Des diplomates français dénoncent l’intransigeance israélienne

al Ahram, samedi 20 mars 2010

Seize hauts diplo­mates français, « qui ont terminé leur mission publique », viennent d’adresser au pré­sident de la Répu­blique une lettre ouverte dans laquelle ils sug­gèrent que la France prenne une ini­tiative pour relancer les négo­cia­tions entre Israé­liens et Pales­ti­niens, dans le but de mettre un terme à un conflit qui « demeure au cœur de l’avenir du Proche-​​Orient et affecte l’ensemble du monde arabo-​​musulman ».

Voilà des extraits de cette lettre.

— Cette négo­ciation se dérou­lerait « sous le contrôle d’une confé­rence inter­na­tionale qui veillerait à la mise en œuvre, dans des délais déter­minés, de l’accord à inter­venir et des garanties néces­saires ». A leurs yeux, le Quar­tette (Etats-​​Unis, Union euro­péenne, Nations-​​Unies, Russie) « devrait jouer un rôle majeur dans le suivi de cette pres­cription inter­na­tionale ». « Fait excep­tionnel, relèvent-​​ils, un accord est intervenu entre les 27 pays membres (de L’Union européenne [1]) pour rap­peler à Israël ses devoirs à l’égard de la com­mu­nauté inter­na­tionale et les graves consé­quences d’une situation qui perdure depuis plus de 40 années d’occupation (le mur, les colonies, les spoliations) ».

— « Jamais le gou­ver­nement israélien, pressé par ses colons, n’a été aussi intran­si­geant, jamais la repré­sen­tation pales­ti­nienne divisée n’a été aussi faible. Et cependant, les chances de la paix sont réelles », estiment les auteurs de cette lettre, qui constatent la « modé­ration » pales­ti­nienne et « l’offre arabe de recon­nais­sance pleine et entière d’Israël si l’Etat pales­tinien est créé selon une équité his­to­rique avec Israël ».

— Les prin­cipes de base de la négo­ciation qu’ils pré­co­nisent se fondent sur les « termes de réfé­rence » établis depuis les accords d’Oslo et repris par la feuille de route de 2003. Les fron­tières de l’Etat pales­tinien à créer doivent être celles de 1967 (sauf échanges de ter­ri­toires mutuel­lement agréés), Jéru­salem doit être par­tagée, avec garantie d’accès aux lieux saints, et une solution doit être apportée au pro­blème des réfugiés l

[1] Concernant l’Europe, voir le Monde du 18 mars :

Mme Ashton et l’UE en quête d’un rôle au Proche-​​​​Orient

Jérusalem, Bruxelles Correspondants

Avec un soupir, Catherine Ashton a répondu, mercredi 17 mars, à la question de savoir quel rôle l’Union euro­péenne (UE) peut jouer dans un pro­cessus de paix israélo-​​​​palestinien où ni les Israé­liens ni les Amé­ri­cains ne semblent décidés à lui faire de la place. "Per­sonne n’a à déter­miner comment les Euro­péens doivent s’impliquer", a-​​​​t-​​​​elle sou­ligné avant de rap­peler que les Vingt-​​​​Sept sont par­venus à la conclusion, en décembre 2009, que les négo­cia­tions devaient aller de l’avant. Mon travail, a-​​​​t-​​​​elle insisté, est de trans­former ce consensus en "action positive" sur le pro­cessus de paix.

Com­mentant le refroi­dis­sement des rela­tions entre Israël et les Etats-​​​​Unis, le pré­sident Barack Obama a estimé, mer­credi 17 mars, que si les projets de construction de loge­ments à Jérusalem-​​​​Est ne faci­litent pas le pro­cessus de paix, il n’y a pas de crise entre les deux pays."Israël est l’un de nos plus proches alliés", a-​​​​t-​​​​il insisté, en parlant d’un "lien spécial qui ne va pas dis­pa­raître". "Il y a un désaccord sur la façon dont nous devons faire avancer le pro­cessus de paix", a cependant reconnu M.Obama.

Le premier ministre israélien, Benyamin Néta­nyahou, a eu, de son côté, un entretien télé­pho­nique avec le vice-​​​​président amé­ricain Joe Biden, mais ce dernier ne serait pas parvenu à le convaincre de renoncer à la construction de loge­ments pour des colons.

Un homme tué dans le Néguev par une roquette tirée depuis Gaza En pleine visite de Catherine Ashton, un ouvrier agricole thaï­landais a été tué, jeudi matin, en ter­ri­toire israélien, dans le désert du Néguev, par une roquette tirée depuis la bande de Gaza. Selon l’armée israé­lienne citée par Haaretz, c’est la troi­sième roquette tirée depuis le ter­ri­toire en moins de 24 heures. Mme Ashton a condamné "toute forme de vio­lence".

Comment ? La réponse restait incer­taine à l’issue d’une journée en Israël et dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens de la haute repré­sen­tante de l’UE pour la poli­tique étrangère, dont c’est le premier dépla­cement dans la région. Mme Ashton, qui se trouve jeudi dans la bande de Gaza, a ren­contré quelques heures plus tôt à Ramallah, en Cis­jor­danie, le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas. Celui-​​​​ci, selon Saëb Erakat, le prin­cipal négo­ciateur pales­tinien, l’a chargée de "faire pression sur Israël pour stopper com­plè­tement" la colo­ni­sation en Cis­jor­danie et à Jérusalem.

