Déclarations d’Olmert à ses "amis", Sarkozy, Merkel…

mercredi 21 janvier 2009

Men­songe, indé­cence et mise en évidence de la com­plicité des Euro­péens, ce dis­cours abject pro­noncé lors de la réunion de Jéru­salem est une leçon de choses

DÉCLA­RA­TIONSLA PRESSE DE MON­SIEUR NICOLAS SARKOZY PRÉ­SIDENT DE LA RÉPU­BLIQUE FRAN­ÇAISE, DE MON­SIEUR EHUD OLMERT PREMIER MINISTRE DE L’ÉTAT D’ISRAËL, DE MON­SIEUR MIREK TOPO­LANEK PREMIER MINISTRE DE LA RÉPU­BLIQUE TCHÈQUE, DE MADAME ANGELA MERKEL CHAN­CE­LIÈRE DE LA RÉPU­BLIQUE FÉDÉRALE D’ALLEMAGNE, DE MON­SIEUR GORDON BROWN PREMIER MINISTRE DU ROYAUME-​​UNI DE GRANDE-​​BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD, DE MON­SIEUR SILVIO BER­LUSCONI PRÉ­SIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES DE LA RÉPU­BLIQUE ITA­LIENNE, ET DE MON­SIEUR JOSE LUIS ZAPATERO PRÉ­SIDENT DU GOU­VER­NEMENT DU ROYAUME D’ESPAGNE

Jérusalem – Dimanche 18 Janvier 2009

M. EHUD OLMERT

Bonsoir. Mon­sieur le Pré­sident de l’Union euro­péenne, le Premier ministre de la Répu­blique tchèque, mon ami Mirek TOPO­LANEK, Mon­sieur le Pré­sident de la Répu­blique fran­çaise, Mon ami Mon­sieur Nicolas SARKOZY, Madame la Chan­ce­lière d’Allemagne, Mon amie Madame Angela MERKEL, Mon­sieur le Premier ministre bri­tan­nique, Mon­sieur Gordon BROWN, Mon­sieur le Premier ministre d’Italie, Mon­sieur Silvio BER­LUSCONI, Mon­sieur le Premier ministre d’Espagne, José Luis ZAPATERO, Mes­dames et Mes­sieurs, Chers invités.

Je vou­drais exprimer mon estime toute per­son­nelle et l’estime du peuple d’Israël à vous tous, diri­geants des Etats euro­péens, pour l’expression de soutien très impres­sion­nante à l’Etat d’Israël dont vous avez fait preuve et vos pré­oc­cu­pa­tions pour sa sécurité. Ce front uni que vous repré­sentez, cette position sans com­promis pour ce qui concerne la sécurité de l’Etat d’Israël, réchauffent nos coeurs et nous ren­forcent en cette heure si sen­sible et complexe.

Chers invités, il y a plus de trois semaines, le gou­ver­nement d’Israël a décidé de lancer une opé­ration mili­taire afin de changer la situation sécu­ri­taire pour les loca­lités du sud d’Israël. La réalité dans laquelle ont vécu durant de longues année, les habi­tants de la ville de Sderot et des loca­lités autour de la bande de Gaza, vil­lages et villes, était into­lé­rable ; impos­sible à vivre pour eux en tant que civils et into­lé­rable pour nous tous en tant qu’Etat. Aucun Etat sou­verain ne peut accepter une atteinte à ses citoyens, aucun régime ne peut accepter des tirs sans dis­tinction sur ses habi­tants. A cette occasion, je vou­drais pré­senter mes condo­léances sin­cères aux familles qui ont perdu leurs proches, les soldats pendant les combats et les familles vic­times du ter­ro­risme qui font partie de notre quo­tidien, qui sont proches de nous chaque jour. Leur héroïsme, leur force de caractère sont pour nous une source d’inspiration et de fierté.

