Des Palestiniens, boucliers humains, empêchent une attaque israélienne

C. Léostic, dimanche 19 novembre 2006

Les Israé­liens ont annulé un raid aérien prévu contre une maison du camp de réfugiés de Jabaliya à Gaza après que des cen­taines de Pales­ti­niens ont formé un bou­clier humain. Israël dénonce ! ! !

La maison de Mohammad n’a pas été réduite en gravats. Les auto­rités israéliennes-​​ qui dénoncent aussi la réso­lution de l’ONU votée ven­dredi et la poli­tique fran­çaise au Moyen-​​Orient [1]- ne sont pas contentes !

Uti­liser des bou­cliers humains contre leur gré est bien sûr illégal et c’est jus­tement ce que font fré­quemment les soldats d’occupation quand ils veulent pénétrer dans un lieu qui leur paraît dan­gereux, cachés der­rière un Pales­tinien détenu à la pointe du M16.

Par contre quand il s’agit d’une action volon­taire c’est un acte de résis­tance pensé. Ainsi les Inter­na­tionaux qui en 2002 pendant l’opération Rempart de sinistre mémoire ont réussi à forcer le blocus de la Muqata’a et y pénétrer pour rester 33 jours auprès du Pré­sident Arafat assiégé par les chars. Ainsi à Bethléem, ceux qui dans l’Eglise de la Nativité accom­pa­gnaient les mili­tants pales­ti­niens. Ainsi les mili­tants de la soli­darité qui pendant les années d’Intifada ont été pré­sents aux check-​​points et aux pre­mières lignes des mani­fes­ta­tions. Ainsi les Israé­liens anti-​​colonialistes dans les mani­fes­ta­tions qui s’opposent au Mur d’annexion à Bilin ou ailleurs. Ainsi les membres des mis­sions civiles qui par leur pré­sence, en freinant les attaques des colons et de l’armée, per­mettent la cueillette des olives. Ainsi Tom Hurndall, abattu alors qu’il essayait de pro­téger des enfants ou Rachel Corrie, assas­sinée quand elle tentait d’empêcher la démo­lition d’une maison à Gaza.

Une per­sonne vient d’être blessée à Sderot par une roquette arti­sanale. Ces roquettes impré­cises ont fait 7 morts en 6 ans de résis­tance à la répression de l’Intifada dont une femme tuée la semaine der­nière. Au plus lourd de l’attaque de l’été contre Gaza, la résis­tance que cette offensive était sup­posée mettre à genoux n’a pas cessé d’en tirer. Ces tirs sont l’un des pré­textes uti­lisés par les forces d’occupation pour frapper et détruire les maisons des résis­tants, jetant à la rue et dans la misère des familles entières. Punition collective.

C’est ce que faisait aussi pendant l’apartheid le gou­ver­nement sud africain dont Israël était l’un des seuls alliés.

En Palestine occupée, en général de nuit, l’armée israé­lienne mène des raids par héli­co­ptère et tire des mis­siles sur des maisons d’habitation. Très souvent l’ordre est intimé, par télé­phone ou haut-​​ parleur, à la popu­lation civile de quitter sa maison en dix minutes, la plupart du temps sans pouvoir prendre d’affaires. Les parents n’ont que le temps d’éveiller les enfants et de se pré­ci­piter dans la rue avant que l’enfer se déchaîne.

Les héli­co­ptères et chas­seurs qui sur­volent les villes, vil­lages et camps de réfugiés, les mis­siles qui frappent la nuit ter­ro­risent la popu­lation civile depuis des mois, des années. Les jours ne sont pas plus ras­su­rants quand les drones lâchent des mis­siles sur les voi­tures des résis­tants ou quand aller à la plage signifie la mort sous les obus, quand les habi­ta­tions sont détruites par explosif, entraînant souvent l’écroulement des maisons voi­sines, ou quand les bull­dozers mili­taires, ceux qui ont assassiné Rachel Corrie, fra­cassent tout sur leur passage, arbres et bâtiments.

Terrorisme d’Etat qui enclenche bien évidemment des actions de résistance.

