Dénucléariser le Moyen-​​Orient immédiatement

Convergence des Causes, mardi 1er janvier 2008

En cas de guerre nucléaire entre l’Iran et Israël, le nombre de 16-​​28 mil­lions de vic­times ira­niennes est escompté contre deux cent à huit cent mille en Israël. En cas d’intervention de la Syrie, Israël comp­terait 800 000 pertes humaines de plus et la Syrie per­drait 18 mil­lions de vic­times. Si l’Égypte se mêlait de la partie, Le Caire et le barrage d’Assouan seraient détruits.

Nous sommes à peine quelques jours avant les pri­maires pour la dési­gnation des can­didats à la Pré­si­dence étasu­nienne, et parmi les pro­bables qui seront retenus dans le camp répu­blicain, Mike Huckabie figure en bonne place. Cet ancien gou­verneur de l’Arkansas est arrivé lar­gement en tête dans un sondage pour l’Iowa, premier État qui aura à se pro­noncer, et il ne cesse de gagner des points dans le New Hamp­shire alors que l’ancien maire de New York Rudy Giulani, l’homme des pom­piers du 11 sep­tembre 2001, est en chute libre dans les inten­tions de vote.

Au début de l’été, le favori était plutôt McCain. Sa position en faveur d’un pro­lon­gement indéfini des troupes US en Irak semble l’avoir mis hors-​​jeu. Hux­kabee avec ses mes­sages reli­gieux qui sont autant d’appels appuyés et accro­cheurs en direction des chré­tiens fon­da­men­ta­listes hos­tiles au mariage entre per­sonnes du même sexe et à l’avortement semble être le héros du moment. Il a mis en KO tech­nique son prin­cipal rival Mitt Romney dans ce type de plate-​​bande confite de bigo­terie et de mes­sia­nisme évan­gé­liste. Il a fait savoir que l’ancien gou­verneur du Mas­sa­chu­setts Romney est Mormon.

Jusque-​​là, pas de pro­blème majeur, les hommes blancs et pro­tes­tants étasu­niens invoquent tou­jours Dieu dans les affaires poli­tiques et de plus en plus comme argument élec­toral. De plus, les can­didats pour gagner l’opinion ne se sentent pas dans l’obligation d’exposer les prin­cipes de leur poli­tique future, ils se contentent de salir leurs rivaux. Karl Rover res­pon­sable des cam­pagnes de Bush II s’était fait une spé­cialité des spots publi­ci­taires et des rumeurs même, qui s’ils s’avéraient men­songers sapent irré­ver­si­blement les pré­ten­tions des concur­rents. La calomnie ou le dévoi­lement de la moindre anecdote de mœurs sont devenus la règle dans ces batailles de plus en plus coû­teuses à leurs finan­ciers qui en attendent un grand profit.

La semaine der­nière, Huckabee a lancé une bombe -les bombes sont une denrée que les Étasu­niens consomment sans modé­ration dans leurs affaires courantes-​​ quand a paru un article dans Foreign Affairs et où d’autres can­didats que lui d’ailleurs don­naient leurs posi­tions. Il a émis une opinion très cri­tique sur la poli­tique étrangère de Bush II qu’il a qua­lifiée teinte d’une men­talité arro­gante. Dans le contexte de la poli­tique néo­con­sio­niste pour­suivie inlas­sa­blement depuis l’invasion de l’Irak, cela risque d’apporter un sérieux virage. Toutes les options sont sur la table, mais surtout celle de la négo­ciation directe ou indi­recte avec l’ennemi supposé. Pour Huckabbe, c’est parce que Bush a désigné l’Iran comme appar­tenant à l’Axe du mal que les rela­tions bila­té­rales se sont dété­riorées. Il faut davantage user de diplo­matie et de dia­logue. Citant le célèbre ouvrage de Sun Tsu l’Art de la guerre, il reprend à son compte la stra­tégie vieille de 2500 ans qui consiste à garder près de soi ses amis et encore plus près son ennemi.

Il a eu beau affirmer ne pas vouloir d’un Iran doté d’une arme nucléaire et qu’en aucun cas, il ne le tolé­rerait, un tel dis­cours non bel­li­ciste ne fait pas les affaires du lobby israélien. Depuis que le rapport des 16 agences de ren­sei­gnement étasu­niennes a été livré au public, et que tout un chacun peut y lire que l’Iran, au moins depuis 2003 n’a pas ou plus de pro­gramme nucléaire mili­taire, Bolton -délégué étasunien pour l’ONU de Bush non avalisé par le Sénat-​​ a parlé de véri­table « putch » organisé par la CIA. H Kis­singer, le mani­pu­lateur en chef des données du ren­sei­gnement à l’ère Nixon, pas moins furieux que le mous­tachu inculte, et l’ancien directeur de la CIA James Shle­singer, tout aussi outré qu’un peu de vérité filtre, activés par le Lobby, engagent une cam­pagne vis-​​à-​​vis des Euro­péens et de ce qui peut être considéré comme allié pour que ne soit retenu de la NIE que l’aspect de la menace vir­tuelle. L’Iran a cessé l’activité mili­taire, donc peut la reprendre (ou pas) et donc une bonne frappe pré­ventive va dis­soudre tout ennemi potentiel présent ou à venir. C’est exac­tement ce qui sera discuté avec Bush le deuxième lors de sa visite dans l’entité sio­niste À la mi-​​janvier. Il ne sera pas question de Palestine, ni des 11000 pri­son­niers qui crou­pissent dans les geôles de l’occupant de façon tota­lement arbi­traire et dans des condi­tions inhu­maines, ni des colonies, toutes illé­gales, ni des check points, ni du Mur illégal, ni de la détresse écono­mique d’une popu­lation assiégée. L’agenda imposé est celui de l’occupant qui se sent tou­jours menacé puisque illégitime.

