Des Français impliqués dans des crimes de guerre : jusqu’à quand resteront-ils impunis ?

Le 24 mars 2016, une vidéo montrait un soldat de l’armée israélienne, de nationalité française, tuer un Palestinien à terre, Abdel Al-Fatah Al-Sharif. Le président de l’Association France Palestine Solidarité, Taoufiq Tahani, s’indigne de voir que des ressortissants français sont les auteurs de dérives criminelles. En toute impunité.

Taoufiq Tahani, Le Plus de l’Obs, vendredi 1er avril 2016

Des manifestants venus soutenir le soldat franco-israélien qui a abattu le Palestinien Abdel Al-Fatah Al-Sharif, devant le tribunal militaire de Kastina (J. Guez/AFP)

La France peut-elle accepter sans réagir que ses ressortissants soient impliqués dans des crimes de guerre ?

C’est la question que nous posons aujourd’hui aux autorités françaises, après le scandale révélé par une vidéo montrant un soldat de l’armée israélienne de nationalité française assassiner froidement d’une balle dans la tête un Palestinien à terre, Abdel Al-Fatah Al-Sharif. Cela se passait à Hébron (Cisjordanie), le 24 mars 2016.

Le 30 octobre dernier, c’était une femme soldat de nationalité française qui avait exécuté de sang froid, au check point de Za’atara, sur la route de Naplouse, un jeune palestinien de 19 ans Qasem Saba’aneh, et blessé grièvement Fares Ibrahim Al Na’asane, 17 ans, qui agonisera pendant 40 minutes sans que les secours ne puissent intervenir.

Idéologie meurtrière et déshumanisante

Cela lui avait alors valu les félicitations du député français Meyer Habib, qui avait exprimé la fierté que cette femme lui inspirait. Fierté probablement partagée par ce soldat, un infirmier nous dit-on, pour arriver à commettre un tel crime la conscience tranquille.

Fierté qui nous rappelle l’aveuglement d’un Arno Klarsfeld expliquant naguère : "La haine est un sentiment banni des rangs de Tsahal. Oui, je suis fier de servir au sein de l’armée d’Israël". On n’a pas le souvenir que ce passage ait nuit à la carrière française de ce brillant conseiller d’État.

Compte tenu du nombre de colons fanatisés de nationalité française présents en Cisjordanie, ce type d’incidents – exécutions extra-judiciaires qui relèvent du crime de guerre, des crimes et violences de tous ordres contre la population palestinienne, considérée comme une sous-humanité – ne peuvent que se répéter.

Qu’ils soient commis par des militaires ou par des colons armés change peu de choses et relève de la même idéologie meurtrière et déshumanisante.

Investis d’une mission divine

Refuser de s’en saisir, ne pourrait que renforcer le sentiment d’impunité de ces jeunes Français, de plus en plus nombreux, à s’engager dans l’armée d’occupation, où ils se sentent investis d’une mission divine qui les place au-dessus des lois communes de l’humanité. Troublante similitude avec ces autres jeunes Français embrigadés en Syrie.

C’est une question qu’il n’est plus possible aujourd’hui pour les autorités françaises d’éluder, sauf à cautionner ces dérives criminelles et à permettre leur perpétuation.

Il y a quelques jours, c’est une sénatrice de l’Orne, Nathalie Goulet, qui était menacée de mort pour avoir osé poser au gouvernement une question écrite sur les dégrèvements fiscaux auxquels pouvaient donner lieu les dons à des associations finançant l’armée israélienne.

Mettre un coup d’arrêt à ces dérives demande une volonté politique aux antipodes des petites manœuvres auxquelles nous a accoutumé notre Premier ministre, qui croit devoir flatter un électorat supposé pro-israélien en amalgamant antisémitisme et critique politique de l’État d’Israël, et en menaçant le mouvement de solidarité avec la Palestine.