Aujourd’hui, après trois semaines durant les­quelles l’armée israé­lienne et les forces de sécurité ont mené des opé­ra­tions mili­taires de grande envergure et brillantes qui ont frappé for­tement le Hamas, après avoir réalisé les objectifs qui étaient les nôtres au début de nos opé­ra­tions, nous avons décidé de sus­pendre le feu et cela pour répondre à la demande du Pré­sident égyptien Mon­sieur Hosni MOUBARAK.

Je vou­drais ajouter que si ce cessez-​​le-​​feu est stable et en par­ti­culier aux vues de ce que nous avons entendu aujourd’hui, l’Etat d’Israël n’a aucu­nement l’intention de rester dans la bande de Gaza. Nous voulons quitter la bande de Gaza le plus rapi­dement pos­sible, dès que nous serons assurés que ce cessez-​​le-​​feu est res­pecté, stable et qu’il n’y a plus de risque pour la sécurité du sud de notre ter­ri­toire. Nous ne sommes pas venus pour conquérir Gaza, nous ne sommes pas venus prendre pos­session de Gaza, nous ne voulons pas rester à Gaza, et nous avons l’intention de quitter ce ter­ri­toire le plus rapi­dement possible.

Vous venez tous d’arriver d’Egypte où vous avez exprimé votre soutien aux efforts sin­cères du Pré­sident égyptien et son enga­gement pour pro­mouvoir une solution et pour par­venir à un cessez-​​lefeu qui soit stable et durable. Il est clair aujourd’hui que pour obtenir un tel cessez-​​le-​​feu, il faut empêcher le Hamas de recons­truire ses capa­cités mili­taires par la contre­bande d’armes mas­sives qui viennent d’Iran et de Syrie vers la bande de Gaza.

Chers amis, diri­geants euro­péens, dans une lettre que j’ai reçue hier de votre part, le Premier ministre bri­tan­nique, Mon­sieur Gordon BROWN, le Premier ministre italien, Mon­sieur Silvio BER­LUSCONI, la Chan­ce­lière alle­mande, Madame Ange­la­MERKEL et le Pré­sident de la Répu­blique fran­çaise, Mon­sieur Nicolas SARKOZY – mais je suis sûr que cette lettre est repré­sen­tative aussi des autres diri­geants pré­sents ici ce soir et des autres diri­geants euro­péens en général -, vous avez exprimé votre enga­gement profond à faire tout ce qui est pos­sible pour empêcher la contre­bande d’armes, pour que ces armes ne tombent pas aux mains des groupes d’assassins de Gaza. [1]

Nous devrons main­tenant tra­duire cet enga­gement qui est le vôtre en coopé­ration avec les Etats-​​Unis et l’Egypte, les Etats-​​Unis avec qui nous avons signé un accord à ce propos pour mener des actions néces­saires, pour empêcher le Hamas de se réarmer. C’est un intérêt essentiel, l’intérêt premier de ceux qui veulent que ceux du mal soient vaincus, c’est l’intérêt aussi de tous ceux qui croient pro­fon­dément au pro­cessus de paix et veulent le pro­mouvoir entre nous et les Palestiniens.

Ce n’est un secret pour per­sonne que le gou­ver­nement sous ma direction et avec l’aide et la par­ti­ci­pation active du ministre des Affaires étran­gères, du Premier ministre sup­pléant Tzipi LIVNI, et du ministre de la Défense Ehud BARAK, a décidé que la priorité essen­tielle et pre­mière était le pro­cessus de paix avec le peuple pales­tinien, et cela avec la sécurité d’Israël. Nous espérons la sta­bilité à Gaza, un cessez-​​le-​​feu. La désta­bi­li­sation du pouvoir du Hamas per­mettra le ren­for­cement du Pré­sident Abou Mazen, et nous per­mettra de pro­mouvoir le pro­cessus de paix entre Israël et les Pales­ti­niens, et cela le plus rapi­dement possible.

Tous, nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir, tous les efforts néces­saires, comme nous les avons faits depuis deux ans main­tenant, pour pro­mouvoir cette idée et pour accé­lérer les choses.