Des sio­nistes juifs athées qui se pré­valent d’une Bible revi­sitée par quelques rabbins à leur retour de Babylone cinq siècles avant JC, reven­diquent un texte sacré pour ceux qui y croient et épique-​​poétique pour les autres comme fon­dement d’une pro­priété privée. Ce ne peut être une base pour jus­tifier le vol de terres et les mas­sacres de leurs pro­prié­taires mil­lé­naires. Bush le deuxième, pressé qu’il l’a été durant le règne de Sharon de lancer une offensive mili­taire sur l’Iran et inca­pable déjà à l’époque d’obtempérer à ses valets israé­liens, est encore moins aujourd’hui en position de le faire. Gates et tout l’establishment mili­taire étasunien avouent par l’annonce récente du retrait pro­chain de l’Irak que la puis­sante Amé­rique, fille cadette du capi­ta­lisme pro­testant anglo-​​saxon et suc­cesseur de l’Empire Bri­tan­nique sur lequel le soleil ne se cou­chait jamais, ne gagne pas la guerre contre un peuple désarmé.

Il ne fait aucun doute que l’évaluation du Centre pour les Études stra­té­giques inter­na­tio­nales (CSIS) menée par un ancien du Pentagone, A.H. Cor­desman a été donnée au public dans ce contexte à bon escient. En cas de guerre nucléaire entre l’Iran et Israël, le nombre de 16-​​28 mil­lions de vic­times ira­niennes est escompté contre deux cent à huit cent mille en Israël. En cas d’intervention de la Syrie, Israël comp­terait 800 000 pertes humaines de plus et la Syrie per­drait 18 mil­lions de vic­times. Si l’Égypte se mêlait de la partie, Le Caire et le barrage d’Assouan seraient détruits. Cette pré­vision ne tient compte que des morts directs et immé­diats et ne préjuge pas des effets des radia­tions et d’éventuels dégâts par les armes chi­miques et bac­té­rio­lo­giques à moyen et long terme. Elle se fonde sur l’hypothèse que l’Iran détienne une tren­taine de têtes nucléaires d’ici 2010-​​2020 et qu’Israël dispose DÉJÀ de deux cents têtes nucléaires, avec une bat­terie de mis­siles de très longue portée capables d’atteindre une dizaine de villes qui seraient ins­tan­ta­nément anéanties. La puis­sance de la bombe israé­lienne est d’une méga­tonne versus celle non encore élaborée par l’Iran qui ne serait que de 100 kilo­tonnes, donnant un rayon de des­truction dix fois plus grand pour la bombe israé­lienne et une capacité de létalité trois fois plus impor­tante. Israël dispose de mis­siles anti-​​balistiques gra­cieu­sement offerts par les US(a) Arrow 2 capables de détourner un certain nombre de mis­siles adverses. Les tirs israé­liens guidés par les satel­lites étasu­niens seraient plus précis et plus « efficaces ».

Cor­desman conclue qu’à l’issue d’une telle guerre nucléaire, l’Iran serait réduit à un peu de pous­sière et qu’Israël pourrait renaître de ses cendres. Il est vrai que le nuage des iso­topes radio­actifs serait dans cette hypo­thèse lou­foque bloqué dans ses péré­gri­na­tions atmo­sphé­riques juste au-​​dessus des sites ennemis. Cette vision futu­riste de l’Orient Arabe va être soumise à Bush lors de son arrivée en Terre Sainte. Le 43e Pré­sident au passé addictif avéré « reborn » au chris­tia­nisme lit­té­ra­liste risque de trouver cette pers­pective d’un Armag­gedon pro­chain enivrante surtout s’il sombre dans le syn­drome de Jéru­salem qui procure des bouffées déli­rantes mys­tiques aux âmes prédisposées.

En 1967 comme en 1973, les diri­geants mili­taires sio­nistes avaient déjà fait peser la menace pour leurs par­te­naires euro­péens et étasu­niens de l’utilisation de l’arme nucléaire si leur était dis­cutée toute l’aide mili­taire et diplo­ma­tique qu’ils exigeaient.

Le sou­venir de la résis­tance de quelques cen­taines de zélotes à Mas­sadah au siège de 15 000 soldats romains sous le com­man­dement du général Flavius Silva juste après la des­truction du Temple hante l’État-major israélien. Le suicide col­lectif est une option qui a déjà été brandie à la face des des­cen­dants des res­pon­sables du génocide des Juifs en Europe.

Cette récur­rence d’un jugement erroné des diri­geants israé­liens sur une situation estimée par eux sans issue fait d’eux des per­son­nages irra­tionnels. Or c’est ainsi qu’ils dépeignent ceux qu’ils prennent pour future cible, les Aya­tollah sont cré­dités par eux d’un coef­fi­cient de rai­son­nement nul, tous agités qu’ils sont par une démence meur­trière anti-​​sémite. Dans le cas d’une guerre nucléaire de cette nature, que seul Israël pourrait lancer, c’est bien plus du quart de l’humanité qui dis­pa­raî­trait ins­tan­ta­nément, laissant la partie sur­vi­vante se débattre avec une pol­lution radio­active que l’on a du mal à ima­giner maîtrisable.

D’après ces scénarii, qui représente un danger réel pour l’humanité ?