est venu en visite dans son village natal, il y a quelques mois. L’après-midi du 4 novembre, il a pris le taxi au départ de Naplouse pour rentrer chez lui à Assira A-​​Shmaliya. Entre Naplouse et le village, se trouve un barrage mili­taire où l’on n’autorise le passage qu’à des véhi­cules avec auto­ri­sa­tions spé­ciales ainsi qu’aux habi­tants de cinq vil­lages du nord de Naplouse, dont Assira A-​​Shmaliya. Le passage est interdit aux Pales­ti­niens des autres régions, y compris de Naplouse.

Les voya­geurs qui étaient avec Yassin dans le taxi col­lectif ont raconté à l’enquêtrice de l’organisation « B’Tselem » que lorsque le taxi est arrivé au barrage, trois ou quatre autres taxis se trou­vaient devant eux et que leur tour pour l’inspection est arrivé après environ une heure d’attente. Le chauffeur du taxi a ras­semblé les cartes d’identité de ses voya­geurs - quatre hommes et cinq femmes-​​ et les a remises aux soldats, pour contrôle. Ensuite, confor­mément aux consignes des bar­rages de l’armée israé­lienne, les cinq voya­geuses sont des­cendues du taxi. D’après les témoi­gnages transmis à « B’Tselem », un des soldats leur a ordonné de se palper la poi­trine et le ventre, en guise de fouille cor­po­relle, mais plu­sieurs d’entre elles ou toutes ont refusé. D’après l’un des témoi­gnages, le soldat a renoncé et s’est contenté de contrôler leurs sacs, mais selon d’autres témoi­gnages, il aurait injurié les femmes et crié sur elles.

Après les femmes, ce fut le tour des quatre hommes de des­cendre du taxi. Ils étaient à quatre mètres des soldats et Yassin, qui était le premier à se pré­senter au contrôle, s’est approché jusqu’à deux mètres des soldats. Un des soldats lui a ordonné de relever ses vête­ments du dessus, ce qu’il a fait tout en conti­nuant à avancer un peu vers le soldat. Alors, aux dires d’un des témoins ocu­laires, Yassin a demandé au soldat, en anglais, pourquoi il ordonnait aux femmes de se tâter. Selon un autre témoi­gnage, il aurait dit au soldat qu’il ne pouvait pas ordonner aux femmes de se tâter.

Selon les témoi­gnages, le soldat n’aurait pas répondu à Yassin mais lui aurait crié dessus et l’aurait poussé, cependant que Yassin conti­nuait à parler. Un des témoins affirme avoir entendu Yassin dire au soldat : « Ne me frappe pas ». D’après les témoi­gnages, le soldat l’a de nouveau poussé et Yassin a poussé le soldat en retour. Le soldat a réagi par des cris et des injures, il a frappé Yassin avec la main et a pointé son arme vers lui.

A ce stade-​​là, ont déclaré les témoins ocu­laires, deux autres soldats étaient arrivés sur les lieux et s’étaient mis à fouiller le taxi. Eux aussi, d’après les témoi­gnages, ont armé leurs fusils et les ont pointés sur Yassin. Selon un des témoi­gnages, Yassin aurait repoussé les soldats alors que ceux-​​ci ten­taient de se saisir de lui, et ils l’ont alors frappé. Selon ce témoi­gnage, un des soldats aurait tiré plu­sieurs coups de feu en l’air puis vers le sol. Selon un autre témoi­gnage, un soldat aurait tiré en l’air tandis que le deuxième tirait ensuite vers le sol, et le troi­sième pointait son fusil vers les trois autres voya­geurs mas­culins. Selon un témoi­gnage, un des soldats aurait crié en hébreu « Arrête, mains en l’air ». Mais Yassin (qui ne parle pas l’hébreu) a avancé et c’est alors que les soldats ont tiré sur lui et que Yassin s’est effondré sur le sol.

Aux dires des témoins ocu­laires, après les tirs, les soldats se sont saisis de Yassin et l’ont jeté, visage vers le bas, sur un bloc en béton placé au barrage, et lui ont attaché les mains avec des menottes en plas­tique. Aux dires des trois hommes qui voya­geaient dans le taxi avec Yassin, les soldats l’auraient frappé au dos et à la tête, avec la main et avec la crosse de leurs fusils, et ils lui auraient donné des coups de pieds, y compris à la tête. Les témoins estiment que les coups se sont pour­suivis durant cinq minutes environ.

Après une dizaine de minutes, une ambu­lance pales­ti­nienne est arrivée sur place, appelée par un des témoins de l’incident, mais les soldats ont empêché l’équipe médicale de s’approcher de Yassin et de lui dis­penser des soins. Après un certain temps, est arrivée au barrage une ambu­lance israé­lienne - les témoins n’ont pas signalé s’il s’agissait d’une ambu­lance mili­taire ou civile - qui a trans­porté Yassin jusqu’à « Bei­linson ». Plu­sieurs offi­ciers de l’armée israé­lienne sont arrivés sur les lieux pour inter­roger les témoins à propos de l’incident.

Les médecins de « Bei­linson » ont fait savoir à Mouayd Kebaha, l’avocat repré­sentant la famille de Yassin (et qui a reçu d’elle l’accord de renoncer au secret médical), qu’il a été touché au ventre et qu’il a subi deux opé­ra­tions visant à en drainer le sang et à suturer les déchi­rures intes­ti­nales. Yassin a aussi été atteint au bassin et il est soigné pour une infection causée par une fuite uri­naire à l’intérieure de la cavité abdo­minale. Kebaha a rendu plu­sieurs fois visite à Yassin et a dit à « Haaretz » qu’il attendait de recevoir le détail des données médi­cales qui mon­treront le nombre et le type de balles qui l’ont atteint.

Haaretz, 19 novembre 2006