Des nouvelles de Bili’in

AFPS, mercredi 22 février 2006

La confé­rence de Bili’in a réuni lundi et mardi 20 et 21 février 2006 près de 400 par­ti­ci­pants, mili­tants pales­ti­niens, israé­liens et inter­na­tionaux. Une tren­taine de membres de l’AFPS étaient pré­sents. Voici les nou­velles qu’ils nous transmettent.

Atelier AFPS mené à Bil’in

Lundi 20 février 2006, de 15H à 16H30 puis de 16h50 à 18H

2 ani­ma­teurs : A., coor­di­nateur du comité vil­la­geois de Bil’in et M., coor­di­nateur pales­tienien d’ISM à Biddu.

Atelier <span class="caps">AFPS</span> lors de la conférence de Bili'in - <span class="numbers">21</span>-​​<span class="numbers">02</span>-​​<span class="numbers">2006</span>

Pourquoi le choix de la non-​​violence ? avez-​​vous été influencés par Gandhi, Martin Luther King … ?

Beaucoup de lutte ont été menées, cer­taines avec des actions vio­lentes, d’autres sans vio­lence et nous avons observé qu’il y a une dif­fé­rence entre les 2. A Bil’in, nous avons opté pour la non-​​violence pour plu­sieurs raisons. En cas de vio­lences, la répression de l’armée israé­lienne est encore plus dure, l’utilisation de la vio­lence leur donne une excuse pour durcir la répression.

Une stra­tégie adaptée à notre village, car nous n’avons que 1600 habi­tants ; dans un rapport de force clas­sique, nous n’avons aucune chance. Au début de notre lutte en 2004, il y avait un espoir de paix, un appel au cessez-​​le-​​feu : notre choix était en cohé­rence avec le contexte.

Actuel­lement, la non-​​violence gagne du terrain en Palestine alors qu’elle est plutôt en recul en Israël. Pour continuer notre lutte, nous avons demandé un soutien aux paci­fistes israé­liens ; il y a eu évolution en Israël : dans la presse, il y a eu des articles dénonçant l’illégalité du Mur.

En ce qui concerne Gandhi, j’en ai entendu parler à l’école ; il m’arrive d’en parler à mes étudiants ( Abdallah est pro­fesseur d’université à Jéru­salem) mais, à Bil’in, nous ne le prenons pas en réfé­rence. Notre démarche est natu­relle : quand nous nous trouvons face aux soldats, nous leur disons que nous sommes tous des êtres humains, eux et nous, que nous ne sommes pas contre les Juifs mais que nous sommes contre ceux qui prennent et qui occupent notre terre. On nous appelle « les petits Gandhi » ; nous sommes très honorés mais cela n’a rien à voir.

A R. qui demande si cependant il n’y a rien à apprendre de Gandhi et d’autres leaders non-​​violents, Abdallah précise : nous Pales­ti­niens, nous avons une his­toire très par­ti­cu­lière ; la grève de 1936 était non-​​violente ; la 1ère intifada était non-​​violente ; la non-​​violence est une tra­dition palestinienne.

Comment s’organise votre lutte ? quelle est la place des dif­fé­rents partis politiques ?

Au-​​début, il y a eu une réunion dans le village ; on a fait appel aux volon­taires pour créer un comité vil­la­geois. Aujourd’hui, le comité se compose de 15 per­sonnes. Toutes les déci­sions sont prises à l’unanimité. Chacun laisse son étiquette poli­tique à la porte.

Quel est l’impact de la non-​​violence sur la société palestinienne ?

La non-​​violence à Bil’in ne date pas d’aujourd’hui ; dans notre village, pour régler les dif­fé­rends, nous le faisons par la dis­cussion. A l’intérieur du comité, là aussi, on règle les dif­fé­rends par la non-​​violence ; je suis le plus « vieux » et c’est souvent moi qui de fait essaye de réguler ; et surtout, il est clair pour tous que nous avons beaucoup à perdre si nous nous affrontons.

Le choix de la non-​​violence a eu pour pre­mière consé­quence au niveau de notre village de mieux res­pecter la démo­cratie ; je suis « coor­di­nateur » et non « pré­sident » ; tout le monde peut être leader.

Pour les autres vil­lages, si nous gagnons à la Cour Suprême, d’autres vil­lages s’engageront dans la lutte, comme à Bil’in. Si nous perdons, nous res­terons un modèle en Europe mais pas en Palestine !

Y-​​a-​​t-​​il eu des pro­blèmes entre Pales­ti­niens d’une part et Israé­liens et Inter­na­tionaux d’autre part ?

Dans l’ensemble, il n’y a pas eu de pro­blèmes entre nous. Nous remer­cions tout par­ti­cu­liè­rement M. qui assurent les contacts avec les Inter­na­tionaux. Il y a une for­mation pour prendre conscience d’éventuelles fric­tions entre musulmans et non-​​musulmans, entre hommes et femmes…

Il y a eu quelques pro­blèmes pour cer­taines tenues ; les choses ont été dites ; en fait, le respect mutuel existe.

Par contre, il y a eu une méfiance de la part de la popu­lation pales­ti­nienne des autres vil­lages quant à la venue des Israé­liens ? « Pourquoi des Israé­liens à Bil’in ? ce sont des soldats ! ».

Réponse : ils nous aident, ils sont de notre côté. La méfiance a été tota­lement levée après une action par­ti­cu­lière : une nuit, l’armée est venue arrêter 20 vil­la­geois ; les nuits sui­vantes, des Inter­na­tionaux et des Israé­liens sont venus dormir chez un certain nombre d’habitants. L’armée n’effectue pas d’arrestation dans ces condi­tions à cause des caméras. Depuis, nous formons une seule famille ; on fait des fêtes ensemble, on chante, on danse.

