Déprimé, Mahmoud Abbas veut quitter le pouvoir

Georges Malbrunot, mardi 1er décembre 2009

Le chef de l’Autorité pales­ti­nienne est décidé à tenir sa pro­messe : il veut aban­donner le pouvoir.

« Mahmoud Abbas est sincère quand il dit qu’il ne se repré­sentera pas à la tête de l’Autorité pales­ti­nienne. Il en a assez. Il a le sen­timent que per­sonne ne l’aide. Il ne croit plus aux négo­cia­tions avec Israël », explique un diplomate européen, qui rentre de Ramallah, en Cisjordanie.

Bernard Kouchner et Tony Blair, qui l’ont ren­contré récemment, l’ont également trouvé « déprimé et abattu ». « Abbas n’a plus envie de se battre », ajoute un diplomate français.

Le 5 novembre, devant ses proches, Mahmoud Abbas annonçait qu’il ne se repré­sen­terait pas aux pro­chaines élec­tions légis­la­tives et pré­si­den­tielles, fixées au 24 janvier. Et quelques jours après, dans une sorte de tes­tament poli­tique, il énonçait les grandes lignes d’un plan de règlement du conflit entre Israël et les Pales­ti­niens. Comme pour contraindre son suc­cesseur à se déter­miner par rapport à ses critères.

Après quinze ans de pour­parlers infruc­tueux, « les Israé­liens ne veulent pas nous donner notre Etat. Les Amé­ri­cains, de leur côté, sont inca­pables de les faire bouger. Pourquoi, dans ces condi­tions, continuez à négocier », se dit Abou Mazen (le nom de guerre de Mahmoud Abbas).

« Il ne manque pas de soutien de la part de son peuple pour reprendre les négo­cia­tions avec Israël, ce n’est pas cela le pro­blème, poursuit le diplomate européen. Le hic, c’est qu’Abou Mazen n’y croit tout sim­plement plus », ajoute ce fré­quent visiteur du chef de l’Autorité palestinienne.

Le suc­cesseur de Yasser Arafat a été pro­fon­dément déçu par l’incapacité amé­ri­caine d’arracher à Israël un gel total de la colo­ni­sation des ter­ri­toires occupés. « C’est son négo­ciateur, Saeb Erakat, qui lui avait vendu cette idée. Abbas y croyait, sans doute un peu naï­vement d’ailleurs. Aujourd’hui, il a l’impression d’avoir été abandonné ».

Sur un plan per­sonnel, le chef de l’Autorité pales­ti­nienne a été blessé par l’attaque dont vient d’être victime à l’école son petit-​​fils de la part d’un autre enfant palestinien.

L’affaire Gol­stone a encore entamé sa cré­di­bilité auprès de la rue. Mahmoud Abbas a été sévè­rement cri­tiqué pour avoir cédé à la pression, et soutenu le report de l’examen par l’ONU de la guerre à Gaza, qui opposa en début d’année Israël au Hamas.

En fait, depuis un certain temps déjà, Abbas a pris du recul avec le pouvoir. Plu­sieurs indices le prouvent. Les forces de sécurité qui dépen­daient de son autorité sont passées sous la coupe de son Premier ministre, Salam Fayyad. En outre, Mahmoud Abbas n’a tou­jours pas présidé la moindre réunion du Conseil des ministres pales­tinien. Et il ne passe pas plus d’une semaine désormais en Cis­jor­danie. « Il est vraiment fatigué par l’exercice du pouvoir », ajoute le diplomate français.

Sou­cieux d’éviter de créer un dan­gereux vide der­rière lui, Mahmoud Abbas devrait rester au pouvoir jusqu’aux pro­chaines élec­tions légis­la­tives et pré­si­den­tielle pales­ti­niennes. Elles avaient été prévues pour le 24 janvier pro­chain. Mais le Hamas ayant refusé que le scrutin se tienne dans la bande de Gaza, sous contrôle isla­miste, ces élec­tions ont été reportées à une date ultérieure.