Des négociations crédibles pour une paix au Proche-​​Orient

Hind Khoury, déléguée générale de Palestine en France, jeudi 11 février 2010

Avec la réalité tra­gique sur le terrain, nous sommes en droit de nous demander : quelles négo­cia­tions et quelle paix ?

En janvier 2009, les Pales­ti­niens de la bande de Gaza subis­saient une attaque israé­lienne massive. Côté pales­tinien, un bilan ter­rible : 1 400 morts, 5 000 blessés, 100 000 sans abri, des civils pour la plupart. Une fois de plus, l’armée israé­lienne défiait la com­mu­nauté inter­na­tionale, per­pé­trant des crimes de guerre dénoncés dans le rapport du juge Goldstone.

Un an après, la misère s’est accrue dans la bande de Gaza, étranglée par un blocus total qui dure depuis juin 2007. Dans ce ter­ri­toire sur­peuplé d’un 1,5 million de per­sonnes, la pau­vreté touche 80 % de la popu­lation et le chômage un habitant sur deux. Une situation décrite comme explosive par tous les orga­nismes inter­na­tionaux. Tout manque à Gaza : santé, école, énergie, trans­ports, maisons, infra­struc­tures. Partout Israël a semé la déso­lation. En Cis­jor­danie occupée, Jérusalem-​​Est incluse, Israël poursuit une poli­tique d’épuration eth­nique. Chaque jour l’occupation s’approfondit et le ter­ro­risme des 500 000 colons s’aggrave. La colo­ni­sation israé­lienne avance au fur et à mesure des des­truc­tions de maisons pales­ti­niennes (24 000 depuis 1967) et des expro­pria­tions illé­gales. En 2009 seulement, 165 maisons pales­ti­niennes ont été détruites à Jérusalem-​​Est et 4 577 Pales­ti­niens ont été chassés de leur propre ville. Un Pales­tinien peut très dif­fi­ci­lement obtenir un permis de construire et, s’il séjourne tem­po­rai­rement à l’étranger, risque de perdre son droit de résidence.

Paral­lè­lement, des voix s’élèvent en Israël pour réclamer la reprise des négo­cia­tions. En effet, la recon­nais­sance par le premier ministre Neta­nyahou d’un principe de deux États, l’idée d’une paix écono­mique et les pro­messes de ren­forcer l’autorité nationale pales­ti­nienne donnent l’illusion d’une reprise des pour­parlers. Tou­tefois, avec la réalité tra­gique sur le terrain, nous sommes en droit de nous demander : quelles négo­cia­tions et quelle paix ?

Il y a vingt ans, les Pales­ti­niens ont accepté le principe de deux États, mais le pro­cessus de paix et les négo­cia­tions issus des accords d’Oslo en 1993 n’ont tou­jours pas abouti à l’établissement de l’État pales­tinien avec Jérusalem-​​Est comme capitale. En 2002, tous les pays arabes ont fait à Israël une offre de paix régionale contre le retour de tous les ter­ri­toires occupés en 1967. Cette ini­tiative de paix arabe était également adoptée par tous les pays musulmans, 57 pays en tout. Cette offre reste la seule formule pour une paix globale mais a reçu une fin de non-​​recevoir d’Israël.

Le pré­sident Mahmoud Abbas œuvre pour un retour à des négo­cia­tions poli­tiques cré­dibles, dans le respect du droit inter­na­tional. Cela exige que toutes les parties res­pectent leurs obli­ga­tions selon la « feuille de route » (réso­lution 1515 de l’ONU). Les Pales­ti­niens ont res­pecté les leurs, le monde réclame qu’Israël fasse de même en gelant la colo­ni­sation. Les négo­cia­tions doivent également reprendre là où elles se sont arrêtées avec le gou­ver­nement israélien pré­cédent, suivant un calen­drier précis et avec l’aide d’un médiateur impartial.

La paix réelle peut avancer à condition qu’Israël recon­naisse les droits légi­times du peuple pales­tinien et se pro­nonce sans ambi­guïté sur sa défi­nition d’un « État pales­tinien », sur les fron­tières qu’il entend recon­naître, sur la levée du blocus de Gaza, ou encore sur le statut final de Jérusalem-​​Est et celui des réfugiés.

Ce n’est pas exiger l’impossible mais seulement tirer les leçons d’un pro­cessus qui a duré seize années sans aboutir à la paix. Car ce n’est pas le vide des négo­cia­tions qui mène à la vio­lence, mais la vio­lence de l’occupation et la volonté de négocier de manière uni­la­térale qui mène à une illusion de paix, garan­tissant le bien-​​être des Israé­liens en per­pé­tuant l’injustice commise contre les Palestiniens.

La com­mu­nauté inter­na­tionale se trouve devant le choix suivant : la gestion d’un pro­cessus qui, ne menant nulle part, pro­longe l’occupation, ou avoir le courage poli­tique de résoudre ce conflit et garantir une paix juste et durable pour les deux peuples.