Comment s’effectue les contacts entre vous, les Inter­na­tionaux et les Israéliens ?

Il y a 1 coor­di­nateur à Bil’in, 1 à ISM et 1 chez les Israé­liens. Les contacts sont rapides.

Comment faites-​​vous pour maî­triser les mani­fes­ta­tions ? en cas de jets de pierres, que faites-​​vous ?

Avant une mani­fes­tation, il y a une for­mation par l’ISM qui aborde plu­sieurs points : les tra­di­tions des vil­lages, les armes employées par les Israé­liens, les pro­blèmes juri­diques, les contacts avec les médias ; on décide aussi de qui porte la caméra, la ban­derole, etc… Une repré­sen­tante d’Anarchistes contre le Mur inter­vient pour dire qu’ils ont une autre pré­pa­ration, sans plus de précisions.

En France, la non-​​violence sous-​​entend aucune vio­lence ; un jet de pierres est considéré comme de la vio­lence ; lors d’une agression de l’armée israé­lienne, s’il y a des jets de pierres, comment le comité réagit-​​il ?

Le comité empêche les gens d’envoyer des pierres. Mais si l’armée envoie des gaz lacry­mo­gènes ou tire avec des balles en caou­tchouc, alors tout le monde lance des pierres. Dans ce cas, on se défend ; ce n’est pas de la violence.

La non-​​violence est quelque chose de très dif­ficile à faire. Vis à vis des enfants surtout, comment leur apprendre à ne pas rendre la vio­lence qu’ils reçoivent ?

Avec les enfants, c’est très dif­ficile. La pré­sence des médias peut servir d’exutoire lorsque les repor­tages montrent la vio­lence israé­lienne. Nous leur apprenons à ne pas répondre aux pro­vo­ca­tions des soldats ou à avoir une réponse proportionnée.

Je ne le sou­haite pas mais que se passera-​​t-​​il si la Cour Suprême (israé­lienne) ne vous donne pas raison ? avez-​​vous préparé les gens à un échec ?

Au début de notre lutte, il y avait une majorité de scep­tiques ; nous nous don­nions 10% de chance de réussite ; aujourd’hui, nous estimons que nous avons de 70 à 80% de chance.

Si nous échouons, les autres vil­lages ne sui­vront pas. Si nous échouons, nous ne regret­terons rien ; nous n’avons pas le choix ; notre terre, ce n’est pas pour faire des opé­ra­tions immo­bi­lières, c’est pour faire manger nos familles, nos enfants ; nous nous battons pour nos enfants, pour leur avenir. Nous pourrons nous regarder dans les yeux.

Y-​​a-​​t-​​il d’autres villages engagés dans la non violence ? des villes ?

Il y a 2 autres vil­lages : Abud et Beit Sira ; ils sont aussi en contact avec les Israé­liens et les Inter­na­tionaux. Les récentes décla­ra­tions d’Abou Mazen vont dans ce sens. En ce qui concerne les villes, Kal­kylia, Tul­karem, Jénine ont eu des expé­riences simi­laires, mais le contexte était dif­férent : c’était en 2002, au moment de l’opération « rempart » contre les villes ; les médias ont focalisé sur ces inter­ven­tions et n’ont pas « vu » ces actions.

A la mani­fes­tation de Bil’in de ven­dredi dernier (le 17÷02÷06), il y avait beaucoup de femmes ; ce matin à la confé­rence, peu de femmes du village et une seule femme a parlé, une « inter­na­tionale ». Pourquoi ?

Ven­dredi dernier, les femmes n’avaient pas beaucoup de travail ; par contre, aujourd’hui, elles en ont beaucoup car il faut pré­parer à manger pour 400 personnes ! ! !

La der­nière partie de l’atelier a été consacrée à pro­poser des moda­lités d’action pour continuer la lutte.

L’achat par des inter­na­tionaux d’une par­celle de terres et construction d’une maison par ces nou­veaux pro­prié­taires : serait-​​ce plus dif­ficile à détruire pour les Israéliens ?

Réponse de M. : les Pales­ti­niens refusent de vendre leur terre car ils craignent tou­jours que des Israé­liens peuvent être der­rière l’opération. Par contre, on pourrait envi­sager que des Inter­na­tionaux achètent des lots d’arbres ( des oli­viers !) pour les replanter der­rière le Mur : sans doute, cela ris­querait d’avoir plus de poids devant les tri­bunaux israé­liens ; en plus cela contri­buerait à la refo­res­tation de la Palestine.

En ce qui concerne la construction, le permis dépend des Israéliens…si pas de permis, « construction illégale »…

L’extension de Modi’in illit se fait par une société « la cie Métrix », une société cana­dienne ; il fau­drait envi­sager une action contre cette société.

Les permis de construire ne dépendent pas de l’armée mais d’un autre orga­nisme de l’Etat : action contre cet organisme.

Pro­po­sition des anar­chistes contre le Mur : des Israé­liens et des Inter­na­tionaux démo­lissent une partie du Mur ; pas de Pales­ti­niens car ils risquent vraiment gros. Une bonne idée mais il faut du monde. A. sou­haite des actions qui puissent se faire en même temps à Bili’in et ailleurs dans le monde : une action chaque ven­dredi (ou samedi) avec des photos de Bili’in.

Une réunion d’organisations juives a eu lieu en Répu­blique Sud Afri­caine la veille (le 19÷02÷06) où a été décidée une action spec­ta­cu­laire dans le monde entier de soutien à Bil’in.

Affiche de la conférence de Bili'in