Des ONG humanitaires visées par Israël

Pierre Barbancey, jeudi 4 février 2010

Le gou­ver­nement veut avoir les coudées franches à Jérusalem-​​Est occupée et ne délivre plus de permis de travail aux ONG internationales.

Cer­tai­nement encouragé par l’attitude des gou­ver­ne­ments euro­péens et amé­ricain qui, à l’exception de quelques timides décla­ra­tions, n’osent même pas envi­sager la moindre sanction pour faire res­pecter le droit inter­na­tional, Israël poursuit son annexion totale de Jéru­salem. Outre la pour­suite de la colo­ni­sation dans la partie orientale de la ville occupée depuis 1967, les auto­rités israé­liennes mettent en place un certain nombre de mesures visant à s’affranchir com­plè­tement de toute action inter­na­tionale sur les ter­ri­toires qu’elles consi­dèrent comme leurs, même si aucune grande puis­sance (y compris les États-​​Unis) ne reconnaît Jéru­salem comme capitale d’Israël.

Le gou­ver­nement israélien vient ainsi de prendre la décision de ne plus accorder de permis de travail pour les orga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales (ONG) inter­na­tio­nales opérant dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens. Seul un visa de tou­riste sera doré­navant délivré à leurs équipes sur place. Ce type de visa interdit le travail en Israël et ne l’autorise pas for­mel­lement dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens. Il est de plus délivré avec des durées allant d’une semaine à un an, et ce de façon tota­lement aléa­toire. Une cen­taine d’ONG sont direc­tement concernées. Cette nou­velle mesure israé­lienne remet en cause leur mission huma­ni­taire dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens et aura bien sûr une influence désas­treuse sur le sort des popu­la­tions déjà durement touchées.

Jéru­salem est direc­tement visée. L’interdiction de tra­vailler en Israël signifie pour les ONG inter­na­tio­nales l’impossibilité de mener toute forme d’action huma­ni­taire depuis et à Jérusalem-​​Est. L’objectif israélien est clair  : pousser ces orga­ni­sa­tions vers Ramallah et sceller ainsi l’isolement de Jérusalem-​​Est du reste de la Cis­jor­danie. « Le gou­ver­nement israélien entre­tient le flou face aux demandes de cla­ri­fi­cation », expliquent les ONG, dont le Secours catho­lique, Enfants du monde ou encore le CCFD. Selon l’article 55 de la 4e convention de Genève, Israël, en tant que puis­sance occu­pante, a l’obligation « d’assurer l’approvisionnement de la popu­lation en vivres et en pro­duits médicaux  ; elle devra notamment importer les vivres, les four­ni­tures médi­cales et tout autre article néces­saire lorsque les res­sources du ter­ri­toire occupé seront insuf­fi­santes ». Depuis quarante-​​deux ans, cette obli­gation qui n’a jamais été res­pectée a été prise en charge par les ONG pales­ti­niennes et inter­na­tio­nales, qui ren­contrent déjà d’énormes dif­fi­cultés. « Mais, en l’absence de toute indi­cation écrite, la situation des équipes sur place reste extrê­mement pré­caire et tri­bu­taire des soldats israé­liens pré­sents aux check-​​points », dénoncent les orga­ni­sa­tions huma­ni­taires. Mais que fait le « french doctor », Bernard Kouchner  ?