Dépendance et exploitation

Ghassan Khatib, samedi 25 juin 2005

La main-d’œuvre pales­ti­nienne en Israël a été une des pre­mières par­ti­cu­la­rités dans la relation de dépen­dance entre les Israé­liens et les Pales­ti­niens. Cela a aussi été un des aspects les plus clairs de l’exploitation écono­mique israé­lienne des Pales­ti­niens sous occupation.

Cela faisait ainsi partie d’un ensemble vaste et sys­té­ma­tique de poli­tiques visant à réa­liser un niveau maximum d’exploitation écono­mique y compris le vol de l’eau des aqui­fères pales­ti­niens, à uti­liser les sites tou­ris­tiques pales­ti­niens au bénéfice de l’économie israé­lienne, à confisquer les terres pales­ti­niennes au bénéfice des colons juifs, et à restruc­turer tota­lement l’économie pales­ti­nienne pour qu’elle devienne le deuxième plus important impor­tateur de pro­duits israéliens.

Un cher­cheur pales­tinien a décrit jadis l’occupation israé­lienne comme étant le deuxième projet le plus ren­table au Moyen Orient après le pétrole. Cela peut sembler un peu exagéré mais pas tant que ça.

La plupart des tra­vailleurs pales­ti­niens en Israël venaient des régions rurales. Ils étaient en grande partie des fer­miers qui avaient perdu leurs terres (leur seule source de revenus) à cause des confis­ca­tions ou dont les terres ne pou­vaient plus sub­venir à leurs besoins par suite de la concur­rence injuste pro­voquée par les pro­duits agri­coles israé­liens. Iro­ni­quement, beaucoup de ces tra­vailleurs se sont retrouvés employés comme main-d’œuvre bon marché sur leurs propres terres qui avaient été confis­quées pour devenir des colonies juives. Le phé­nomène de main-d’œuvre pales­ti­nienne en Israël a entraîné le refus de recon­naître cer­tains droits à ces tra­vailleurs, ce qui les a rendus bon marché et commodes.

Ils sont bon marché parce que les Israé­liens les ont privés des dif­fé­rents avan­tages sociaux aux­quels tout tra­vailleur en Israël a le droit. De plus, beaucoup d’entre eux tra­vaillaient sans permis offi­ciels ce qui per­mettait à leurs employeurs d’exploiter leur statut illégal et leur payer de bas salaires.

C’était commode parce que Israël pouvait béné­ficier d’un grand nombre de tra­vailleurs non israé­liens sans avoir à s’occuper des pro­blèmes habi­tuels sociaux ou eth­niques dont les autres pays qui emploient une main-d’œuvre immigrée doivent s’occuper. Malgré le fait que le nombre de Pales­ti­niens tra­vaillant en Israël était énorme (à cer­tains moments ils attei­gnaient le nombre de 200.000) la plupart de ces tra­vailleurs n’étaient pas obligés de rester la nuit et ainsi ne deve­naient pas une com­mu­nauté eth­nique à l’intérieur de la société israé­lienne. Ils venaient le matin et retour­naient la nuit dans leurs propres com­munes dans les ter­ri­toires palestiniens.

Ce phé­nomène repré­sentait un autre désa­vantage pour l’économie pales­ti­nienne. Il a créé un haut niveau de salaires arti­ficiel qui pla­cèrent les employeurs pales­ti­niens dans une situation de concur­rence dif­ficile vis-​​à-​​vis des tra­vailleurs pales­ti­niens. Les employeurs pales­ti­niens devaient entrer en concur­rence avec les employeurs israé­liens qui pou­vaient se per­mettre de payer des salaires élevés par rapport aux stan­dards pales­ti­niens (quoique très bas selon les stan­dards israé­liens). Cela a réduit les inci­ta­tions pour investir en Palestine et en consé­quence a entravé la crois­sance économique.

Quand les confron­ta­tions ont com­mencé entre les Pales­ti­niens et les Israé­liens en sep­tembre 2000, Israël a com­mencé tout à coup à empêcher les Pales­ti­niens de tra­vailler en Israël. Cette poli­tique a coïncidé avec beaucoup d’autres mesures de punition écono­mique col­lective décou­ra­geant les inves­tis­se­ments et pro­vo­quant l’effondrement de beaucoup d’entreprises. Le résultat a été une aug­men­tation ful­gu­rante du chômage, allant d’un tiers à la moitié de la main-d’oeuvre pales­ti­nienne lors des quatre pre­mières années de confron­ta­tions. Avec le plan de désen­ga­gement uni­la­téral israélien, Israël prévoit de ramener à zéro le nombre de Pales­ti­niens de Gaza tra­vaillant en Israël. Cela aurait pu être une mesure positive si Israël n’avait pas accom­pagné une telle poli­tique d’un bou­clage per­manent de Gaza et des res­tric­tions de cir­cu­lation des per­sonnes et des mar­chan­dises de Gaza vers la Cis­jor­danie, de Gaza vers le reste du monde et vice versa. Un tel bou­clage en cours ne pourra qu’amener une dété­rio­ration sup­plé­men­taire de la situation sociale et économique.

L’intérêt de l’économie pales­ti­nienne et du bien-​​être en général deman­derait une réduction gra­duelle du nombre de Pales­ti­niens tra­vaillant en Israël mais uni­quement si cela va de pair avec une ouverture des fron­tières pales­ti­niennes vers le monde exté­rieur, ouverture néces­saire pour attirer des inves­tis­se­ments per­mettant d’augmenter la pro­duction et les expor­ta­tions. Tout pays avec un aussi petit marché que celui des ter­ri­toires de la Palestine suf­fo­querait écono­mi­quement à moins de pouvoir exporter soit son sup­plément de main-d’oeuvre soit le produit de ses tra­vailleurs. L’amélioration des oppor­tu­nités de travail avec une réduction du chômage et en consé­quence un redres­sement écono­mique, n’est pas seulement inté­ressant écono­mi­quement et socia­lement pour les Pales­ti­niens mais est également une condition préa­lable pour la sécurité et la sta­bilité poli­tique. Ceci est par­ti­cu­liè­rement le cas étant donné la cor­ré­lation sta­tis­tique signi­fi­cative entre d’un côté une aug­men­tation de la pau­vreté et de l’autre, une aug­men­tation du radi­ca­lisme et de l’extrémisme.