Des cartables et des droits

Yves Jardin - Pour la Palestine n°54, mardi 18 septembre 2007

Jumelage /

Yves Jardin était au Liban en mai dernier dans le cadre du jumelage de sa ville avec le camp de réfugiés pales­ti­niens de Rachi­diyeh. Au-​​delà des col­lectes de car­tables et des échanges sportifs, il entend dès son retour faire du témoi­gnage un moment de la soli­darité. Extraits.

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© Jean Déaux

Pour la deuxième fois je suis allé au Liban dans le cadre d’un voyage col­lectif [1]. Le samedi 19 mai au matin, nous partons vers le camp de Rachi­diyeh avec lequel est jumelée la ville de Douar­nenez. Nous sommes trois per­sonnes venues de cette ville. La charte de jumelage a été signée lors d’un pré­cédent voyage en novembre 2005, puis confirmée par un vote du conseil muni­cipal. En mai 2006, nous avions accueilli une équipe d’enfants du camp, venus par­ti­ciper à un tournoi inter­na­tional de football qui, chaque année, permet à des équipes de plu­sieurs dizaines de pays de se ren­contrer. Les jeunes, logés dans des familles, ont été cha­leu­reu­sement accueillis. Nous sommes reçus au camp par Sultan Aboul Aynaïn, res­pon­sable du camp, ainsi que du Fatah pour le Liban, qui se félicite de ces échanges et invite à revenir chaque année. Déjà, en ce mois de mai, il dit craindre de graves pro­blèmes au Liban, avec une épreuve de force dans laquelle les Pales­ti­niens seraient entraînés. Une partie des car­tables sont remis pour les enfants, et nous laissons médi­ca­ments et livres col­lectés dans les écoles de Douar­nenez. Nous essayons d’apporter une aide concrète, qui ne saurait se confondre avec un travail huma­ni­taire seulement ; l’essentiel, pour nous, est de faire connaître à Douar­nenez (et ailleurs, par le biais d’autres jume­lages) le sort des réfugiés pales­ti­niens, leur his­toire et d’affirmer leur droit au retour.

Nous reprenons la route vers Bey­routh. Jusqu’au-delà de Saïda, en remontant vers le nord, le car doit sans arrêt quitter l’autoroute, en raison de la des­truction de tous les ponts par les bom­bar­de­ments israé­liens l’été dernier. Nous devons prendre les bre­telles de sortie et d’accès pour contourner les des­truc­tions. A chaque pont il y a un chantier et la recons­truction pro­gresse à grands pas. Le long de l’autoroute, des affiches signalent le danger repré­senté par les bombes (notamment à sous-​​munitions) qui n’ont pas explosé. Les affiches avec la photo de Nas­rallah, leader du Hez­bollah, et de Michel Aoun, leader du Courant patrio­tique libre, lais­seront la place au-​​delà de Saïda à celles portant l’image de Rafiq Hariri, Premier ministre assassiné en février 2005, et parfois de son fils Saad, leader du Courant du Futur, allié de Walid Joum­blatt au sein de l’Alliance du 14 mars et aussi allié de Samir Geagea, (en l’occurrence ancien diri­geant des Forces Liba­naises ayant per­pétré les mas­sacres de Chabra et Chatila en 1982). A Bey­routh, les tentes dressées en face du Grand Sérail par ceux qui demandent la démission du gou­ver­nement Siniora sont tou­jours en place, même s’il n’y a à ce moment presque per­sonne autour.

Nous avons aupa­ravant visité le camp de Chatila, jumelé avec Bagnolet. La ville a fait un travail important pour en amé­liorer les ins­tal­la­tions élec­triques et a accueilli des jeunes du camp. Nous sommes reçus au camp de Bourj el-​​Brajneh, aux portes de Bey­routh, jumelé avec Avion et où sont aussi remis des car­tables. Au siège du parti com­mu­niste libanais qui reçoit la délé­gation, les res­pon­sables ren­contrés affirment pour leur part leur soli­darité avec les Pales­ti­niens. Leur dis­cours poli­tique porte sur une dénon­ciation de l’absence de volonté du gou­ver­nement pour défendre le pays, ils s’élèvent contre les projets amé­ri­cains dans la région, affirment leur oppo­sition à un gou­ver­nement établi sur des bases confes­sion­nelles en consi­dérant que l’opposition fondée sur ces mêmes bases ne peut offrir d’alternative. Ils disent sou­haiter la pro­mul­gation d’une loi élec­torale à la pro­por­tion­nelle dans le cadre d’une cir­cons­cription unique non confes­sion­nelle. Ils appellent à une col­la­bo­ration entre les peuples libanais, pales­tinien et français. Dans le sud où nous repartons le dimanche 20 mai, un res­pon­sable du Hez­bollah pour le Sud-​​ Liban affirmera pour sa part la soli­darité de son parti avec les Pales­ti­niens et entend sou­ligner que c’est un ministre du Hez­bollah qui a pro­mulgué il y a deux ans un décret, très mal appliqué, ouvrant un certain nombre de pro­fes­sions aux Pales­ti­niens. Dans la journée nous passons dans le village de Cana. Là, deux cime­tières ras­semblent l’un les 102 vic­times du bom­bar­dement israélien d’avril 1996, l’autre les 28 morts (dont 16 enfants) du bom­bar­dement du 30 juillet 2006, qui n’a jamais fait l’objet d’une com­mission d’enquête. Le lundi 21, tout le groupe devait être reçu à l’ambassade de France et les Douar­ne­nistes devaient se rendre à Rachi­diyeh jusqu’au 23 pour y définir les projets à mener dans le cadre du jumelage. Mais les évè­ne­ments en ont décidé autrement. Depuis la veille, des combats avaient lieu au camp de Nahr el Bared entre l’armée liba­naise et le groupe Fatah el Islam -lequel n’a rien de pales­tinien. Les récep­tions sont annulées et l’ambassadeur incite les membres de la délé­gation à rentrer en France. Nous partons dans l’après-midi mais les cinq repré­sen­tants de Mitry-​​Mory sont bloqués à Nahr el Bared sous les tirs ; ils n’en sor­tiront que le mardi. Nous ne lais­serons pas tomber Rachidiyeh.

[1] Organisé par l’Association de jumelage des camps pales­ti­niens et des villes fran­çaises (AJPF). Le groupe comptait une ving­taine de per­sonnes venues des villes d’Avion, de Bagnolet (dont son maire), de Douar­nenez (dont son maire), de Mitry-​​​​ Mory (dont un maire-​​​​adjoint), de Nan­terre. La délé­gation com­prenait aussi le directeur de l’Humanité, ainsi que le chanteur Lulu et l’un de ses musi­ciens, venus remettre deux mille car­tables aux enfants de camps pales­ti­niens du Liban, dans le cadre de la cam­pagne « 10 000 car­tables pour les enfants palestiniens ».