En ce qui nous concerne, par pré­oc­cu­pation humaine, nous avons continué à faire ce qui était néces­saire afin d’empêcher une crise huma­ni­taire dans la bande de Gaza et afin d’aider les civils inno­cents qui sont les vic­times de l’organisation ter­ro­riste qu’est le Hamas. Nous voulons oeuvrer avec vous, de concert, afin de per­mettre à la popu­lation pales­ti­nienne de la bande de Gaza d’avoir de meilleures condi­tions de vie dans le calme et le bien-​​être ; et par des efforts communs et réfléchis, empêcher le Hamas de reprendre le dessus, nous pourrons le faire ensemble et donc à cette occasion je vou­drais encore une fois exprimer la douleur de tout l’Etat d’Israël, ses regrets pro­fonds, le regret profond des soldats de l’Etat d’Israël pour les pertes et les vic­times civiles de la bande de Gaza qui sont des vic­times inno­centes, qui sont devenues otages des assassins du Hamas.

Ce n’est pas contre eux que nous avons com­battu, ce n’est pas eux que nous vou­lions atteindre, ce n’est pas leurs enfants que nous vou­lions atteindre, ni leurs parents, ni leur famille et au nom de l’Etat d’Israël et au nom du gou­ver­nement d’Israël, j’exprime ici ma pro­fonde douleur pour ces victimes.

Enfin pour conclure, je ne peux pas ne pas évoquer la des­tinée du soldat otage Gilad SHALIT qui est aussi citoyen français. Nous allons continuer à oeuvrer avec vous et avec votre aide, et faire tout le néces­saire afin d’arriver à sa libé­ration, libé­ration que nous attendons depuis si longtemps.

Chers amis et chers col­lègues, ces amitiés per­son­nelles entre nous - et peut-​​être vont-​​elles parfois au-​​delà du pro­tocole diplo­ma­tique habituel -, ce sont des amitiés qui sont d’une valeur extra­or­di­naire et c’est un devoir très agréable pour moi que de vous remercier, chacun per­son­nel­lement, pour cette amitié per­son­nelle dont vous avez fait preuve à mon égard et pour l’amitié dont vous avez fait preuve envers l’Etat d’Israël et le peuple d’Israël. Merci infi­niment à vous tous.

[1] Réponse de Sarkozy :

"Mes­dames et Mes­sieurs, Mon­sieur le Premier ministre, nous avons tous le sen­timent de vivre un moment his­to­rique ici, à Jéru­salem, lorsque nous voyons ras­semblés autour du Premier ministre Ehud OLMERT l’ensemble des diri­geants poli­tiques israé­liens : Madame Tzipi LIVNI, Mon­sieur BARAK, Mon­sieur NETA­NYAHU.

Cela montre que ce qui est en cause, c’est l’avenir de l’Etat d’Israël, qui va bien au-​​​​delà de celui ou de celle qui gagnera les élec­tions. Qu’il me soit permis de parler en ami d’Israël. Toute l’Europe ne tran­sigera jamais pour le droit à la sécurité de l’Etat d’Israël. Et vous savez pouvoir compter sur nous.

Mais les amis doivent se dire les choses. Nous n’avons pas soutenu et approuvé l’intervention de Tsahal à Gaza. Pourquoi ? Nous connaissons et nous avons reconnu la faute ini­tiale du Hamas. Avec les roquettes qui ont conduit à l’interruption de la trêve. Mais nous pensons que la place de Tsahal n’est pas à Gaza.

Toute ma vie poli­tique, je me suis senti, vécu, comme un ami d’Israël. Et un ami dit ce qu’il pense parce que c’est grâce à sa fran­chise que l’on sait que, quand il y a des ennuis, on peut compter sur lui. La décision du gou­ver­nement israélien, unanime, d’arrêter le feu est une décision que nous sou­tenons. C’est une décision digne d’un Etat démo­cra­tique. Et nous disons : « ce n’est qu’un premier pas. Il faut aller plus loin ». Parce que dans cette région du monde que vous connaissez par défi­nition mieux que nous, on a perdu trop de temps, depuis trop d’années. On a manqué trop d’occasions dans les mains de trop d’hommes d’Etat qui ont essayé et qui n’ont pas réussi.

