Des membres du Parlement européen exhortent le Président Schulz à clarifier sa position sur l’étiquetage des produits des colonies

Des dizaines de députés ont envoyé une lettre ouverte à Martin Schulz, président du Parlement européen, exprimant leur incrédulité à la suite de ses commentaires dans la presse israélienne s’opposant aux lignes directrices de l’UE sur l’étiquetage des produits des colonies, adoptée le 11 novembre 2015.

Coordination européenne des comités et associations pour la Palestine, dimanche 14 février 2016

La lettre, présentée par l’eurodéputé Alyn Smith appelle Martin Schulz à clarifier "ces déclarations inattendues et inquiétantes"

Objet : Lignes directrices de l’UE concernant les colonies israéliennes

Monsieur le Président,

Nous vous écrivons pour exprimer notre incrédulité après vos commentaires [1] rapportés par la presse israélienne où vous prenez position contre les lignes directrices de l’UE adoptées le 11 novembre 2015, à savoir la décision de l’UE d’étiqueter "colonies israéliennes " les produits importés des colonies de peuplement israéliennes dans les territoires occupés [2].

Comme vous le savez parfaitement, le Parlement européen a exprimé sans équivoque son soutien aux lignes directrices d’étiquetage, y compris dans sa dernière résolution sur le processus de paix au Moyen-Orient [3], co-signée en septembre dernier par tous les groupes politiques. La position du Parlement européen s’est traduite dans la décision prise par la Commission européenne d’étiqueter les produits des colonies israéliennes illégales comme “colonies israéliennes“ plutôt que comme "Made in Israël ", du fait que cette dernière mention est, pour citer la décision de la Commission européenne," incorrecte et trompeuse " pour les consommateurs européens.

Par conséquent le président du Comité du commerce international Bernd Lange et le rapporteur permanent Marie Arena lui ont publiquement apporté le soutien de la Commission le 11 novembre [4] . En outre, le Conseil des Affaires étrangères de l’UE [5] du 17 novembre a salué la publication de ces lignes directrices et leur a fermement réitéré son soutien le lundi 18 janvier.

Lorsque vous avez personnellement endossé les lignes directrices de l’UE dans votre lettre du 22 décembre 2015 au Premier ministre d’Israël Benjamin Netanyahou, vous avez eu raison de lui rappeler que l’étiquetage n’affecte que 1 % du commerce total entre l’UE et Israël, que les produits des colonies ne sont même pas interdits d’entrée dans l’UE et que le commerce internationalement reconnu d’Israël n’est pas affecté. Enfin et surtout, vous avez souligné qu’elles résultaient des demandes répétée de nos citoyens et des États membres de l’UE.

Par conséquent, nous sommes très surpris d’apprendre que, lors d’une réunion publique à Berlin avec le président de la Knesset le 14 janvier, vous auriez déclaré : “Je suis opposé à l’étiquetage des produits des territoires [occupés, ndlt]. Il fera avant tout souffrir les Palestiniens, qui y gagnent honnêtement leur vie". Outre le fait que vous devriez représenter la position du Parlement, nous ne comprenons pas cette opinion nouvellement proclamée, qui serait fondée sur votre conviction que les colonies sont un avantage économique pour les Palestiniens. Nous vous rappelons que tous les syndicats palestiniens se sont fécilités des directives de l’UE, ainsi que 550 personnalités israéliennes de premier plan dont le prix Nobel israélien d’économie, Daniel Kahneman. Le coût de l’occupation israélienne pour les Palestiniens a été estimé 85% de leur PIB, et elle monopolise la majeure partie des ressources en terres et en eau de la Palestine – précisément le point que vous aviez eu le courage de soulever devant la Knesset en février 2015, en demandant “pourquoi un Israélien peut-il utiliser 70 litres d’eau par jour et un Palestinien 17 seulement" . Nous savons très bien que l’entreprise de colonisation est en grande partie responsable du taux élevé de chômage des Palestiniens et qu’elle compromet gravement la base économique de la Palestine.

À la lumière de ce qui précède, nous vous exhortons, en tant qu’observateur d’une position qui implique une représentation claire de notre institution, qui est un organisme de droit, à clarifier ces déclarations inattendues et inquiétantes. Sans doute avez-vous été mal cité ? Nous espérons que vos commentaires ont été sortis de leur contexte et nous espérons que vous allez réitérer, dans une déclaration officielle, votre appui à la directive d’étiquetage de l’UE.

S’opposer à des mesures si raisonnables et si modérés serait contre-productif à un moment où un gouvernement israélien de plus en plus autoritaire s’engage dans un plan de construction de colonies sans précédent, compromettant encore plus toute perspective de solution à deux-états.

Cordialement,

Les députés européens : Alyn Smith, Marie Arena, Martina Anderson, Ana Gomes, Reinhard Bütikofer, Barbara Lochbihler, Klaus Buchner, Mark Demesmaeker, Sirpa Pietikäinen, Javier Nart, Ivo Vajgl, Izaskun Bilbao, Afzal Khan, Nessa Childers, Judith Sargentini, Yannick Jadot, Bart Staes, Eva Joly, Heidi Hautala, Philippe Lambert, Lynn Boylan, Bodil Valero, Matt Carthy, Karima Delli, Pascal Durand, Liadh Ní Riada, Marie-Christine Vergiat.

Traduction RP pour l’AFPS.