Des milliers de Palestiniens privés de permis de résidence à Jérusalem

Karim Lebhour, mercredi 6 janvier 2010

Le gou­ver­nement israélien veut limiter la pré­sence pales­ti­nienne dans la partie arabe de Jéru­salem, annexée par l’État hébreu en 1967, afin de conso­lider sa sou­ve­raineté sur la ville

JÉRUSALEM DE NOTRE CORRESPONDANT

Le gou­ver­nement israélien veut limiter la pré­sence pales­ti­nienne dans la partie arabe de Jéru­salem, annexée par l’État hébreu en 1967, afin de conso­lider sa sou­ve­raineté sur la ville

Pales­tinien, né à Jéru­salem, Karim Joubran vit à Phi­la­delphie (États-​​Unis) depuis dix ans. En arrivant à l’aéroport Ben-​​Gourion de Tel-​​Aviv pour une visite à sa famille, ce com­merçant de 41 ans s’est vu signifier la révo­cation de sa carte d’identité et son statut de résident à Jéru­salem. _​« Ils m’ont dit que j’étais amé­ricain et que je n’avais qu’à prendre un visa de tou­riste pour aller à Jéru­salem. Je ne suis pas un tou­riste ! Toute ma famille vit à Jéru­salem. C’est la ville où je suis né ! »,_​ témoigne-​​t-​​il par téléphone.

Pour les auto­rités israé­liennes, les Pales­ti­niens de Jérusalem-​​Est sont consi­dérés comme de simples rési­dents dans l’État hébreu, dont le statut est faci­lement révo­cable. Un délai de sept ans passés à l’étranger ou l’obtention de la natio­nalité d’un autre pays suf­fisent à faire perdre ce droit de résidence.

La poli­tique du ministère de l’intérieur à leur égard est sévère. L’an dernier, 4 577 Pales­ti­niens ont perdu leur droit de rési­dence à Jéru­salem. Un chiffre en forte aug­men­tation. _​« Le phé­nomène atteint des pro­por­tions effrayantes »,_​ sou­ligne Dalia Ker­stein, direc­trice du Centre Hamoked, une orga­ni­sation israé­lienne pour la défense des droits civiques. _​« Ces radia­tions ont pour but de limiter la popu­lation pales­ti­nienne et de main­tenir une majorité juive à Jérusalem,_ poursuit-​​elle. _​Ces Pales­ti­niens sont natifs de Jéru­salem, ce ne sont pas des immigrés récemment ins­tallés. »_

Le ministère de l’intérieur israélien affirme de son côté ne faire que chasser les abus. _​« L’État d’Israël continue de payer des pres­ta­tions sociales à des gens qui ne vivent plus ici. Il est tout à fait normal qu’ils ne soient plus consi­dérés comme rési­dents »,_​ a réagi l’ancien ministre israélien de l’intérieur, Meir Sheetrit, à l’origine de cette cam­pagne de révocations.

L’ampleur de cette poli­tique sou­ligne le statut pré­caire des quelque 250 000 Pales­ti­niens de Jéru­sa­lemEst. Après la guerre de 1967, Israël a conquis, puis annexé (à la dif­fé­rence du reste de la Cis­jor­danie) la partie arabe de la ville. Les habi­tants pales­ti­niens ont mas­si­vement rejeté la citoyenneté israé­lienne qui leur était offerte. Soumis à la loi du vain­queur, ils sont devenus
« rési­dents per­ma­nents »_​ de l’État d’Israël, pour les­quels s’appliquent les lois rela­tives aux immi­grants non juifs. Ils béné­fi­cient de la sécurité sociale et de la liberté de cir­culer sur le sol israélien, à la dif­fé­rence des Pales­ti­niens de Cis­jor­danie et de Gaza confinés dans leurs ter­ri­toires respectifs.

_​« Nous sommes traités comme des immigrés, en dépit du fait que c’est Israël qui s’est imposé à nous en 1967 »,_​ relève Raffoul Rofa, avocat pales­tinien de Jéru­salem, spé­cia­liste de ce dossier. Pour lui, les révo­ca­tions de droit de rési­dence font partie des mesures des­tinées à cimenter la sou­ve­raineté israé­lienne sur Jéru­salem, _​« capitale éter­nelle et indi­vi­sible »_​ de l’État hébreu. _​« Tous les ser­vices de l’État tra­vaillent dans le même sens. La muni­ci­palité de Jéru­salem interdit les construc­tions de maison pales­ti­niennes et encourage les quar­tiers de colo­ni­sation, tandis que le ministère de l’intérieur révoque les permis de rési­dence. C’est un système dont le but est de pousser les Pales­ti­niens à partir. »_

Ceux qui choi­sissent de rester à Jéru­salem, comme Rana, font face à une admi­nis­tration rétive et tatillonne. Cette mère de famille pales­ti­nienne de 35 ans a perdu son droit de rési­dence à Jéru­salem après avoir suivi son mari, un Arabe israélien, aux États-​​Unis. Le couple a désormais décidé de rentrer. _​« Je suis sur un visa de tou­risme que j’ai déjà renouvelé une fois. Nous avons annulé un voyage en Égypte, de peur que je sois refusée à la fron­tière en ren­trant »,_​ explique la jeune femme. Depuis six mois, Rana remue ciel et terre, déter­minée à recouvrer son droit de rési­dence. _​«  Je suis née à Jéru­salem, comme mon père et mon grand-​​père. Je veux avoir le droit de vivre ici. »

CEUX QUI CHOI­SISSENT DE RESTER À JÉRU­SALEM FONT FACE À UNE ADMI­NIS­TRATION RÉTIVE ET TATILLONNE.