Des milliers de Gazaouis vont au Caire se faire soigner

Irin, vendredi 2 juillet 2010

Des mil­liers de Gazaouis pro­fitent de l’ouverture de la fron­tière égyp­tienne depuis le 1er juin pour se faire soigner pour diverses maladies dans les hôpitaux du Caire, en Egypte.

« Le blocus imposé par Israël a tout dégradé à Gaza. Les gens ne peuvent pas trouver les choses les plus simples pour satis­faire leurs besoins », a dit Sayed Abu Asi, un Gazaoui de 40 ans dont le fils de six ans, Mohamed, souffre d’une mal­for­mation grave à la jambe droite.

À cause de la pénurie de matériel médical et de médi­ca­ments à Gaza, il essayait depuis des mois d’amener son fils en Égypte pour le faire soigner, mais le poste-​​frontière de Rafah était tou­jours fermé.

Au len­demain de l’opération mili­taire israé­lienne contre une flot­tille trans­portant de l’aide huma­ni­taire, le 31 mai dernier, le pré­sident égyptien, Hosni Mou­barak, a donné l’ordre d’ouvrir la fron­tière - le seul passage entre Gaza et le monde exté­rieur qui ne soit pas contrôlé par Israël (mis à part les tunnels illégaux entre Gaza et l’Égypte) - pour une durée indéterminée.

Le 1er juin, M. Abu Asi et son fils ont réussi à passer le poste-​​frontière de Rafah et le garçon est main­tenant soigné à l’institut médical Nasser, au nord du Caire, un des hôpitaux offrant des soins gra­tuits aux Palestiniens.

Selon le gou­ver­nement égyptien, quelque 16 000 Gazaouis ont jusqu’à main­tenant tra­versé la fron­tière égyp­tienne à un rythme contrôlé d’environ 500 per­sonnes par jour. Toutes les per­sonnes inter­rogées par IRIN se sont plaintes du sen­timent d’impuissance qu’elles éprou­vaient à Gaza à cause des res­tric­tions sévères aux impor­ta­tions et aux expor­ta­tions et de l’impossibilité de recons­truire les maisons et les infra­struc­tures endommagées.

« Il n’y a pas de mots pour décrire la situation à Gaza », a dit Sami Abdeen, un autre patient de l’institut médical Nasser. « Il n’y a pas de nour­riture, pas de médi­ca­ments, rien du tout. Les Israé­liens ne laissent même pas entrer du ciment dans la bande [de Gaza] pour que nous puis­sions recons­truire les maisons qu’ils ont détruites l’an dernier ».

Israël a allégé en partie le blocus écono­mique de Gaza, vieux de trois ans, en auto­risant cer­tains pro­duits huma­ni­taires aupa­ravant interdits. Les Nations Unies, les orga­ni­sa­tions huma­ni­taires et la com­mu­nauté inter­na­tionale ont cependant demandé ins­tamment à Israël de lever com­plè­tement le blocus, que le pays affirme main­tenir pour des raisons de sécurité.

Le système de santé de Gaza « n’a jamais été pire »

Dans un com­mu­niqué de presse daté du 14 juin, le Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR) a dit que l’assistance huma­ni­taire à elle seule ne suf­fisait pas pour sortir Gaza de la situation alar­mante dans laquelle elle se trouve. « Le blocus imposé à la bande de Gaza empêche toute véri­table pos­si­bilité de déve­lop­pement écono­mique. Les Gazaouis conti­nuent à lutter contre le chômage, la pau­vreté et les effets de la guerre, et le système de soins de santé est au plus mal », a indiqué le communiqué.

Selon le CICR, les stocks de four­ni­tures médi­cales essen­tielles sont au plus bas à Gaza « du fait du manque de coopé­ration entre les auto­rités pales­ti­niennes à Ramallah et Gaza ». À la fin du mois de mai 2010, 110 des 470 médi­ca­ments jugés vitaux, comme ceux des­tinés aux chi­mio­thé­rapies ou aux trai­te­ments contre l’hémophilie, étaient épuisés. Plus de 110 des 700 articles jetables qui devraient être dis­po­nibles étaient aussi en rupture de stock.

« Le système de santé de Gaza n’a jamais été pire », a dit Eileen Daly, coor­don­na­trice du CICR chargée de la santé à Gaza. « La question de la santé a pris une tournure poli­tique : c’est prin­ci­pa­lement pour cette raison que le système est défaillant. Si rien n’est entrepris, les choses ne peuvent qu’empirer. Des mil­liers de patients pour­raient être privés de trai­tement, et les pers­pec­tives à long terme sont de plus en plus préoccupantes ».

Cette situation a conduit M. Abu Asi et des mil­liers d’autres Gazaouis à se rendre en Égypte.

« La plupart de ces per­sonnes souffrent de maladies chro­niques dues aux condi­tions dif­fi­ciles dans les­quelles ils vivent à Gaza. Cer­tains ont une insuf­fi­sance rénale, d’autres ont des tumeurs can­cé­reuses, mais la majorité souffre de mal­for­ma­tions osseuses », a dit à IRIN Bahaa Abu Zeid, directeur de l’institut médical Nasser, avant d’ajouter que l’hôpital recevait 70 patients pales­ti­niens par jour.

« La triste réalité, c’est qu’une géné­ration com­plète de Gazaouis sera dépen­dante pour le reste de sa vie », a dit M. Abu Asi. « De jeunes gens ont perdu une jambe dans des attaques israé­liennes. Ils auront tou­jours besoin d’aide en vieillissant ».