Avigdor Lie­berman, le ministre israélien des affaires étran­gères, a répondu indi­rec­tement à cette requête avec son franc-​​​​parler habituel : "Cette demande d’empêcher les juifs de construire à Jérusalem-​​​​Est n’est pas du tout rai­son­nable." A Bruxelles, ce voyage était considéré à la fois comme un test et comme un baptême du feu pour la haute repré­sen­tante, qui a connu des débuts labo­rieux et essuie de nom­breuses cri­tiques. Notamment pour ses absences à Haïti, après le trem­blement de terre, et en Espagne, fin février, pour une réunion des ministres euro­péens de la défense.

Elle doit également sur­monter des doutes de plus en plus marqués quant à la mise en place, dans les délais prévus, du service diplomatique européen.

A Jéru­salem, les diplo­mates israé­liens s’attendaient à cette "vieille ren­gaine", selon l’un d’eux, d’un "rôle pour l’Europe" dans le pro­cessus de paix. "Depuis des années, ajoute ce haut fonc­tion­naire, l’UE réitère cette demande mais où sont ses pro­po­si­tions ? Si on veut jouer un rôle, il faut se rendre indispensable."

Interrogé il y a deux semaines par Le Monde, le pré­sident israélien, Shimon Pérès, avait été plus net s’agissant de la place de l’UE : "Quant à être dans la salle des négo­cia­tions [israélo-​​​​américano-​​​​palestiniennes], c’est une si petite salle avec tant de par­ti­ci­pants… ce n’est pas l’objet." "Il n’y a pas de poste vacant", tranche un diplomate israélien.

"PÉRIODE D’APPREN­TISSAGE" Les Israé­liens estiment que Mme Ashton est encore "en période d’apprentissage sur le Proche-​​​​Orient", ce qui explique que ses entre­tiens avec le premier ministre israélien, Benyamin Néta­nyahou, et M.Lieberman, sont qua­lifiés par les deux parties de "pre­miers contacts". Au-​​​​delà, les rela­tions entre l’Etat juif et l’Europe restent empreintes de méfiance. Israël n’a guère apprécié les conclu­sions de la pré­si­dence sué­doise de l’Union, en décembre 2009, cri­ti­quant sans ambages l’"annexion illégale" de Jérusalem-​​​​Est.

De même, l’adoption, le 10mars, par le Par­lement européen, d’une réso­lution incitant les Vingt-​​​​Sept à contrôler l’application des recom­man­da­tions du rapport Gold­stone sur la guerre à Gaza de l’hiver 2008, a été vivement cri­tiquée à Jérusalem.

Ces réac­tions peuvent, a contrario, conforter les Euro­péens : Israël n’est pas indif­férent, loin de là, aux posi­tions de l’UE, ne serait-​​​​ce que parce que celle-​​​​ci est le prin­cipal bailleur de fonds des Pales­ti­niens, ce qui évite à l’Etat juif d’assumer des res­pon­sa­bi­lités écono­miques en Cisjordanie.

Dans un tel contexte, la diplo­matie euro­péenne parviendra-​​​​t-​​​​elle à réa­liser son objectif qui est, offi­ciel­lement, de faire du Proche-​​​​Orient l’une des prio­rités de sa poli­tique ? "Ashton veut s’impliquer, c’est bien, mais le moment est, mal­heu­reu­sement pour elle, par­ti­cu­liè­rement dif­ficile", résume un haut diplomate bruxellois.

"Les résultats risquent donc d’être nuls, comme ceux de la nou­velle réunion du Quartet [Etats-​​​​Unis, Russie, UE et ONU], à laquelle elle par­ti­cipera ven­dredi, à Moscou." "Si les Etats-​​​​Unis n’ont rien obtenu des diri­geants israé­liens, ne nous berçons pas d’illusion", ajoute ce diplomate.

A Moscou, Mme Ashton espère "revi­gorer, rendre [le Quartet] plus visible, plus actif". Mais un diplomate de son entourage est moins opti­miste : "C’est un groupe de contact, où on compare les notes des uns et des autres. Après, il faut la volonté de l’utiliser." A Bruxelles, cer­tains hauts fonc­tion­naires pensent qu’une action volon­ta­riste per­met­trait à l’UE de déve­lopper une poli­tique qui lui serait propre et, par là, son influence poli­tique dans la région.

"Les Euro­péens ont plus de marge de manœuvre qu’ils ne le croient et les Etats-​​​​Unis sont, dans ce conflit, moins déter­mi­nants qu’ils ne le vou­draient", estime le groupe de réflexion Notre Europe, dirigé par Jacques Delors. "Les Euro­péens, résume un autre diplomate, fin connaisseur de la région, ont des atouts, notamment des ins­tru­ments écono­miques au service d’une diplo­matie. A eux de les faire valoir."

Laurent Zec­chini et Jean-​​​​Pierre Stroobants

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