Alors, main­tenant, c’est à nous d’essayer. C’est très important ce qu’a dit Ehud OLMERT au nom du cabinet israélien, que si les tirs de roquettes s’arrêtent, Tsahal quittera Gaza. C’est extrê­mement important. Car, enfin, nous sortons du cercle vicieux des pro­vo­ca­tions et des réac­tions vers un cercle ver­tueux de l’espoir. Et si, malgré tout, on se décidait à se faire confiance parce que nous n’avons pas d’autre choix ?

Mon­sieur le Premier ministre, c’est toute l’Europe qui est décidée à vous aider. Nous avons avec Angela MERKEL et Gordon BROWN, nous vous avons envoyé une lettre pour vous dire : « nous sommes prêts à mettre nos bateaux à votre dis­po­sition pour qu’il n’y ait pas de contre­bande d’armes, par la mer, vers Gaza ».

Nous avons dit au Président MOU­BARAK, dont je veux saluer une nou­velle fois le courage, l’homme qui a fait la paix avec Israël et l’homme qui aujourd’hui essaye de faire la paix, que nous sommes prêts à l’aider par des obser­va­teurs, par de la tech­no­logie, pour qu’il n’y ait plus de contrebande d’armes.

Mais nous vous disons aussi : « aidez-​​​​nous à être vos amis. Vous êtes une nation démo­cra­tique, c’est à vous de montrer le chemin. Et l’ensemble du monde vous suivra ». Qu’il me soit permis une der­nière remarque. Il faut pro­fiter de cette lueur d’espoir pour mettre main­tenant tout sur la table. Ce n’est pas plus d’efforts de faire un grand plan de paix défi­nitif qu’un petit plan de paix pro­vi­soire. Ce sont les mêmes inter­lo­cu­teurs, à la même époque, au même moment.

Prenons les risques pour la paix. Les marges de manoeuvre, nous les trou­verons en mettant tout sur la table. Et une fois Tsahal retiré de Gaza, il faudra pro­poser un sommet au Pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne pour parler avec lui. Comment l’Etat pales­tinien vivra-​​​​t-​​​​il en paix avec l’Etat d’Israël ? C’est une dis­cussion qui vous appar­tient et que vous devez engager.

Sachez qu’il faudra ensuite, tout de suite, convoquer la grande confé­rence inter­na­tionale qui per­mettra enfin d’établir la paix, cette année, dans cette région du monde. Bien sûr, nous aurons besoin des Etats-​​​​Unis d’Amérique. Per­sonne n’a l’idée de les exclure. Mais per­sonne, non plus, ne veut attendre. Et nous espérons qu’ils s’engageront puis­samment pour apporter les garanties nécessaires.

Vous le voyez, nous sommes venus en amis. Nous tendons la main à tout le monde parce que nous sommes convaincus que l’Europe peut porter un message de paix. Si l’Europe est forte, si l’Europe est décidée et si l’Europe a le courage de parler à tout le monde.

Un mot, vraiment, enfin. Nous voulons que le soldat SHALIT, le caporal SHALIT soit libéré. Pas sim­plement, Mon­sieur le Premier ministre, parce qu’il est moitié Français, parce qu’il le faut. Parce qu’il y a eu trop de souf­france. Et nous sou­haitons qu’Israël soit prête aussi à libérer des pri­son­niers. Pour que, là aussi, on en finisse avec la douleur de cen­taine de familles qui main­tenant doivent aspirer à la paix.

J’espère que vous avez compris que nous n’avons aucune leçon à donner à Israël. Sim­plement un témoi­gnage d’amitié, celui de la fran­chise, celui de la vérité et fina­lement celui de l’audace.

Je vous remercie.