Des dizaines de corps de Palestiniens tués lors de la 2ème intifada « perdus » par les autorités israéliennes

L’annonce fait scandale et témoigne d’une vision de l’adversaire qui lui refuse sa qualité d’homme. Nous publions ci-dessous un article d’Haaretz dont nous ne cautionnons évidemment pas le titre sur les « terroristes palestiniens ».

L’AFPS, mercredi 12 avril 2017

« Israël reconnaît qu’il a perdu les restes de sept terroristes palestiniens »

Le nombre actuel de corps perdus est presque sûrement plus élevé, alors que seulement deux des 123 corps demandés par des membres des familles palestiniennes ont été localisés.

Corps d'un Palestinien. Israël reconnaît qu'il a perdu au moins sept corps de Palestiniens tués dans les années 90. AP Photo/Majdi Mohammed

Israël a reconnu qu’il a perdu les restes de sept Palestiniens qui ont effectué des actes terroristes pendant la seconde intifada. L’aveu est intervenu dans une réponse faite par le Bureau du Procureur de l’Etat à des requêtes déposées devant la Haute Cour de Justice par les familles de ces personnes, réclamant le retour des corps.

Vraisemblablement, le nombre de personnes dont le lieu de sépulture est inconnu est en réalité beaucoup plus élevé : lors d’une audience de la Haute Cour le mois dernier, des plaignants ont déclaré que sur 123 requêtes introduites jusqu’en 2015 par des familles palestiniennes et comprises dans une requête différente, seulement deux corps avaient été localisés. Plusieurs fonctionnaires judiciaires et militaires israéliens déclarent qu’ils pensent que l’état n’a aucun renseignement sur l’emplacement de beaucoup des corps. Dans quelques cas, les restes ont été en possession d’Israël depuis les années 1990.

Il est apparu aussi que malgré les renseignements partiels sur l’inhumation des corps de Palestiniens impliqués dans des attaques terroristes, tels que révélés par les requêtes précédentes devant la Haute Cour, le gouvernement n’a pas encore décidé quel organisme sera désigné pour gérer le dossier. Des personnalités du Ministère de la Justice et du Bureau du Premier Ministre débattent de la question depuis quelques mois.

“La vérité devra être dite : les traces de certains des corps ont été perdues,” a déclaré un haut fonctionnaire du Ministère de la Justice, parlant sous condition d’anonymat. Il a ajouté que la recherche des restes perdus, qui n’a commencé que récemment, continue toujours. “La tâche maintenant est de réunir tous les fonctionnaires autour d’une table et de décider qui en est chargé.”

Un des cimetières abritant les dépouilles de terroristes palestiniens. Eliyahu Hershkovitz

Un autre fonctionnaire du Ministère de la Justice, qui a aussi demandé à rester anonyme, a déclaré, “Nous devons maintenant découvrir qui a effectué les autres inhumations (celles des restes perdus) – certaines sociétés travaillant pour la Caisse Nationale d’Assurances qui ont été impliquées dans les inhumations, ou la police.” Dans un cas au moins, ils auront du mal, étant donné qu’une des sociétés a cessé son activité il ya quelques années et les documents concernant l’identité de la personne inhumée ont été broyés.

“Pendant bien des années dans les années 90, l’atmosphère était différente. On attribuait moins d’importance aux questions de savoir qui on mettait en terre et comment on pourrait les identifier à l’avenir,” a déclaré une autre source.

Une militante fait la comparaison avec des pierres tombales juives vandalisées

Dalia Kirshstein, directrice du Centre de Défense de la Personne [1] a déclaré : “Chaque pierre tombale juive brisée dans le monde provoque des clameurs en Israël, mais quand il s’agit de dizaines de corps de Palestiniens qui ont disparu, il y a un silence complet. Nous espérons que l’état prendra ses responsabilités et localisera les corps. Nous sommes sûrs que c’est possible.”

Les Forces de Défense Israéliennes [armée israélienne, NDLR] ont réagi : “D’après les contrôles que nous avons fait jusqu’à présent, parmi les corps des terroristes dont les familles ont demandé dans le cadre des requêtes à la Haute Cour qu’ils soient rendus, seulement quelques-uns ont été enterrés par les FDI. Ceux-ci ont été enterrés dans des cimetières pour des ennemis tombés au combat, et ont été recensés. Ainsi que la Haute cour en a été informée, la coordination du travail de localisation de tous les corps des terroristes dont la restitution a été demandée et leur identification sont en train d’être transmises par les responsable de l’état. Les FDI travailleront conformément aux décisions prises sur cette question. On s’occupera des corps selon les directives du gouvernement.”

Quand on lui a demandé sa réponse pour ce reportage, le Ministère de la Défense a renvoyé vers le Ministère de la Justice. Un haut fonctionnaire du Ministère de la Justice a dit, “Après qu’il est apparu qu’il y avait un immense gâchis dans cette affaire, nous nous sommes mis à tous les organismes autour d’une table. Pourtant, nous n’avons toujours pas tous les renseignements.”

Selon le fonctionnaire, la responsabilité en la matière sera apparemment prise soit par le Bureau du Premier Ministre, soit par le Ministre de la Justice. “Certains des corps ont été perdus, mais nous continuons à les chercher et à tirer des leçons pour l’avenir,” a-t-il déclaré.

Traduit de l’anglais par Yves Jardin, membre du GT de l’AFPS sur les prisonniers

[1Le Centre de Défense de la Personne est aussi connu sous le nom de Hamoked, association israélienne de défense des droits de l’homme, créée en 1988, ayant pour but de soutenir « les Palestiniens soumis à l’occupation israélienne qui entraîne une grave et continuelle violation de leurs droits. » L’association a été accusée par l’actuelle Ministre de la Justice de soutenir le mouvement de BDS.