Cette fois à Jabalyia, davant la menace, les Pales­ti­niens ont trouvé une action efficace. De même que les femmes à Beit Hanoun se sont pré­ci­pitées vers la mosquée où des dizaines de résis­tants étaient assiégés et leur ont permis de s’enfuir, cette fois l’action col­lective -non violente-​​ a permis d’empêcher une nou­velle attaque meurtrière.

Selon le reporter de la BBC, « Mohammed Baroud a déclaré que les forces israé­liennes l’ont prévenu qu’il devait quitter sa maison. A la place, il s’est rendu en courant à la mosquée et a ras­semblé ses voisins pour aider à défendre sa maison. M. Baroud est un officier des Comités de Résis­tance populaire.

L’armée israé­lienne ordonne souvent à des gens de quitter leurs maisons avant des attaques, affirmant vouloir ainsi éviter de faire des victimes.

Un diri­geant du Hamas présent sur les lieux a indiqué que les gens s’étaient regroupés pour montrer qu’il est pos­sible de s’opposer avec succès à la stra­tégie israé­lienne de démo­lition de maisons.

Un porte-​​parole de l’armée israé­lienne a confirmé à l’agence Reuters que le raid avait été annulé à cause de l’action des Pales­ti­niens. "Le plan a été annulé à cause des gens pré­sents. Nous faisons la dif­fé­rence entre des gens inno­cents et des ter­ro­ristes," a-​​t-​​il dit. Il a déclaré qu’Israël pour­sui­vrait sa poli­tique de raids aériens ciblés et a accusé les résis­tants d’utiliser des civils du camp comme bou­cliers humains… » [2]

Des cen­taines de parents et voisins se sont ras­semblés, cer­tains sur le toit, et ont chanté des slogans contre Israël et les Etats-​​unis.

Les Comités de Résis­tance popu­laire appellent les Pales­ti­niens à répéter cette action vic­to­rieuse : « Nous appelons tous les com­bat­tants à refuser de quitter leurs maisons et nous demandons aux nôtres de se pré­ci­piter vers les maisons menacées pour y servir de bou­cliers humains ».

L’armée israélienne devra en tenir compte.

L’horreur en Palestine, à Gaza, n’a rien de nouveau. C’est tous les jours que des Pales­ti­niens meurent sous les coups de l’occupant (plus de 4500 morts depuis le début du sou­lè­vement), et on peut parfois craindre que cette « routine » meur­trière ne devienne banale, un, deux noms de plus sur la longue liste des crimes israéliens.

Ainsi 4 Pales­ti­niens ont été tués à Gaza et en Cis­jor­danie et des dizaines blessés ce week-​​end, et d’autres maisons ont été frappées par des tirs de mis­siles. Ces deux der­niers jours l’aviation israé­lienne a bom­bardé une dizaine de maisons quelques minutes après avoir demandé aux habi­tants de partir.

Mais l’image de Beit Hanoun, avec le sang de ses 19 morts coulant dans les cani­veaux, comme celle de la plage de Gaza et la douleur de la petite sur­vi­vante, ont frappé les esprits et c’est bien pourquoi, après les réti­cences habi­tuelles à recon­naître leurs actions illé­gales, les diri­geants israé­liens ont « pré­senté leurs excuses » ! Et osent dire avec le cynisme des puis­sants qu’ils font tout pour éviter de frapper les civils.

Aussi tirer sur des cen­taines de civils, jus­tement, serait passer à une échelle de crime inac­cep­table pour la com­mu­nauté inter­na­tionale, jusqu’ici hon­teu­sement silen­cieuse et qui se permet de demander l’arrêt des vio­lences comme si la vio­lence tous azi­muths de l’occupation et les actions de la résis­tance étaient de même nature et de même intensité.

Dans les attaques à venir -qui ne man­queront pas, une nou­velle offensive contre Gaza semble proche-​​ les brillants stra­tèges israé­liens devront tenir compte de la volonté popu­laire des Pales­ti­niens de s’opposer ensemble, phy­si­quement et paci­fi­quement, à la vio­lence de l’occupation.