Des femmes soldates israéliennes dénonçent les abus de Tsahal*

Serge Dumont, lundi 1er février 2010

L’ONG « Brisons le silence » publie un nouveau rapport cri­tique sur les vio­lences com­mises par les sol­datEs d’Israël.

« Dans l’armée israé­lienne, une femme doit se montrer meilleure que les hommes. Lorsqu’elle humilie un Pales­tinien, elle doit donc le faire plus fort. » Neuf mois après avoir publié la confession sans fard de soldats de Tsahal (l’armée de l’Etat hébreu) ayant par­ticipé à l’offensive de janvier 2009 dans la bande de Gaza, l’organisation non gou­ver­ne­mentale israé­lienne « Brisons le silence » vient de rendre public le témoi­gnage de cin­quante femmes sol­dates postées à dif­fé­rents bar­rages de Cis­jor­danie durant leur période d’« obligation mili­taire » (deux ans). Quelques-​​unes ont également servi à Erez, le prin­cipal point de passage avec la bande de Gaza.

Sous le couvert de l’anonymat, ces témoins racontent les mauvais trai­te­ments infligés quo­ti­dien­nement aux Pales­ti­niens désireux de franchir un barrage pour se rendre d’un point à un autre de la Cis­jor­danie, les vols d’argent ou de mar­chan­dises per­pétrés par ceux qui sont censés les contrôler, ainsi que la com­plicité ou le dés­in­térêt d’une hié­rarchie qui cherche avant tout à se couvrir.

« La pro­cédure voulait que lorsqu’on laissait un Pales­tinien qui avait eu l’autorisation de se rendre en Israël retourner dans la bande de Gaza via Erez, on l’emmenait à l’écart sous une tente et on le battait », raconte une soldate fraî­chement démo­bi­lisée. La « cor­rection » durant une ving­taine de minutes se déroulait en pré­sence des offi­ciers com­mandant l’unité et à en croire l’ONG, « les femmes n’étaient pas les der­nières à frapper ».

Tuer l’ennui

Le rapport de « Brisons le silence » fait du bruit en Israël. La radio publique lui a d’ailleurs consacré un long débat quelques heures à peine après sa publi­cation. Plu­sieurs soldats ou ex-​​soldats inter­venant à l’antenne ont accusé l’ONG de « monter en épingle des faits isolés car il est évident qu’il y a des brebis galeuses partout ». D’autres ont estimé qu’il s’agissait d’un ramassis de men­songes puisque « Tsahal est la seule armée dis­posant d’un code d’éthique ». Ce qui en fait « l’armée la plus morale du monde » a estimé le vice-​​premier ministre Elie Yshaï en pré­ambule au Conseil du cabinet de dimanche.

Mais les témoins de « Brisons le silence » ont maintenu leurs propos. L’un d’entre eux a cité le cas d’un enfant en bas âge qui avait pour habitude de narguer les soldats basés à Hébron (Cis­jor­danie) et qui leur lançait parfois des pierres. Convoqué par l’unité de police mili­taire « Sachlab », le bambin a subi un inter­ro­ga­toire en règle au cours duquel son bras a déli­bé­rément été cassé.

Selon une femme officier dans le Corps des gardes-​​frontière, les vio­lences seraient souvent pro­vo­quées par l’ennui. Postée dans la région de Jénine où elle sur­veille le mur de sépa­ration, cette soldate affirme que ses col­lègues, qui n’ont rien à faire, inventent souvent des agres­sions. « Ils affirment par radio que des Pales­ti­niens leur ont lancé des pierres ou se sont montrés agressifs et en donnent une des­cription vague. Ce qui leur permet ensuite d’interpeller n’importe quel « suspect » pris au hasard afin de défouler leur stress sur lui. »

Parfois, ce « défou­lement » va tel­lement loin que les vic­times en meurent. Parmi les cas cités figure celui d’un enfant de 9 ans abattu d’une balle dans l’abdomen après qu’il eut tenté de grimper le long du mur de sépa­ration. Un autre enfant tué par des snipers à proximité de la colonie de Goush Etzion n’avait lui non plus pas grand-​​chose à se reprocher mais les soldats qui l’ont tué se sont arrangés pour inventer une his­toire qui les couvrait.